dimanche 14 mars 2010

Littérature arménienne de Turquie / Turkish-Armenian Literature

Mıgırdiç Margosyan
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Un colloque de la MESA explore des thèmes dans la littérature arménienne et turque comme outils de mémoire et de réconciliation

par Rubina Peroomian, Ph.D.

www.asbarez.com


Un congrès de la Middle East Studies Association (MESA – Association des Etudes sur le Moyen-Orient), avec d’intéressantes tables rondes sur différents sujets couvrant toutes les périodes dans différentes disciplines comprenant l’histoire, la littérature, l’art, les médias, le droit, la religion, les sciences politiques, la sociologie, etc, sur tous les aspects du Moyen-Orient, s’est tenu du 21 au 24 novembre 2009 à Boston, Massachusetts. La réunion annuelle de la Society for Armenian Studies (SAS – Société des Etudes Arméniennes) avait aussi lieu, comme toujours, en liaison avec le congrès de la MESA et accueillit un large public.

Il était réconfortant de voir la présence de jeunes chercheurs, engagés avec dévouement dans des études sur le Moyen-Orient, renouveler la méthodologie et l’approche des débats. Encourageant aussi de voir la présence de chercheurs arméniens dans diverses tables rondes abordant des thèmes arméniens et non arméniens. Naturellement il était impossible de suivre le sujet et les thèmes de toutes les tables rondes, 222 au total, mais à en juger d’après le titre des tables rondes et des communications, les tables rondes négationnistes furent heureusement absentes de ce congrès. Malgré cela, dans quasiment toutes les tables rondes, ou d’autres traitant de sujets voisins (entre huit et dix environ), se trouvait un « Turc de service » parmi l’assistance, utilisant la session des questions et réponses comme une opportunité de donner libre cours à des griefs relatifs à la « souffrance des Turcs » aux mains des Arméniens durant la Première Guerre mondiale, ainsi que dans les années 1970 et 1980.

Dans ce rapide compte rendu du congrès de la MESA, j’aimerais me centrer sur la table ronde dans laquelle j’étais présentatrice. Pour ceux qui s’intéressent à tous les sujets liés à l’arménité, le programme du congrès, ainsi que tous les résumés, sont accessibles sur le site de la MESA : www.mesa.arizona.edu/annual/program.htm. Notre table ronde était organisée par le professeur Barlow Der Mugrdechian, de l’université de Californie du Sud à Fresno, avec trois conférenciers, un président de séance et un participant, et s’intitulait : « Mémoire et réconciliation : thématiques dans la littérature arménienne et turque. » Marc Mamigonian, de la National Association for Armenian Research and Studies (NAASR – Association nationale pour la Recherche et les Etudes Arméniennes), présida avec brio cette table ronde, offrant un large panorama aux communications et introduisant le sujet et chacun des conférenciers. Fatma Ulgen, doctorante turque et professeur à l’Université de Californie, San Diego, oeuvra en qualité de modératrice et éclaira brillamment les questions importantes soulevées par les trois communications, ajoutant sa vision et sa connaissance pertinente de l’histoire des relations arméno-turques. Elle anima aussi une session fructueuse et stimulante de commentaires et de questions-réponses. La veille, Fatma Ulgen fut aussi présentatrice lors de la table ronde « Les Arméniens de Turquie après 1915 », avec une analyse très intéressante du traitement des questions relatives aux Arméniens dans les manuels scolaires turcs de l’ère républicaine. Sa communication s’intitulait « La diffusion sociale du déni turc : panorama textuel des manuels scolaires turcs, 1930-2000 ».

Le professeur Barlow Der Mugrdechian, troisième intervenant, s’intéressa à l’ouvrage d’une écrivaine, Fethiye Çetin, et analysa la manière avec laquelle elle fut affectée par les révélations que sa grand-mère était Arménienne. Dans son exposé, intitulé « Mémoire et identité dans les mémoires de Fethiye Çetin, Le Livre de ma grand-mère », Der Mugrdechian illustra l’influence pénétrante de la catastrophe sur la mémoire et l’identité arméniennes, en particulier sur une génération de Turcs qui découvrent leurs propres liens avec le passé. Il nota en particulier : « Les représentations du génocide arménien de 1915 apparaissent rarement dans la littérature turque. Le genre des mémoires donne l’opportunité d’explorer l’impact d’une révélation nouvelle sur la mémoire et l’identité. Les mémoires de Fethiye Çetin, Le Livre de ma grand-mère (2008), gravitent autour de la révélation que sa grand-mère n’est pas turque, mais arménienne. Sa grand-mère est une survivante du génocide arménien de 1915 et subit le caractère traumatisant de ces événements. Elle épouse ensuite un Turc et élève une famille, tout en conservant le souvenir de ces événements lointains. » Der Mugrdechian aborda la question de savoir comment cette révélation affecta le sentiment d’identité et de mémoire d’une jeune femme et comment celle-ci fit face aux perceptions sociales des Arméniens et à l’information nouvelle la concernant. Il analysa la re-conceptualisation de cette identité par l’auteur dans sa Turquie d’origine et conclut : « Ces mémoires révèlent le pouvoir apaisant de la connaissance et comment cette connaissance modifia son identité et sa propre perception […] Ils font partie d’une évolution récente dans la littérature turque qui commence à aborder les événements de 1915 d’un point de vue littéraire, apportant un éclairage nouveau sur le sujet. »

