vendredi 19 février 2010

Zabel Essayan

© Levon R.


Encens


Lentement sur l’autel se consume l’encens
Dans l’encensoir d’argent çà et là il oscille ;
Près du crucifix il tourne et s’enroule,
D’un éclat vaporeux le front des saints ornant.

De timides plaintes, qui ne cessent,
Parmi les hautes arches s’évanouissent ;
Et sous les regards las, les bougies tout autour
S’élèvent, tandis que vacille leur pâle lueur.

De saintes colonnes, moisies et grises,
Soutiennent une tenture qui parmi de muets sanglots s’agite.
Au-dessous, de l’encens telles les braises,
D’une femme le cœur assombri d’angoisse palpite.

Alors, consumé, dans l’encensoir brûlé
L’encens à travers les infinis s’élance.
Qu’importe si disparaît son exquise fragrance
Le feu purificateur restaure sa pureté.

De cette femme le cœur ardent ne sera affranchi,
Libre de sa gangue adamantine, affroidie,
Jusqu'à ce qu'il fonde, s’éprouve et se purifie
Jusqu’à ce que
de pures flammes en ôtent les scories !


Zabel Essayan

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Adaptation : © Georges Festa – 02.2010