lundi 29 mars 2010

Génocide arménien et Shoah / The Armenian Genocide and the Holocaust

Déportés arméniens – Chemin de fer Bagdad © www.genocide-museum.am
Départ d’un train de déportés juifs – Seconde Guerre mondiale - © www.arac51.com

Des histoires qui ont un lien
Le génocide arménien et la Shoah

par Eric D. Weitz

www.armenianweekly.com


Parmi les grandes atrocités de l’ère moderne, le génocide arménien se présente rapidement à l’esprit. Ce n’est pas, historiquement, le premier génocide du 20ème siècle, comme on le dit souvent. Cette malheureuse distinction appartient aux Hereros et aux Namas du Sud-Ouest Africain allemand (l’actuelle Namibie), contre lesquels l’armée allemande mena une véritable campagne d’anéantissement entre 1904 et 1908. Entre 60 et 80 % des Hereros et entre 40 et 60 % des Namas, selon toute probabilité, sont morts après s’être révoltés contre le régime colonial allemand. Ils moururent suite aux massacres directement perpétrés par l’armée allemande et les colons allemands ; conduits délibérément, au moyen de la force, vers le désert d’Omaheke, où les officiers allemands savaient qu’ils mourraient de soif et de faim ; et suite aux conditions épouvantables des camps de concentration, où le taux de mortalité était de 45 %, selon les statistiques militaires officielles (et en fait, probablement plus élevé).