Muge Salmaner, seconde intervenante, doctorante turque à l’Université de Washington, s’intéressa au film Ararat pour montrer comment Atom Egoyan représente la transmission d’événements traumatiques sur le plan à la fois social et familial dans son film méta-cinématographique Ararat (2002). Dans son exposé intitulé « Représentation cinématographique du traumatisme dans Ararat d’Atom Egoyan », elle étudia « la manière d’aborder la mémoire arménienne et la négation du génocide par la Turquie, à travers le prisme théorétique des études sur le traumatisme et la mémoire, pour tenter d’établir une vérité historique centrale, en se souvenant ou en oubliant collectivement ». Fatma Ulgen aborda des questions telles que « Quels sont les agents de la mémoire et qui a autorité pour représenter le passé, compte tenu des limites de la représentation d’événements traumatiques via des récits ambigus ? ». « Ararat d’Egoyan, déclara-t-elle, aborde le processus de deuil de la catastrophe arménienne, qui reflète les effets du traumatisme sur quatre générations d’une même famille après 1915. Une partie du traumatisme des générations suivantes n’est pas lié au génocide ; néanmoins, Egoyan parvient à lier les conflits entre générations en comparant les expériences traumatiques collectives et individuelles. […] En réalisant un film à l’intérieur de son film, Egoyan est capable de raconter plusieurs histoires à partir de différents points de vue. Cette structure crée un espace permettant au réalisateur d’être critique vis-à-vis de lui-même et de réfléchir sur son identité, ce qui est méta-fictionnel ou plutôt méta-cinématographique, tout en étant conscient de sa propre situation de réalisateur. » Fatma Ulgen écarta les points de vue qualifiant ce film de film sur le génocide ou de « film de propagande », soulignant la vision chez Egoyan des films sur le génocide comme « kitsch et unidimensionnels, du fait de leur potentiel limité de représentation dans le cadre du mélodrame épique historique. » Appliquant l’approche nouvelle de la théorie du traumatisme, afin de saisir la représentation du traumatisme et ses limites, elle montra ensuite comment « les tentatives pour reconstruire le traumatisme individuel/collectif et ses limites dépendent que « qui » le construit et du « pourquoi » ils agissent ainsi. »

Je fus la première à intervenir et ma communication, intitulée « Oser se souvenir – La littérature arménienne d’Istanbul et la mémoire inchangée d’un passé tragique », était centrée sur le silence et les échos de souffrance et de nostalgie. Ce qui suit est le texte abrégé de l’exposé à partir duquel j’ai réalisé mon intervention d’une vingtaine de minutes.
__________

Il ne s’agit pas ici d’autocensure, comme dans le cas de nombreux écrivains soviétiques arméniens. C’est l’ombre toujours présente de la répression et des persécutions. Dans une situation où le fait même de parler l’arménien en public était interdit par le code du comportement public de rigueur, comment les lettrés arméniens en Turquie eussent-ils pu parler ou écrire sur un sujet aussi sensible que les massacres et les déportations de leur peuple en 1915 ? Dans un tel climat de peur et de pressions politiques, les écrivains arméniens reconnus de l’avant 1915, ne pouvant exprimer librement les souffrances de leur peuple, s’interdisaient de le coucher par écrit ou se livraient aux accès épisodiques d’une mélancolie abstraite (1).

Arpiar Der Markaryan est typique de cette image classique des écrivains de la première génération des survivants en Turquie. Il naquit en 1889 à Khultig (2), un village près de Bitlis. Il survécut aux massacres de 1894-96, tandis que le reste de sa nombreuse famille, comptant cinquante-sept membres, fut assassiné. Il survécut aussi au traitement barbare et au massacre des conscrits arméniens en 1915, mais il garda en lui tous ces souvenirs poignants, n’en parlant et n’écrivant jamais à leur sujet. Il décrit en 1937 son présent comme « une vie posthume, sans un sourire, sans rêves, une vie ôtée par l’ombre de la mort […] Nous portons les cicatrices d’anciennes blessures sur notre visage et voici qu’une blessure nouvelle entaille nos cœurs, une blessure mortelle qui ne peut être guérie. » (3) Dans un ouvrage publié en 1946, il évoque son village natal, l’église, où, petit garçon, il croyait que de nombreux saints s’étaient établis. « Les saints sont morts, maintenant. », écrit-il, laissant entendre que le village est dépeuplé, massacré, et les saints abandonnés à leur mort (4). Dans un carnet, il décrit l’un de ses étudiants qui l’appelle anapati tsnund (5), signifiant « né dans le désert », autrement dit un enfant né d’une mère réfugiée qui avait survécu aux atrocités des convois de déportations et atteint Alep ou quelque autre destination dans le désert syrien. Voilà à quoi se bornait l’audace de Der Markaryan.

