mardi 20 avril 2010

Mary Terzian

© Booklocker.com, Inc., 2005

Trouver l’appel en soi
Le combat passionné de l’écrivaine Mary Terzian contre la répression des Arméniennes

par Adrineh Gregorian

The Armenian Reporter, 22.12.07


Le fait de grandir au Caire, en Egypte, dans les années 1930 et 1940, et de vivre avec deux frères, un père et une belle-mère, serait-il le terreau idéal pour devenir féministe ? Mary Terzian s’est battue pour avoir le choix, comme les féministes à travers le monde l’ont fait, avant elle et après elle.
En tant qu’Arménienne vivant au Caire et fille de parents émigrés de Turquie, Terzian se retrouva dans le dilemme que rencontrent nombre d’Arméniens : où se trouve l’identité de quelqu’un, parmi tant d’étiquettes ? L’identité qu’elle recherchait n’était pas seulement contrainte par ses origines ethniques, mais aussi par les paramètres étroits qui lui étaient accordés en tant que jeune fille, puis en tant que femme.
Brillante élève, Terzian fut très tôt encouragée par ses professeurs. Elle intégra un lycée anglais qui, dit-elle, « m’ouvrit les portes du monde ».
La mère de Terzian était une grande partisane de l’enseignement. Mais elle mourut prématurément, tandis que le père et la belle-mère de Mary inhibèrent les idéaux qui lui avaient été instillés dès son enfance. Tous deux firent pression sur elle pour qu’elle devienne une mère au foyer, travaille la couture et reste confinée dans les autres rôles traditionnellement dévolus à la femme au Moyen-Orient, lesquels ne comportent pas ordinairement une poursuite des études.
Dès l’âge de 12 ans, Terzian se rebelle néanmoins à sa manière grâce à l’écriture et à la lecture. « Une manière silencieuse de m’opposer au statu quo, se souvient-elle. J’ai toujours voulu écrire. J’écrivais des poèmes et je les dissimulais à mon père et à ma belle-mère. Mais cela n’arrivait pas à apaiser ma faim. »
Terzian employa ses affinités pour la littérature durant sa carrière, travaillant notamment pour les Nations Unies. Contribuant par des articles à des journaux arméniens en Egypte et au Liban. Partant aux Etats-Unis, où elle continua à écrire – alors même qu’elle était mère célibataire, travaillant à temps plein comme auditrice pour une compagnie d’aviation. « Etre auditrice me nourrissait, mais écrire éclairait mon âme. », dit-elle.

La percée

Terzian était en quête de clarté et de découverte de soi. Sa recherche l’a conduite à écrire The Immigrants’ Daughter : A Private Battle to Earn the Right to Self-actualization [Fille d’immigrés : un combat personnel pour avoir le droit de s’affirmer], ses mémoires, publiés en 2005.
Dans ce récit alerte de ses origines, Terzian fait le portrait, au plan littéral et figuré, de la vie d’une famille immigrée à une époque de tensions politiques. Décrivant son désarroi après la mort de sa mère et son combat ultérieur pour se forger une identité personnelle, soutenant le droit des femmes à l’éducation et à la liberté de pensée.
Point d’orgue du livre, l’étude par l’A. des points de vue diamétralement opposés entre un père et sa fille, entre tradition et modernité – un processus qui débuta par la lutte de Terzian pour faire des études et qui aboutit lorsqu’elle trouva un emploi et partit pour Alexandrie. « On n’avait jamais vu ça, une fille quitter la maison ! - se souvient Terzian. C’est un mauvais point pour vous, si vous partez. » Mais, dit-elle, le fait qu’elle soit partie à cause de son travail rendit son départ « plus honorable ».
Terzian parvint finalement à être elle-même. Grâce au mouvement des femmes en Egypte déjà naissant, et son aisance en anglais, elle se mit à lire des livres et des magazines qui abordaient le trouble qu’elle percevait en elle. Ils allaient l’aider à trouver un équilibre entre les idées progressistes et les principes et pratiques traditionnelles.
« J’ai fait front de tous bords pour avoir un caractère équilibré, me confie-t-elle. Je n’étais pas une féministe, mais j’en suis devenue une. Ce ne fut en aucun cas un combat ou une révolte contre les hommes. Cela concernait plutôt l’épanouissement d’une femme désireuse d’être ce qu’elle voulait être – ni une femme au foyer, ni une domestique, ni une esclave, mais quelqu’un capable d’exprimer une opinion et d’avoir un nom. »
Terzian n’est pas opposée aux traditions en tant que telles, mais elle estime que celles-ci doivent évoluer, à l’instar des époques et des gens. Son travail en tant qu’auditrice lui a, dit-elle, appris à avoir le courage de détecter certaines choses qui sont erronées et à les rectifier. Mais, « il faut sortir de son cocon et se battre pour cela », ajoute-t-elle.

Chronique d’une mutation

« Il y avait tant de raisons pour écrire ce livre, note Terzian à propos de The Immigrants’ Daughter. Ce n’est pas seulement mon histoire. J’avais en tête beaucoup de femmes, jeunes et âgées. »
L’ouvrage est aussi grandement pertinent vis à vis de nombreuses cultures où l’éducation des femmes continue d’être marginalisée, où les garçons bénéficient d’un régime de faveur et où les choix de carrière des femmes se limitent aux travaux domestiques, à l’allaitement ou aux activités de bureau. « Soyez ce que vous voulez être et non ce que vous devez être pour plaire à vos parents. », souligne Terzian, qui attribue sa soif de vivre à sa mère.
« Nous n’avons rien à craindre du changement ; il ne fait qu’élargir nos horizons, poursuit-elle. Lisez, écoutez, regardez en dehors du milieu arménien. Conservez votre culture, mais soyez ouvert à ce qui vous entoure. » The Immigrants’ Daughter commence par la description de l’éducation de Terzian, mais finit par devenir bien plus. « Je veux parler du statut des femmes, montrer à quel point elles sont opprimées dans les milieux arméniens, dit-elle. Et, croyez-le ou non, c’est toujours le cas. La mentalité ancienne persiste toujours chez certaines familles. »
Terzian transmet ses points de vue à sa fille. « Aucun intérêt à ramener le passé ici [en Amérique], où existe un courant dominant autre, une culture autre, explique-t-elle. Nous tombons tous dans ce travers. Nous faisons ce que nos parents ont fait pour nous, pensant que c’est la meilleure chose que l’on puisse faire. Or je pense que tu peux changer. Et tu as besoin de changer. Les temps changent, la technologie change, et nous avons besoin de changer et de nous adapter à l’environnement dans lequel nous vivons. » Terzian souhaite que ses lectrices poursuivent leurs rêves, fassent des études et soient ce qu’elles désirent être, non ce que leurs parents leur imposent. « Il vous faut oeuvrer à contre-courant. », dit-elle.
Terzian écrit aussi sur d’autres sujets, mais s’intéresse toujours à l’observation de la société et au choc entre les cultures. Avec pour objectif de toucher les gens, en partageant une histoire commune.

Mary Terzian, The Immigrants’ Daughter / A private battle to earn the right to self-actualization, Booklocker.com, Inc., 2005, 296 p. – ISBN-13 : 9781591137733.

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Source : http://www.reporter.am/pdfs/C1222.pdf
Traduction : © Georges Festa – 12.2007.
Précédemment publiée avec l’accord de l’éditeur.

site de Mary Terzian : www.maryterzian.com