Plus encore que le destin tragique des Hereros et des Namas, le génocide arménien et la Shoah ont en partage maintes caractéristiques. Ils ne sont pas, à vrai dire, identiques – aucun événement historique ne l’est. Or, en les étudiant comparativement, l’on peut déceler certains traits communs pouvant nous aider à identifier des signes avertisseurs pour l’avenir.
Certaines voix faisant autorité dans le domaine universitaire et public continuent de soutenir qu’aucun événement dans l’histoire n’est comparable au programme nazi visant à anéantir les Juifs. Or, le « caractère unique » n’est, au mieux, qu’un argument théologique, et non une posture sujette à un débat universitaire et politique normal. Ou alors il s’agit d’une banalité – tous les événements sont historiquement uniques en ce sens qu’ils se produisent à une époque et dans un lieu particuliers et ne sont pas duplicables.
A l’opposé, l’évolution des recherches et études récentes prend clairement une orientation comparatiste. Tout historien, homme politique ou sociologue qui se respecte reconnaît l’incommensurable atrocité que les Nazis commirent à l’encontre des Juifs. Il en résulta la plus grande tragédie dans l’histoire juive ; et les discours complaisants sur la supériorité morale et culturelle de l’Occident de voler en éclats suite aux révélations que ce programme visant à anéantir toute une population et qui avait eu lieu en plein cœur de l’Europe, était un produit de cette même civilisation occidentale.
Le génocide nazi des Juifs possède certes ses traits particuliers, lesquels font partie intégrante de la culture bureaucratique et militaire hautement développée de l’Allemagne, permettant aux nazis, dès qu’ils s’emparèrent des instances étatiques, de mettre en œuvre leur politique d’une manière hautement systématique. Autre particularité importante, le statut de grande puissance de l’Allemagne, qui contribua à ses énormes ambitions territoriales en Europe, statut beaucoup plus important que celui de la plupart des autres régimes génocidaires du 20ème siècle. Or, « particulier » n’est pas vraiment identique à « unique ».
Dans l’empire ottoman finissant des Jeunes-Turcs, comme dans l’Allemagne nazie, Arméniens et Juifs étaient classés comme « l’autre » achevé. Dans ces deux sociétés, des préjugés de longue date, basés sur des différences religieuses traditionnelles, perduraient depuis des siècles. Les Arméniens étaient cependant connus comme le « millet le plus loyal » et la vie juive s’épanouissait de fait en Allemagne. Or, au tournant du siècle, les préjugés contre ces deux groupes se durcirent et devinrent plus menaçantes. Pour tous ceux qui étaient défavorablement affectés par le monde moderne, par la montée de l’activité commerciale, de l’enseignement, de la promotion et de la mobilité sociales, Arméniens et Juifs devinrent une cible, ces deux groupes ayant de fait contribué et bénéficié de ces mutations. Du moins, certains Arméniens et certains Juifs s'enrichirent tout au long du 19ème siècle, ayant de nombreux échanges avec leurs homologues aisés et éduqués en France, Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, alors même que la plupart des Arméniens et des Juifs conservaient une existence plus traditionnelle et parfois appauvrie en Anatolie orientale et en Europe orientale. La richesse évidente de certains Arméniens et Juifs, leur succès commercial, professionnel et universitaire dans des centres urbains tels qu'Istanbul et Berlin, en firent des cibles faciles pour ceux qui enviaient leur prospérité et leur statut social.
Les officiels, hommes d'affaires et intellectuels allemands qui étaient actifs dans l'empire ottoman contribuèrent parfois à la montée des préjugés contre les Arméniens. Certains définissant Arméniens et Turcs en termes raciaux, malgré l'absurdité, du moins au regard des normes actuelles, consistant à transformer en races des groupes ethniques ou religieux. Des universitaires tels que Ernst Jackh soutinrent fermement les liens étroits entre l'Allemagne et l'empire ottoman, que celui-ci soit gouverné par le sultan ou par le Comité Union et Progrès (CUP). Ils considéraient les Turcs en termes de race, comme des Prussiens d'Orient, un peuple discipliné, militariste, pouvant imposer avec succès ses vues sur des populations minoritaires. Parmi ces populations minoritaires, figuraient les Arméniens et les Grecs, envers lesquels de nombreux officiels allemands avaient une attitude, au mieux, délibérément ambiguë. Pour certains Allemands, les Arméniens étaient des frères chrétiens qui souffraient de l'oppression musulmane turque. Mais pour de nombreux Allemands impliqués dans les relations avec la Turquie, les Arméniens constituaient un groupe gênant, sinon pire. Leurs tentatives nationalistes menaçaient l'intégrité