(Coïncidence, tandis que je rédige cette communication, j’apprends aujourd’hui (5 août 2009) la disparition de Sarkis Cherkezyan (Sarkis Varpet), né en 1916 dans un village près d’Alep. C’était lui aussi un anapati tsnund. Son existence fut un combat continuel contre les discriminations, les préjugés et les persécutions, mais jamais il renia la mémoire de sa nation meurtrie. Il continua de croire en la bonté des êtres humains, s’exhortant à la patience, résolvant la vérité historique, la maintenant vivante et combattant à sa manière ceux qui avaient choisi d’oublier.) (6)

Arpiar Der Markaryan ne partagea avec personne sa souffrance. Son fille se souvient : « Les jours de fête étaient toujours chargés d’émotion pour moi. J’attendais avec crainte le moment où […] la voix robuste de mon père emplissait l’air : « Kanché krounk, kanché ! » (7) C’étaient pour moi des moments cauchemardesques. Mon père souffrait. Ce n’était pas une chanson, mais une prière, des retrouvailles avec ses chers disparus. J’espérais que la chanson finisse. Puis sa voix se mettait de nouveau à trembler. Il ravalait en silence ses larmes. Une souffrance qui semblait n’avoir pas de fin. » (8)

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Dans d’autres cas, les enfants surprennent les adultes parlant à voix basse de leur expérience terrible, rassemblés dans le cadre d’un cercle intime. Kemal Yalçin reconnaît à la fin de son livre, Seninle Guler Yuregim [Avec toi, sourit mon cœur] (9), qu’il fut très difficile de gagner la confiance de ses interlocuteurs arméniens pour qu’ils s’expriment librement et sans appréhension. Il y avait toujours une réserve prudente, le désir plus ou moins conscient de dissimuler le passé, lorsqu’il s’agissait de parler avec un ami turc. Que ces survivants s’expriment ou écrivent à propos de leur passé traumatique ou non, et malgré l’interdiction par le gouvernement des sujets sensibles dans les écoles arméniennes, les souvenirs étaient transmis directement ou indirectement.

Hagop Mintzuri, né en 1886 à Armdan, un village proche d’Agen, face aux Monts du Dersim [Mintzuri], fut l’un des rares à tenter de briser le silence dominant dans la littérature arménienne turque, quoique de façon prudente et indirecte. Dans ses recueils de nouvelles, il décrit la vie des villages arméniens dans la Turquie de l’avant-1915, comme pour éterniser une réalité qui n’existe plus et en transmettre le souvenir à la postérité. Et aussi, peut-être, avec un autre motif ou une intention inconsciente : inciter à se demander où sont ces Arméniens maintenant ? Ces nouvelles sont, bien sûr, écrites en arménien pour un public arménien, et leur message se dissimule, opportunément et de façon oblique, dans le détail de la description. Ses références subtiles à l’état des relations entre Arméniens et Turcs évoquent la nature instable et explosive de ces relations. Elles étaient amicales et cordiales tant que les Arméniens ne franchissaient pas la ligne jaune et n’outrepassaient pas leurs « limites ». Les mémoires de Mintzuri ont été récemment traduits en turc et parlent maintenant aussi au cœur du lecteur turc. Pourront-ils ouvrir une porte ?

Les Arméniens en Turquie, durant et après la Seconde Guerre mondiale, subirent des discriminations pires qu’avant la Première Guerre mondiale. L’incorporation des Arméniens en 1941 dans les sections de travail n’est pas sans rappeler les Amele Tabouri [bataillons de soldats-ouvriers] de la Première Guerre mondiale ; puis, il y eut l’impôt sur la fortune en 1942, qui ruina non seulement physiquement, mais aussi spirituellement, toute une génération d’Arméniens, affectant leur statut social, leur individualité et leur identité. Andan Ozer est le seul poète arménien, à ma connaissance, qui fait allusion à cet événement dévastateur dans deux de ses poèmes, « Gar ou chgar » [Il était, et il n’était pas] et « Veratarts Ashkaleen » [Retour d’Ashkale » - un de ces camps de travail où ceux qui ne pouvaient payer ces impôts exorbitants étaient déportés). Tous deux écrits en 1949-50.

