vendredi 5 mars 2010

Kond

© Levon R.


A Levon,


Emprunter la voûte de pierre sombre, aux marches aussi régulières que sont certains le désespoir ou la misère des jours. Au travers d’une planche l’œil vide. Nuages amers. Arche enjambant la cour. Où l’on tente d’occuper le néant. Tout autour les fils électriques, striant l’espace que l’on ne regarde même plus. Soudain une porte moussue, où la rouille se mêle aux fissures d’un mur défait. Ouvrant sur d’autres impasses. Ou fausses certitudes. Oubliées elles aussi. Ou encore ces deux battants de bois, miel et safran, aux guirlandes d’automne. Les promesses de souvenirs. Il suffit de gravir. Ou de rester sur le seuil. Eprouver ce qui fut. Le passage peut aussi se refermer. Palissade élimée découpant l’ogive précaire. Masses noires, que tu devines. Cette autre façade, rongée par le temps. Plaque de ciment contre marquise de fer forgé, surmontée de tôle ondulée. Le décor des disparitions. Ton regard se perd sur les ferrures des vitres, encadrées de bois torsadé. La fête fut belle. Oublier ce puits noir, suivre les reflets du ciel. Que l’on boit à s’y perdre. Mais la façade s’étend, se multiplie. Ronde-bosses, reliefs où l’on cherche en vain l’icône effacée. Le temple demeure entrouvert. Descendre alors vers cette autre porte, muette, hermétique. Où te conduisent des parois balafrées, édentées. Escalier des suppliciés de l’aube. Ou de fuyards en rêve. Au détour d’une ruelle bleuie, l’alcôve éclairée. Dialogue des brisures. Et si tes pas se faisaient marins ? Passage de pierre, pellicule de film. Quelle lettre se présente à toi ? Planches d'un mur. Qui semblent fuir les regards, appuyées à la voûte ocre. Grillage rouillé d’une fenêtre de pauvreté. Reflets noirs, opaques. Obsidienne cerclée de briques disjointes. Parfois la façade se duplique. Angles réchappés de quelque ébauche mate. Et les branches se mêlant au grillage devenu fou. Reprendre le ballet des courbes et des vides. Un chat égaré dans l’instant. Dentelles métalliques. Ou blanc crémeux sur fond cannelle. Pâte anonyme qui mue en parterre fleuri. Pétales sur fond vitré. Bleus, rouges, verts. Musique en sourdine. Qui s’entête, ne cesse de battre. Sous la poutre jaune pâle, les blocs de pierre dessinent leur étrange ballet. Fauves, reptiles. Parfois revient le damier silencieux. A la gueule de prison ou d’orphelinat. Ou cerclé de ciment peint. En trompe-l’œil. Ou trompe la mort. Ondulations ferreuses. Qui lâchent leur proie. L’arcade se dérobe. Ni porte, ni fenêtre. Scansion interrompue. A quoi bon ? Structures ligneuses. Etagements d’allumettes narguant le bel ordonnancement de pierre voisin. Fastes anciens aux ombres sanglantes. Gouttière exhibant ses caractères, se déhanchant, rompue. Enième fantaisie. Plan rapproché. La ville s’efface. Ne reste qu’un halo humide. Reprendre la torsion, jumelle. Corps épousés. Calligramme blanc sur fond noir et ocre. Le sceau restera secret. Feuillages incandescents, vitrages bleus et oranges. Malgré les brûlures qui lèchent la pierre. Epis de blés ou palmes vénéneuses. Cette autre façade, mexicaine. Aux globes fertiles. Jaillissant à l’oblique. Tu gravis l’escalier orangé. Pergola aux peintures décomposées. Bruns et oranges qui gagnent sur le vert pâle. Bataille minutieuse, inéluctable. Nul se s’assied plus là. Branchages tissant leur toile. Autre escalier de bric et de broc, qui se raidit face à on ne sait quelle menace. Ou se perd dans l’enchevêtrement des poutrelles. Qui dira ce silence, cette soif ? Tenir debout, serviette verte claquant comme un drapeau de carnaval. Détail d’une ferronnerie de fortune, arrimée à on ne sait quelle traverse. Flaques rouges de marches en bois. Flanquées de quilles blanches. Le dernier opéra. Capot du camion, ouvert. Dans sa gueule l’homme. Fouiller encore. Cet autre débarras. Moules de cuisine suspendus, aussi noirs que les notes d’une partition brûlée. Chaise maquillée de tissu orange, table, nappe. Peu importe qu’ils soient partis. Attendre le retour, ils seront là. Bleu strident d’un mur de cuisine, où quelques ballons plastiques recomposent une guirlande. Exorbitée. Tandis que le mur se détruit aussi sûrement que ce qui reste de mobilier. Les arbres effeuillés ponctuant le décor. Proclamant, bras grands ouverts. Ce que les demeures anciennes ne disent plus. Parfois le mur cède. Racine se perdant, échevelée. Au-dessus de l’armoire ces rouleaux de papier. Spirale des surfaces, en parallèle. Vues de coupe. Valises, chaussures. Blotties en contrebas. Vase. Ces autres étagements. Dans ce décor de carton pâte les comédiens ont décidé. Déposer les ultimes entraves. Ailleurs, demain.

© georges festa – 03.2010

Levon R - Kond, 2010