de l'empire et leurs activités commerciales faisaient d'eux les Juifs de l'Orient, un qualificatif guère positif pour des yeux allemands. Les archives allemandes abondent en références négatives à l'égard des Grecs et des Arméniens, souvent présentés comme des négociants et des prêteurs d'argent plus compétents encore que les Juifs. Le maréchal baron von Biberstein, qui officia comme ambassadeur d'Allemagne à Istanbul du milieu des années 1890 à 1913, note : « Les Orientaux sont tous amateurs d'intrigues. Les Arméniens et les Grecs sont passés maîtres dans l'art du commerce. » Résultat, il n'y avait guère de place pour l'antisémitisme en Turquie. « L'activité économique, que pratiquent partout ailleurs les Juifs, à savoir l'exploitation des classes plus pauvres, populaires, au moyen de l'usure et autres procédés semblables, est ici exercée exclusivement par les Arméniens et les Grecs. Les Juifs d'Espagne qui se sont établis ici n'arrivent pas à marquer des points contre eux. » Les industriels allemands du textile et les efforts de l'Allemagne visant à contrôler le transport représentaient une sérieuse concurrence pour certains Arméniens et Grecs, lesquels, selon une compagnie allemande, manigançaient toutes sortes d'intrigues à l'encontre des intérêts allemands.
Derrière ces sentiments se dissimulait aussi l'idée que les Arméniens constituaient « un problème », l'Allemagne prisant, par dessus tout, une stabilité lui permettant d'exercer une influence prédominante dans l'empire ottoman. Ce qui revenait à soutenir un Etat à la poigne de fer, même lorsqu'il commettait des atrocités. Résultat, les autorités allemandes furent enclines à avaliser les déportations et les massacres des Arméniens par les Jeunes-Turcs.
Chez eux, de nombreux Allemands commencèrent à considérer les Juifs comme un problème. Leur réussite dans la société allemande devint une source de ressentiment et, au tournant du 20ème siècle, des esprits conservateurs au sein des principales institutions - milieux d'affaires, universités, Eglises catholique et protestante, corps des officiers, bureaucratie d'Etat - soutinrent que l'influence des Juifs était devenue trop grande, alors même que les Juifs ne représentaient que 0,75 % de la population. Après la Première Guerre mondiale et la Révolution russe, Adolf Hitler passa maître dans la propagation du mythe du « judéo-bolchévisme », assimilant les Juifs au communisme et à l'Union Soviétique, tandis qu'il se répandait en injures contre une prétendue domination juive sur les marchés financiers. Aux yeux des nazis, les Juifs représentaient une menace existentielle pour l'existence des Allemands, et l'agression contre l'Union Soviétique fut conçue de manière à éliminer une fois pour toutes cette menace. Comme l'écrit l'historien Saul Friedlander, les nazis adoptèrent un « antisémitisme rédempteur », convaincus que l'existence allemande ne pouvait s'épanouir que grâce à la destruction des Juifs.
Or l'évolution des préjugés, des discriminations et des persécutions vers le génocide marque une étape conséquente. Ce dernier n'advient pas de manière naturelle ou inévitable. De nombreux gouvernements et sociétés discriminent, mais ne tuent pas des populations en leur sein. Pour l'empire ottoman finissant, gouverné par les Jeunes-Turcs, comme pour l'Allemagne sous les nazis, la guerre offrit toutes les conditions essentielles leur permettant d'intensifier leurs agressions contre, respectivement, les Arméniens et les Juifs, par des massacres à grande échelle. En temps de guerre, ces deux Etats purent imposer une situation d'urgence qui donna aux autorités la liberté d'agir d'une manière moins risquée qu'en temps de paix. Le bouleversement causé par la guerre accroît aussi le sentiment d'insécurité, conduisant à des appels à des actions rapides et énergiques afin de déplacer ceux qui sont considérés comme un danger pour la cause nationale ou la création d'une société nouvelle. Parallèlement, les guerres offrent des perspectives d'avenir enjolivées et présentent de grandes opportunités pour restructurer en profondeur sociétés et populations. Les guerres sont aussi, par définition, des actions violentes; elles créent des cultures de violence et de meurtre.
Pour les Jeunes-Turcs, la Première Guerre mondiale succéda rapidement aux humiliantes défaites des guerres balkaniques et à la perte de nombreux territoires et populations ottomanes. Leur allié allemand leur promit alors le rétablissement (et au-delà) de leurs pertes, mais les Jeunes-Turcs commencèrent à songer, dans des proportions encore plus grandioses, à étendre leur territoire vers l'Asie Centrale et reconstruire de l'intérieur leur empire tout en garantissant une prédominance incontestée des Turcs. Les Arméniens se trouvaient au beau milieu de cette grande vision, leur enracinement ancestral en Anatolie orientale menaçant (aux yeux des Jeunes-Turcs) un empire contigu à travers le Caucase et au-delà. Les nazis nourrissaient aussi de grandioses ambitions, un imperium allemand allant de l'Océan Atlantique et au-delà. Les Juifs (aux yeux des nazis) menaçaient gravement une telle vision, leur absence d'Etat, la pression de leur diaspora à travers les continents constituant un grave danger au regard de la vision nazie.