« Il était une fois, il n’était pas
Il était une fois une maison
Il n’y avait ni chaises
Ni table
Une triste pièce avec quatre murs
Sur eux, deux portraits
Qui avaient l’air d’idiots, sans caleçons, un chapeau sur la tête

Là, le vide laissé par les meubles disparus
Là, l’impôt sur les pauvres [ch’Ounevorutian Tourk] payé par notre famille,

Il était
Ou
Il n’était pas… »

Outre des références indirectes au passé, les poètes arméniens de l’Istanbul de l’après-Seconde Guerre mondiale cherchèrent un moyen d’expression, en s’inspirant des principes et des normes novatrices de la littérature moderne internationale. Animés d’une perception personnelle du monde et de l’humanité, ils chantèrent les amours, les espoirs, les rêves et les aspirations, les douleurs et les souffrances de l’humanité, ainsi que le combat pour l’égalité et la justice. Un poème d’Onnik Fchjian, « Vacharorde » [Le Marchand], incarne au mieux ce trait :

« Je vends de l’huile ; je vends du miel,
pardonnant l’esprit,
aux cœurs
épris de sincérité je vends…
Mes paniers débordent
de bonheur, de fraternité
et je vends ; je vends…
« Marchand » !
Donnez-moi
Haine, mensonges et tromperies.
Malheureusement, Madame, il n’en reste aucun.
Ils ont tous disparu. » (10)

Les poètes arméniens d’Istanbul parviennent ainsi à surmonter leurs émotions, substituant au « moi » le « moi collectif ». Substituant au combat personnel celui d’une communauté. Garbis Cancigian (Janjikian) fut l’une des figures centrales, de proue, de la poésie arménienne dans l’Istanbul de l’après-Seconde Guerre mondiale, suivi par Zahrad (Zareh Yaldejian) (11) et Zareh Khrakhuni (Arto Jumbushian) (12). Le poids de la mémoire du passé ne les quitta cependant jamais. Ils l’exprimaient prudemment, à l’aide d’images, souvent surréalistes, de symboles, afin de créer des significations multiples conduisant à de multiples interprétations… L’aspect national demeure obscur, à peine perceptible ; cette poésie résonne de manière inoffensive, mais s’adresse à l’intelligence du lecteur. Elle l’atteint à travers l’art, les images, sans jamais s’exprimer directement.
Il est réellement malaisé de déceler les allusions indirectes à l’histoire du peuple arménien et à ses difficultés présentes. Zahrad renvoie-t-il au sombre destin du peuple arménien en Turquie ou s’agit-il d’un regard pessimiste sur l’existence humaine ?

« Notre naissance est marquée de ténèbres
Car nous sommes nés un jour de ténèbres [sev or]
D’un jour de ténèbres
D’une épée de ténèbres
Meurt notre naissance.
Ou encore,
Vois ces poignards, ces poignards, ces poignards suspendus dans le ciel
Pendant que nous, masses de cadavres en vie
Condamnés à mourir
Fuyons ces poignards. »

« Epée de ténèbres » et « poignards suspendus dans le ciel » emblématisent sans aucun doute la menace turque, toujours présente, et renvoient à l’histoire passée.

Le symbolisme constitue une tendance que les poètes arméniens de Turquie adoptèrent en réaction aux persécutions sans frein frappant les minorités, qui reprirent après la chute de Menderes et accompagnèrent l’interdiction de parler une autre langue que le turc (campagne du « Citoyen ! parle le turc ! »). Dans un autre poème, intitulé « Patmoutioun » [Histoire], relatif à la fondation de Rome par Rémus et Romulus, Khrakhuni écrit :

« Leur totem était le loup
Le nôtre l’agneau
Là est la question
Le reste n’est qu’histoire. »

L’on ne peut s’empêcher de songer que le poète recourt aux images mythologiques des loups pour faire allusion à l’histoire des relations arméno-turques. L’hommage de Khrakhuni au Mont Ararat, sans nommer la montagne ni le peuple qui la considère comme sacrée, contrairement à des centaines de poèmes dédiés à l’Ararat à travers le temps, est une présentation réaliste de l’histoire d’une nation, de ses victoires et aussi de ses défaites, d’une situation présente difficile, mais qui demeure, envers et contre tout, le symbole de l’existence d’une nation, de son combat, de son caractère, de ses rêves et de ses aspirations.

Autre exemple, le poème de Varteres Karageozian (13), intitulé « Metz mayrig » [Grand-mère], publié au début des années 1960. A l’aide d’une imagerie simple et d’un lexique sommaire, il présente l’histoire d’une nation qui souffre :

« C’est une petite fille, encore en fleur
ils emmènent son père
elle s’assied et pleure avec sa mère
elle se marie, jeune épousée
ils emmènent son mari
elle s’assied et pleure avec son fils
elle est la gardienne de son fils orphelin
ils lui prennent aussi son fils
elle s’assied et pleure avec sa belle-fille
il n’y a plus maintenant ni peur
ni massacres, ni guerre
mais ils lui prennent aussi son petit-fils
C’est ainsi – elle s’assied et pleure. »

Cette description corrobore les témoignages oraux recueillis auprès des Arméniens survivants, selon lesquels chaque génération née avant et après 1915 eut sa part de calamités et endura des persécutions.

