dimanche 21 mars 2010

Etudes arméniennes / Colloque de Boston, 12-14.02.10

Etudes arméniennes :
un colloque sur la diaspora met en lumière une génération nouvelle de chercheurs

par Daphne Abeel

The Armenian Mirror-Spectator, 20.02.10


BOSTON, Massachusetts – Tandis que l’on comptait des universitaires chevronnés tels que Kevork Bardakjian et Richard Hovannisian dans le programme et le public du congrès de trois jours, intitulé « Congrès international et séminaire de recherche sur la diaspora arménienne », organisé à l’université de Boston, du 12 au 14 février 2010, l’estrade fut surtout occupée par une génération plus jeune de chercheurs, allant de 20 à 40 ans et plus. Nouvelle réconfortante dans le champ des études arméniennes.

De fait, le premier jour de ce colloque proposa des communications d’étudiants de troisième cycle, issus de campus éloignés, comme l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), l’université de Montréal et celle de Chicago.

L’exposé peut-être le plus percutant fut présenté au tout début, lorsque Mlle Kebranian critiqua l’éditorial de Peter Balakian, paru dans le New York Times le 5 décembre 2008, intitulé « Ossements », décrivant son voyage à Deir-es-Zor, où il glisse dans sa poche des fragments d’os et un peu de terre, tel un simple « touriste » et une sorte de profanation.
Kebranian soutint aussi que « la richesse de la culture arménienne tend à se réduire au génocide », lequel, dit-elle, conduit à une culture de victimisation. Dans son résumé, l’A. déclare : « [Cette] communication suggère qu’en privilégiant ce discours, la diaspora arménienne, en particulier sa mouvance américaine, se conforme à un discours occidental, plus large sur les droits de l’homme, modélisant l’identité de la diaspora arménienne dans des termes excessivement politisés, lesquels atténuent et/ou affaiblissent des expressions culturelles arméniennes davantage authentiques. » Dans ses observations orales, elle poursuivit : « Les Arméniens souffrent de l’obsession qu’entretient la diaspora avec le génocide […], réduisant les discours arméniens à un récit unique. »

Dans sa communication « Enseigner le génocide arménien en Amérique du Nord : ressources nouvelles, programmes et intégration dans les études sur le génocide », Joyce Apsel, de l’Université de New York, fit l’éloge de l’Institut Zoryan pour ses efforts via l’université d’été sur l’enseignement du génocide. Mais ce programme souffre encore, rappela-t-elle, de nombreuses lacunes.

Rubina Peroomian, de l’UCLA, s’attaqua au thème des écrivains arméniens américains de troisième génération dans son exposé intitulé « L’écho, centré sur le génocide, de la quête d’identité personnelle chez les écrivains arméniens américains de troisième génération ». Elle souligna que la génération qui subit véritablement le génocide produisit de nombreux mémoires, tandis que la seconde génération, face aux défis de l’assimilation et de l’intégration dans des mondes nouveaux, fut largement silencieuse : « La troisième génération est en quête de catharsis et, quel que soit son degré d’assimilation, porte avec elle la mémoire du génocide. » Parmi les écrivains qu’elle cita figuraient Peter Balakian (Black Dog of Fate) et Micheline Aharonian Marcom (Three Apples Fell from Heaven), tandis que, souligna-t-elle, « la perduration du déni empêche de guérir ».

Dans son exposé « Construire des discours d’appartenance parmi les Arméniens de diaspora », Susan Pattie (University College, Londres) souligna la mutation qui s’opère actuellement dans le discours arménien, depuis qu’un Etat nouvellement indépendant se développe.

Sebouh Aslanian présenta une communication passionnante sur la traduction arménienne d’un immense opus historique, L’Histoire romaine, de Charles Rollin. Edités pour la première fois à Paris en 1738, ses 16 volumes furent publiés par les pères mékhitaristes à Venise, lorsque Edouard Raphaël Gharamiants, un marchant arménien d’Inde, fit une importante donation auprès de l’Eglise arménienne catholique de Venise sous condition que l’œuvre de Rollin fût traduite.
Dans son résumé, Aslanian commente : « […] Cette histoire démontre comment la vie de ce marchand et son intérêt pour l’œuvre de Rollin peuvent aider à éclairer les réseaux complexes d’échanges qui liaient le mouvement mékhitariste de renaissance culturelle aux lointaines communautés arméniennes de l’Océan Indien et de l’Inde. »

Plus d’un intervenant, dont George Sharinian, évoquèrent la nécessité de traductions plus nombreuses en matière de littérature arménienne.

Le premier après-midi fut consacré à la question du rapatriement. Dans sa communication « Pique-niques pour rapatriés », Sevan Yousefian, de l’UCLA, s’intéressa à la communauté de Nor Sebastia, qui se constitua hors d’Erevan et à ses activités mémorielles, tandis qu’Astrig Atamian, de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO, Paris), débattit du rôle des communistes français d’origine arménienne lors des opérations de rapatriement. En 1947, seuls 10 % des Arméniens français partirent en république soviétique d’Arménie.

Kari Neely, de la Middle Tennessee University [Murfreesboro, Tennessee], s’intéressa à l’œuvre d’un seul écrivain, Kevork Ajemian, qui, dit-elle, fut une voix singulière dans la littérature et la politique arméniennes, ainsi qu’un membre fondateur de l’Armenian Society for the Liberation of Armenia.

La partie finale de la session du samedi 13 février aborda le traitement du vécu arménien dans les œuvres d’art, incluant des débats avec Helin Anahit (Middlesex University, Londres), Emily Artinian (Chelsea College of Art and Design, Londres), Christopher Atamian (New York), Charles Garoian (Pennsylvania State School of Visual Arts), Neery Melkonian (New York) et Abelina Galustian (Université de Californie, Santa Barbara).

Ce colloque offrit dans son ensemble un large panorama sur les perspectives concernant la diaspora arménienne et fut certainement un des forums les plus divers et novateurs dans l’histoire récente des études arméniennes. Les tables rondes du samedi étaient présentées par Simon Payaslian (Université de Boston), Marc Mamigonian (National Association for Armenian Studies and Research – NAASR), Jo Laycock (University of Manchester), Hrayr Anmahouni (La Crescenta, Californie) et George Shirinian, directeur de l’Institut Zoryan.

L’énergie et la diversité des contributeurs et de leurs exposés, ainsi que la relative jeunesse de la plupart des participants, augurent favorablement de l’avenir des études arméniennes, domaine qui a souvent lutté pour attirer des étudiants de valeur.

Le colloque était co-soutenu par la Chaire Charles K. et Elizabeth M. Kenosian d’histoire et de littérature arméniennes modernes à l’Université de Boston, occupée actuellement par Simon Payaslian, et l’Institut international pour les Etudes sur la diaspora, une division de l’Institut Zoryan de Toronto.

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Source : http://www.mirrorspectator.com/pdf/The%20Armenian%20Mirror-Spectator%20February%2020,%202010.pdf
Traduction : © Georges Festa – 03.2010