Les évolutions de la guerre modelèrent de façon décisive le calendrier et la mise en œuvre des génocides. Dans les deux cas, chez les Jeunes-Turcs comme chez les nazis, nous pouvons voir à l'œuvre une « euphorie de la victoire » (terme forgé par Christopher Browning, historien de la Shoah) et une crainte de la défaite. La défaite désastreuse des forces ottomanes par les Russes à Sarikamesh début 1915 suscita un climat de crise au sein de la classe dirigeante ottomane, aggravé par l'approche des Britanniques et des troupes du Commonwealth vers Istanbul aux Dardanelles. L'armée ottomane parvint à tenir à distance la marine la plus puissante au monde, provoquant un sentiment d'euphorie. Ce n'est pas un hasard si le Comité Union et Progrès lança le génocide des Arméniens précisément à ce moment, marqué à la fois par une grande insécurité et une euphorie. Les Jeunes-Turcs eurent dès lors le sentiment qu'ils pouvaient et devaient éliminer la population arménienne, qu'ils considéraient comme une menace intérieure majeure, et marquer une étape importante vers la création du nouvel empire qu'ils projetaient.
Les nazis lancèrent la Shoah dans des circonstances semblables. Durant les semaines qui suivirent l'invasion de l'Union Soviétique, le 22 juin 1941, les officiers allemands parlaient d'achever cette guerre dans les deux ou trois semaines suivantes - erreur de calcul qui nous semble aujourd'hui ahurissante et peu compréhensible. Or l'armée allemande était habituée au déploiement rapide de ses forces et à des victoires rapides. Dans ce contexte, certains nazis, tel le chef de la SS, Heinrich Himmler, intensifièrent le massacre des Juifs qui avait déjà commencé avec l'entrée des forces allemandes en Union Soviétique. Pour Himmler et d'autres responsables, éliminer les Juifs était l'expression de leur euphorie et de la conviction que maintenant, enfin, les nazis pouvaient réaliser ce qu'ils voulaient réellement faire, à savoir tuer les Juifs. Or, fin août 41, l'invasion ralentit et en octobre les Soviétiques tinrent à distance les Allemands devant Moscou. D'autres nazis, parmi lesquels figurait très probablement Hitler, redoublèrent dès lors de violence à l'égard des Juifs. Hitler tenta de valider ses observations au Reichstag, lorsqu'il déclara, en janvier 1939, avec un humour glacial, que si les Juifs devaient être à l'origine d'une autre guerre mondiale, le résultat ne serait pas la défaite de l'Allemagne, mais la destruction des Juifs. De même que dans l'empire ottoman en 1915, l'euphorie de la victoire et une peur panique de la défaite allaient de pair, conduisant chacun des deux régimes à opter pour la déportation et le massacre à grande échelle d'une population qu'il présentait comme une menace majeure.
Le génocide arménien et la Shoah résultent de politiques étatiques. Le gouvernement du Comité Union et Progrès et le Troisième Reich lancèrent, organisèrent et mirent en œuvre les massacres. Or ces deux événements, comme pratiquement tous les autres génocides au 20ème siècle, impliquaient aussi la participation des masses. Le remodelage au sens littéral de la population, la violence systématique contre les Arméniens et les Juifs ne pouvaient être décrétés par un simple décret, ni se produire en une nuit. Cela devait être créé par le dur labeur de milliers et de milliers de gens, ceux qui exécutèrent, sous la menace des fusils, les déportations ; firent circuler les trains (des déportés arméniens et juifs) ; gardèrent les victimes dans des lieux de rassemblement improvisés ou dans des camps de concentration ; appuyèrent sur la gâchette, dégainèrent leurs sabres ou libérèrent le gaz ; et qui entrèrent dans les fermes, les maisons et les appartements, s’emparant du mobilier et des affaires de ceux qui avaient été éliminés. C’est ainsi que la société au sens large se rend complice de l’acte de génocide et voilà pourquoi, dans les deux cas, la société post-génocidaire demeure hantée par le passé.