Les conditions socio-économiques terribles de la Turquie de l’après-Seconde Guerre mondiale se traduisirent par une vague de mécontentement, comportant des sous-entendus politiques alliés à un penchant pour le marxisme et le communisme, en particulier parmi les jeunes intellectuels. En réaction, le gouvernement renforça son étreinte. Toute une série d’interrogatoires et d’emprisonnements eurent lieu. Les intellectuels arméniens d’Istanbul furent eux aussi ciblés, nombre d’entre eux étant accusés de diffuser une propagande communiste et d’être en relation avec l’Union Soviétique. Roupen Mashoyan témoigne de ces persécutions et de ces intellectuels convoqués par les services secrets turcs à Istanbul et interrogés au sujet d’un de leurs écrits déjà traduit en turc, attendant les accusés dans le bureau d’un officier chargé des interrogatoires (14). Haygazun Galustian (15) fut l’un de ces intellectuels et le texte en question est son poème intitulé « Irigune » [Le Soir],

« Maintenant
une femme
attend son mari au chômage
maintenant
les flammes de papiers déchirés
vont transformer les feuilles de chou
qu’elle a ramassées sur les trottoirs au marché
en repas
tandis que le couteau à pain sur la table
attend le repas, le repas, le repas. » (16)

Galustian avouera plus tard à ses amis que cette femme ramassant des feuilles de chou dans la rue était sa mère.

De fait, la poésie, comme genre d’expression artistique dans la littérature, fit des progrès remarquables, en particulier concernant l’articulation des souffrances passées et présentes des Arméniens. D’une certaine manière, il était plus facile d’éviter la censure grâce à la nature allégorique et équivoque d’une création complexe. D’autre part, on peut dire qu’il est plus aisé de glisser des allusions dangereuses dans un poème que dans une œuvre de fiction de plus grande ampleur.

Ces dernières années, toutefois, le mur du silence a été brisé et la question arménienne abordée sous des formes variées. Des réminiscences du passé arménien, ayant un sens pour les seuls lecteurs arméniens, sont traduites afin d’atteindre le lectorat turc. Comme l’écrit Fatma Gocek : « Il leur a fallu soixante-quinze ans pour présenter à l’opinion musulmane turque les massacres arméniens, lesquels forment une composante indélébile de la mémoire de leurs parents et grands-parents. » Il s’agit d’une aventure nouvelle, hardie, consistant à écrire en turc ou à traduire de l’original arménien en turc les récits qu’ils ont appris sur le passé arménien. Toutefois, cette aventure nouvelle dans la littérature arménienne turque vit encore ses premiers pas, chancelants et prudents. Des articles de journaux dans Marmara et Jamanak tentent d’éclairer la situation présente de la communauté arménienne sans trop se référer au passé. L’apport d’Agos, un hebdomadaire en turc et en arménien, est considérable. Ce périodique, qui continue de paraître après l’assassinat de Hrant Dink, son éditeur de toujours, cible les Arméniens de Turquie, en particulier ceux qui sont arrivés à Istanbul de l’intérieur du pays et n’ont pas reçu d’éducation arménienne – Istanbul étant le seul endroit où l’existence d’écoles arméniennes soit tolérée. Mais, plus important, Agos ambitionne de diffuser une information fiable au sujet des Arméniens et de la communauté arménienne dans la société turque, au sens large (17). Quoi qu’il en soit, la norme dominante est encore de s’accommoder des limites acceptées. Les auteurs de mémoires ne se réfèrent pas directement aux massacres et aux déportations, se risquant encore moins à les qualifier de génocide. « Exil » est la terminologie préférée. En témoigne cette note des éditeurs des œuvres d’Arpiar Der Markaryan en 2006, expliquant ce que l’auteur entend par anapati tsnund :

« Référence aux enfants arméniens nés dans les déserts de Syrie en 1916-18, dont les parents firent partie des centaines de milliers d’Arméniens, qui furent déportés au terme d’une loi spéciale du gouvernement ottoman [Tehjir Kanunu]. Ils [les parents de ces enfants] furent parmi les rares à avoir la chance de ne pas mourir de maladies ou de faim, ou ne pas être massacrés sur la route vers l’exil [aksor] ; ils atteignirent le désert et survécurent dans d’atroces conditions. » (18)

Le mot arménien en usage pour déportation est exil, très fréquent dans la littérature arménienne et les témoignages oraux, mais aussi suffisamment fort pour dénoter la dureté des convois de déportation. En outre, le procédé est canonisé par la référence à la loi que promulgua le gouvernement. Il ne s’agit pas ici d’évoquer une tentative de génocide de la part du gouvernement, simplement de la mise en œuvre d’une loi. En fait, le terme Tehjir Kanunu [édit de relocalisation] est utilisé dans l’historiographie officielle turque pour justifier les événements de 1915 et fait davantage penser à relogement ou transport. L’éditeur reproduit peut-être sans le savoir la dissimulation des faits.

