dimanche 21 mars 2010

Arméniens de diaspora anti-nazis / Anti-Nazi Diaspora-Armenians

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Exposition à Erevan :
le combat des Arméniens de diaspora contre l’Allemagne nazie

par Hrant Katarikyan

Hetq, 19.03.10


Honorer ces Arméniens à l’étranger qui combattirent et vainquirent l’Allemagne nazie, il y a 65 ans : une exposition modeste, mais passionnante, s’est ouverte hier à l’Hôtel de Ville d’Erevan, intitulée « La diaspora durant la Seconde Guerre mondiale ». Toutes sortes de souvenirs présentent dans cette exposition quelques Arméniens de diaspora qui servirent dans les armées de leurs nouveaux pays d’adoption.

L’on estime que 50 000 hommes combattirent contre le fascisme dans les rangs des troupes alliées. 20 000 Arméniens officiaient dans l’armée américaine, dont 38 généraux, tandis que 30 000 autres servirent dans les armées de France et de Grande-Bretagne. Il y eut aussi ces milliers d’Arméniens qui luttèrent contre le fascisme dans des détachements de partisans et dans le mouvance anti-nazie, dans les camps de concentration et les prisons de Paris, Sofia et de Grèce.

Une partie de l’exposition est naturellement dédiée aux exploits de Missak Manouchian et à ses camarades résistants. Une des vitrines contient un cylindre de ses cendres et la Médaille de la Résistance dont il fut décoré après son arrestation et son exécution par les nazis en 1944. Il y a aussi un original de cette pièce infâme de propagande nazie, intitulée « L’Affiche rouge ». De nombreuses objets exposés proviennent de l’Institut Manouchian d’Erevan.

En face, l’on tombe sur un panneau racontant la vie de Mkrtich Dashtoyan, qui reçut à titre posthume la médaille de l’Héroïsme Militaire par le gouvernement italien. Il fit partie, avec Gevork Kolozyan, de la 54ème Brigade spéciale, qui ne cessa de harceler les Allemands en Italie. Il disparut, ainsi que d’innombrables autres partisans arméniens, lors de combats en France, Yougoslavie, Tchécoslovaquie et d’autres pays.

Un intéressant article, extrait d’un journal arménien de Téhéran, détaille les fonds collectés pour la brigade de tanks du maréchal Baghramyan, qui gagna Berlin. L’exposition, bien que modeste, sensibilise véritablement le visiteur aux contributions conséquentes des Arméniens lors du conflit, en particulier lorsque l’on songe que tout cela se passait 25 ans seulement après la catastrophe nationale de 1915. Je n’essaierai pas ici de commenter le fait que des survivants du génocide de 1915 et leurs descendants se battaient maintenant contre une armée allemande qui s’était alliée aux dirigeants ottomans, fournissant assistance et entraînement à la machine de guerre des Jeunes-Turcs, à peine une génération auparavant.

D’autres vitrines s’intéressent aux Arméniens qui servirent dans l’armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale. Lors du conflit, nostalgiques de leurs villages et villes d’origine dont ils furent chassés de force par les Turcs, les pilotes arméniens américains peignirent les noms de ces localités sur le fuselage de leurs Mustangs et Corsairs. Parmi eux se trouvait Ernest Dervishyan, qui fut honoré de la Médaille d’Honneur par le Congrès des Etats-Unis. Lui et des centaines d’autres Arméniens américains, des généraux aux simples fantassins, donnèrent leurs vies pour les victoires américaines en Normandie, à Okinawa, en Sicile et ailleurs.

Mon oncle Vahé, aujourd’hui disparu, nous racontait ses dix-huit mois passés dans une prison nazie, après avoir été capturé en Afrique du Nord au début de la guerre. Dans le camp, les prisonniers américains et soviétiques étaient séparés par des barbelés et vivaient dans des baraquements distincts.

Un jour, oncle Vahé, assis de son côté, mastiquant un morceau rassis de pain noir, lève les yeux et remarque qu’un prisonnier l’observe de l’autre côté. Cet homme, nous disait Oncle Vahé, semblait étrangement familier, avec un nez proéminent, des cheveux noirs et des yeux sombres. Tous deux se regardent, puis Vahé a l’idée de lui demander : « Toun hye es ? » A quoi l’autre homme lui répond : « Ha, yekel em Hayastanits ! » Malheureusement, les Allemands déportèrent rapidement leurs prisonniers soviétiques ailleurs et mon oncle ne revit plus jamais ce prisonnier soviétique arménien.

Voilà un des souvenirs de ces hommes et femmes combattantes lors de cette guerre que cette exposition m’a rappelé. Et qui mérite rapidement une visite.

L’exposition se tient jusqu’au 25 avril 2010 et est ouverte de 11 h à 17h30, du lundi au vendredi. Tél : 56-81-85 pour plus d’informations.

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Source : http://hetq.am/en/culture/28843/
Traduction : © Georges Festa – 03.2010