Or c’est en cela que réside une des très grandes différences entre ces deux événements. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne remplit ses obligations juridiques, morales et économiques envers les Juifs survivants de la Shoah et maintenant, enfin, aux autres victimes des crimes nazis. Rien de tout cela ne s’est produit facilement ou sans ressentiment. Les sommes versées aux survivants sont toujours insuffisantes et, en fin de compte, rien ne peut véritablement dédommager les Juifs de la perte de leurs chers proches. Mais, depuis l’accord de 1952 sur les réparations conclu entre l’Allemagne et Israël, l’Allemagne assume ses obligations. Avec ses programmes scolaires à grande échelle sur la période nazie et la Shoah, ses mémoriaux, monuments et musées à travers tout le pays, et pas seulement à Berlin, l’Allemagne est devenue un modèle, illustrant comment un pays assume et surmonte les atrocités commises au nom de son peuple. Par un contraste saisissant, l’Etat turc actuel est un modèle de déni du passé et de refus de reconnaître quelque injustice que ce soit, perpétrée par son prédécesseur.
Finalement, le génocide arménien et la Shoah sont liés par un autre trait, qui nous donne à espérer dans l’avenir : par les humanitaires qui protestèrent contre les atrocités se déroulant sous leurs yeux et qui tentèrent de protéger leurs voisins. Dans Eichmann à Jérusalem - le rapport et l’analyse par Hannah Arendt du procès du bureaucrate SS Adolf Eichmann, qui fut responsable du transport des Juifs vers les camps d’extermination -, Arendt écrit que même si un ou deux Allemands seulement refusèrent d’obéir aux ordres nazis de tuer les Juifs, cela suffit pour nous montrer qu’aucun régime meurtrier ou dictatorial ne peut jamais gagner l’assentiment total de sa population. Certains individus, quoique faibles en nombre, répondent à leur sens moral et protestent ou protègent leurs voisins en danger, encourant de grands risques. Nous savons qu’il exista de tels Allemands, Polonais et autres dans l’Europe occupée. Et maintenant, grâce aux recherches de Taner Akçam, Richard Hovannisian et d’autres, nous savons aussi qu’il y eut des Turcs de cette trempe qui tentèrent de protéger des Arméniens. Ce sont ces êtres qui nous nourrissent, auprès de qui nous pouvons envisager un avenir plus humain, malgré les tragédies incommensurables qui s’abattirent sur les Arméniens et les Juifs.
Armin Wegner et Raphaël Lemkin sont de ces êtres. Le génocide arménien et la Shoah sont liés à travers leurs biographies. Wegner était médecin dans l’armée allemande durant la Première Guerre mondiale, affecté dans l’empire ottoman. Il fut révolté par les atrocités commises contre les Arméniens. Le témoignage photographique que nous avons du génocide arménien est dans une très grande mesure le résultat des clichés qu’il prit secrètement et qu’il fit sortir clandestinement d’Anatolie et du Moyen-Orient. Vingt ans plus tard, il protesta dans une lettre adressée à Adolf Hitler – rien moins – contre l’escalade rapide des persécutions contre les Juifs, un acte pour lequel il fut interné quelque temps dans un camp de concentration. Raphaël Lemkin, un Juif polonais, inventa le mot « génocide ». Jeune homme, il fut profondément touché par les atrocités perpétrées contre les Arméniens. Il se trouvait en Allemagne, étudiant en droit, en 1921, lorsque Soghomon Tehlirian assassina Talaat Pacha, le principal architecte du génocide arménien. Tehlirian fut jugé, mais acquitté par un tribunal allemand. Durant ces événements, Lemkin chercha à en apprendre davantage sur ce qui était arrivé aux Arméniens et entama sa recherche intellectuelle et politique qui culmina en 1944 avec son invention du mot « génocide » et, en 1948, avec l’adoption par les Nations Unies de la « Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide ». Le projet courageux de Lemkin naquit de sa profonde aversion pour les atrocités commises contre les Arméniens et les Juifs. Bien qu’ayant beaucoup souffert à titre personnel de la Shoah – il apprit après la guerre que 49 membres de sa famille avaient été tués par les nazis -, sa sensibilité humanitaire s’étendit bien au-delà du tragique destin de son propre peuple, incluant en particulier aussi les Arméniens. Espérant qu’en inventant et définissant un nouveau mot, il puisse mieux traduire l’énormité de ces crimes et prévenir leur répétition contre d’autres peuples.
La conscience humanitaire de Wegner et Lemkin, ainsi que de tous ceux, dont nous ignorons souvent les noms, qui tentèrent de protéger Arméniens ou Juifs, nous montrent par ailleurs que le génocide arménien et la Shoah sont des événements qui ont un lien – et nous permettent d’avoir espoir en l’avenir, malgré les tragédies du passé.

[Eric D. Weitz est Distinguished McKnight University Professor et titulaire de la Chaire Arsham et Charlotte Ohanessian au College of Liberal Arts, Université du Minnesota, où il enseigne l’histoire. Page personnelle : http://www.hist.umn.edu/~weitz/].

___________

Source : http://www.armenianweekly.com/download/2/ (article paru le 26.04.2008)
Traduction : © Georges Festa – 03.2010.