Mıgırdiç Margosyan eut le courage d’écrire sur sa ville d’origine dans les années 1980. Et plus audacieux encore, traduisit le tout en turc. Sa récente intervention, importante et courageuse, pour raconter l’histoire du passé arménien à l’opinion turque, est une étape marquante. Gâvur Mahallesi [Le Quartier des infidèles, 2006], nouvelle version en turc de ses nouvelles en arménien, décrit la vie et la lutte quotidienne des Arméniens à Dyarbekir (une ville turque, voisine de Tigranakert), après la Seconde Guerre mondiale, isolés dans leur quartier, celui des infidèles. Avec pour règle de conduite le fait de toujours faire profil bas et de ne pas irriter les musulmans, qui méprisaient les non musulmans et les considéraient comme ennemis de leur patrie.

Le modèle que Mintzuri tentait de décrire se répète ici sous des couleurs plus intenses. Le paradigme demeure inchangé, du cadre pré-génocidaire jusqu’à un passé très récent. Là, dans la Dyarbekir des années 1980, même les morts se voient privés d’une croix sur leur tombe, de peur que cela ne les distingue des autres et souligne leur identité chrétienne. Il est significatif de voir que les Arméniens se définissent comme Tigranakerttsis et non comme Diarbekirtsis. La preuve de leur enracinement ancien est face à eux. Les ruines de l’église arménienne de Saint-Giragos à Xancepek, le quartier arménien dans Gâvur Mahallesi, se dressent aujourd’hui, écrit Ayse Gunaysu, comme « la preuve d’une rupture tragique dans l’histoire sociale de Dyarbekir » ou « témoignage d’une réalité niée ». (19)

Les habitants du Gâvur Mahallesi savent bien qu’ils sont la continuation des « restes de l’épée », terme humiliant, dégradant, que les Turcs inventèrent pour appeler ces Arméniens qui parvinrent malgré tout à rester en vie. « Restes de l’épée » est un terme encore usité de nos jours, une expression lourde de sens qui porte en elle l’histoire d’une nation, l’état d’esprit et la disposition psychologique des survivants d’une immense catastrophe. Mais ceux-ci ont aussi appris comment chérir leur terre ancestrale, que symbolise leur village, sans provoquer la suspicion des autorités. Le jeune Mıgırdiç apprend à chanter les louanges de Hretan, le village natal de son père, pleurant la dispersion de ses fils et filles. Il apprend la nostalgie d’un Hretan qu’il n’a jamais vu et où seuls des Kurdes vivent maintenant (20). Cet attachement a son équivalent dans les sentiments qu’éprouvent les Arméniens de diaspora envers leurs lieux d’attache familiale en Arménie Occidentale. Même les Arméniens de seconde ou troisième génération, nés en diaspora, s’identifient au lieu d’origine de leurs ancêtres. Ils sont Vanetsis, Tigranakertsis, Mshetsis et Kharperttsis, même s’ils n’ont jamais vu ces lieux, et curieusement, parfois, les dialectes arméniens de ces endroits est l’unique langue arménienne dont ils ont hérité et qu’ils parlent.

Margosyan peint un tableau idyllique de sa ville d’origine et de la vie rurale modeste à Gâvur Mahallesi, sans jamais aborder les raisons pour lesquelles les Arméniens ont émigré à Istanbul ou à l’étranger et pourquoi les traces de la présence arménienne, les quelques vestiges des nombreuses communautés arméniennes dans l’intérieur de la Turquie, furent éliminés. Leurs foyers et leurs biens abandonnés sont devenus un souvenir et une existence pénibles, une histoire ancienne que les grands-mères racontent à leurs descendants : « Il était une fois, et il n’était pas, un royaume… » (21). « Oui », ajoute Mıgırdiç Margosyan.

« Il était une fois un royaume… le royaume d’Aghajan Dayi [oncle Aghajan] et de ses habitants… Dans le quartier de Khenchebek [Xancepek] du Gâvur Mahalle de Tigranakert, le royaume de la maison n° 4, dans la rue Direshibashe.
Des rois, reines, jeunes mariées, jeunes époux de ce royaume, nul ne vit plus maintenant en ce royaume… Maintenant d’autres, d’autres gens vivent dans nos cours et nos maisons. Nos grenadiers et mûriers se sont desséchés. […]
[Tous ces gens] composent maintenant des tombes en terre dans le cimetière arménien de Shishli [Istanbul] […].
Nous, les derniers à être en vie, nous nous languissons de notre maison, de nos grenadiers et nos mûriers, et de l’ombre qu’ils nous procuraient. » (22)

Avec des références aussi ambiguës, il est nécessaire de lire entre les lignes de la littérature éparpillée dans les journaux arméniens d’Istanbul et des publications plus récentes, en volumes séparés, pour pouvoir déceler la persistance ou l’interruption de la mémoire historique et le degré d’intensité de cette mémoire affectant l’identité arménienne de Turquie. Etre un Arménien en Turquie, c’est être conscient des préjugés, de la discrimination, de l’appréhension, de la prudence et de la timidité qui dominent la vie quotidienne des Arméniens en Turquie. Et aussi, être un Arménien en Turquie, comme l’écrit un auteur anonyme, c’est « entonner fièrement la marche de l’Indépendance chaque matin et crier « Heureux d’être un Turc ! » dans une Turquie où vous n’avez pas votre mot à dire… »
Quoi qu’il en soit, « quand on te dit « Pars, si ça ne te plaît pas ! », c’est pour dire : « Et pourtant, c’est aussi mon pays. » » (23)
Dans une veine similaire, Hrant Dink écrit :

« Mais si nous sommes contraints de partir un jour… nous nous mettrons en route comme en 1915… Tout comme nos ancêtres… Sans savoir où nous allons… Suivre les routes qu’ils suivirent… subissant la torture, ressentant la souffrance… Avec un tel reproche nous quitterons notre patrie. Et nous irons là où nos pas nous porteraient, mais sans nos cœurs. » (24)

Hrant Dink avait le franc-parler que pouvait avoir n’importe quel Arménien ou citoyen de Turquie. En fait, jamais il ne s’abstint d’utiliser le mot génocide lorsqu’il évoquait la question arménienne. Dans le film documentaire Screamers [Hurleurs], il explique :

« Il existe des Turcs qui n’admettent pas que leurs ancêtres ont commis un génocide. Or, à y regarder de plus près, ils ont l’air de gens sympas… Donc, pourquoi ne l’admettent-ils pas ? Parce qu’ils pensent que le génocide est une mauvaise chose, que jamais ils ne voudraient commettre et parce qu’ils ne peuvent croire que leurs ancêtres aient fait une telle chose. »

Ce n’est que récemment que nous avons pris plus ou moins conscience du long traumatisme qui engloutit les Arméniens survivants en Turquie. Une fois admis dans leur univers, nous constatons à quel point le passé a modelé leur identité et celle des générations qui leur succédèrent. Et chose étrange, c’est la littérature turque qui ouvre cette voie. Des circonstances socio-politiques ont contraint la littérature arménienne de Turquie à l’échec dans sa tentative de révéler la réalité et, grâce à l’expression artistique, réaliser la synthèse du rapport ou du dialogue du passé individuel avec celui de la collectivité. La littérature turque, de son côté, s’est départie d’une ignorance absolue des Arméniens et du passé arménien au début de l’ère républicaine, dépassant les expressions de haine et d’animosité à l’encontre des Arméniens pour finalement parvenir à des tentatives sincères visant à ouvrir un passé interdit, compatissant avec les peines et les souffrances des Arméniens comme avec celles des autres minorités ethniques et religieuses, longtemps censées avoir été totalement absorbées dans la « société monolithique » d’une Turquie musulmane.

Parler du génocide arménien en Turquie est plus qu’un tabou ; c’est tout simplement dangereux. Le vandalisme et la violence continuelle exercés contre les institutions et les biens des Arméniens, ainsi que les menaces contre la vie des dirigeants et des militants arméniens, rappellent sans cesse le terrain instable sur lequel vivent les Arméniens. Grâce aux mutations politiques en cours, la grande question reste : un jour viendra-t-il où les Arméniens de Turquie ne resteront plus prisonniers du passé, enchaînés à leur condition de victime, parvenant enfin à mettre ce passé, comme le propose Tzvetan Todorov, au service du présent et à admettre que « la mémoire – et l’oubli – doivent se mettre au service de la justice » ? (25)

Notes

1. Sibil. Hayganoush Mark, Toros Azatian, Gourgen Trents, Yéguiché Ayvazian, par exemple.
2. Une loi votée en 1949 autorisa le gouvernement à changer le nom de tous les villages non turcs en noms turcs. Aredagh est le nom turc pour Khuldig.
3. Ibid., p. 19, extrait d’un texte intitulé « Enkerners » [Mes amis].
4. Arpiar Der Markaryan, Artsagank yev Antsorde, p. 42, extrait de la nouvelle « Mankutians orer » [Les Jours de mon enfance].
5. Ibid., p. 151, extrait d’un texte intitulé « Nazarete » [Nazareth].
6. Sarkis Varpet est l’une des personnes interviewées par Kemal Yalcin.
7. Il s’agit d’une chanson populaire sur les émigrés demandant à la grue de leur apporter des nouvelles de leurs proches demeurés au loin. La première strophe commence ainsi :
« Kanché, krounk, kanché, kani garoun é,
Gharibneru sirte gound-gound aroun é…
Akh im sirts aroun é. »
Traduit sommairement : « Chante, ô grue, chante jusqu’où va le printemps / Saignent les cœurs émigrés / Las, combien saigne mon cœur ! » Saigner signifie ici le chagrin.
8. Arpiar Der Markaryan, p. 232.
9. Je me réfère à la traduction arménienne de l’ouvrage, Hogis kezmov ke khayta, par Monseigneur Karekine Bekjian, Primat des Arméniens en Allemagne (Erevan : Zangak 97 Press, 2003).
10. Ce poème est cité in R. Haddejian, Hushatetr – 15, Grakan havakuit Suatiyei mer partezin mej [Journal – 15, Réunions littéraires dans notre jardin à Suadiye] (Istanbul : Dizgi ve baski, « Murat » Ofset, 1999), p. 188. Haddejian cite ce poème comme la première étape importante et frappante de l’auteur, qui le fit connaître dans les milieux littéraires d’Istanbul. Hilda Kalfayan cite une version légèrement différente. Voir Hilda Kalfayan-Panossian, Bolsahay nor banasteghtsutiune [La Poésie arménienne moderne d’Istanbul] (Antélias, Liban : éd. Prix littéraire Georg Melidinian, 1998), p. 165.
11. Né en 1924 à Istanbul, Zahrad est le produit de la renaissance turco-arménienne culturelle de l’après-Seconde Guerre mondiale, en particulier sur le plan littéraire. Sa poésie reflète le regain des activités culturelles et religieuses de cette période, le développement des écoles, des églises, de la presse, des expositions d’art et des manifestations culturelles arméniennes dans un climat de relatif répit socio-économique et politique, qui prit fin avec la révolution et le coup d’Etat du 27 mai 1960, l’assassinat du Premier ministre Adnan Menderes, la démission de son gouvernement relativement démocratique, la liquidation du Parlement et l’arrestation et l’incarcération des dirigeants politiques.
12. Zareh Khrakhuni est elle aussi native d’Istanbul. Outre ses volumes de poésies, elle est connue comme critique, essayiste et fervent soutien de la poésie arménienne moderne d’Istanbul.
13. Varteres Karageozian est né dans le village arménien de Zara, près de Sebastia (Sivas), en 1938. Il fit partie de ces Arméniens rescapés, dispersés à l’intérieur de la Turquie, qui furent découverts et ramenés à Istanbul lors de la campagne des années 1950 visant à sauver les Arméniens survivants et leur donner une éducation arménienne. Initiative due au Patriarcat d’Istanbul sous le gouvernement démocratique d’Adnan Menderes et sa politique relativement plus clémente à l’égard des minorités.
14. Mashoyan, Yev aysbes abretsank [Voilà comment nous vivions], p. 96.
15. Haygazun Galustian est né en 1920 à Istanbul. Il regagna l’Arménie en 1965 où il mourut en 1985.
16. Pour ce poème dans sa version arménienne originelle, voir Yev aysbes abretsank, p. 95.
17. La naissance d’Agos, ou plutôt l’émergence d’une demande pour un journal bilingue, est un véritable événement. Selon certains rapports, Sa Béatitude Mesrop II Mutafian fit appel à quelques intellectuels arméniens de Turquie actifs dans la presse turque et forma un comité de journalistes afin de répondre aux enquêtes des médias turcs ou d’apporter une information fiable sur les Arméniens dans les médias turcs, où les nouvelles relatives aux Arméniens sont habituellement déformées et falsifiées. Ces efforts firent apparaître la nécessité de publier un journal en turc et peu à peu Agos naquit.
18. Voir la « note de l’éditeur » in Arpiar Der Markaryan, p. 294.
19. Ayse Gunaysu, « Réflexions sur Xancepek et au delà », The Armenian Weekly, April 26, 2008, p. 47.
20. Tigrisi Aperen, p. 21.
21. C’est ainsi que débutent les contes arméniens. Equivalent de l’anglais « Il était une fois, dans un royaume… »
22. Mıgırdiç Margosyan, Mer ayd koghmere [En ces nôtres lieux], 5ème édition, Istanbul : Aras, 2005, p. 138. Les récits sur le quartier arménien de Tigranakert / Dyarbékir (l’usage interchangeable des deux termes, bien qu’ils ne soient pas identiques, est de Margosyan), réunis dans ce volume, furent d’abord publiés dans Marmara, un périodique arménien, créé en 1940 à Istanbul, puis furent publiés dans un volume en 1984. Les éditions suivantes parurent en 1994, 1995, 2000. La majorité de ces récits furent réécrits en turc par l’auteur et publiés en 1992, sous le titre Gâvur Mahallesi. L’ouvrage a été publié en kurde en 1999. Mıgırdiç Margosyan a publié des récits du même genre en turc : Söyle Margos Nerelisen ? [Dis-nous, Margos, d’où viens-tu ?, 1995], Biletimiz İstanbul’a Kesildi [Notre billet était pour Istanbul, 1998], Çengelli İğne [Epingle à nourrice, 1999].
23. Pour la traduction anglaise de cet article, voir The Armenian Weekly, June 16, 2007.
24. L’article en turc a été traduit en anglais et intitulé « Mon âme inquiète, telle une colombe », par Fatma Muge Goçek et publié sur internet le 20 janvier 2007 (au lendemain de l’assassinat de Hrant Dink).
25. « La mémoire – ainsi que l’oubli – devraient être mis au service de la justice. » Voir Les abus de la mémoire, éd. Arléa, 2004, p. 61.

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Source : http://www.asbarez.com/76451/mesa-conference-probes-themes-in-armenian-and-turkish-literature-as-tools-for-remembrance-and-reconciliation/
Traduction : © Georges Festa – 03.2010