lundi 12 avril 2010

Vincent Beaurin

© Vincent Beaurin – Basilic, 2007

Exposition « Culte » - Galerie Frédéric Giroux, Paris
12.09 – 31.10.09

Vincent Beaurin, une odyssée matérielle

par Georges Festa


Spot gris noir, 2009. Polystyrène, ardoise, résidu de haut fourneau, bois.
L’œil se noie. Dans cette surface rugueuse. Aux mille aspérités. Bouillonnantes, magnétisme lourd. Comme en apesanteur. Planète sombre du rêve oublié. Qui rebondit, se brise, se reconstituera. Eclipse inattendue. Naturelle. A force d’être étrangère. Point. Départ.

Tamanoir, 2006-2009. Polystyrène, vinyle, paillettes de polyester. Support : polystyrène, résine époxy et sable de marbre.
L’animal à l’encolure muette. Tout entier fouaillant, aux aguets. Comme décapité. Saisi en plein vol. Arc-bouté dans le vide. Ce qui relie les traverses. L’instant d’une capture. Avant que la matière ne se dissolve. Chaque élément, chaque ressort. L’arc animal. Obliques.

Médaillon veni, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Déjà, le corps replié. A la renverse. Marquer de son empreinte. Ce mandala fait de grains et de lignes. Spongieuses. Sur le mont des certitudes. Les dessins conjurateurs. Monnaie d’échange ou cicatrice. Obole brune. Tactile. Bientôt le disque pivotera. Vertiges en surface.

Médaillon vidi, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Le signe posé là. Tel un oiseau éprouvant les souffles. Avant de se mesurer à l’infini. Il sait de toute façon. Dune hémisphérique. Ou dôme marin. Sur la cime des naissances. S’éployer en silence. Comme on attend l’impossible fin. Car il reviendra. Là où tu n’attends plus.

Marlydes, 2008. Polystyrène, bois, résine époxy, tissu de verre et ardoise.
Faire le pari. De l’épure, du signe. Dégagé de tout ancrage. Ne retenir que l’élan primordial. L’écume du plongeon. Crotale dressé ou fauve à l’arrêt. Dauphin vigie. Sur cette assise de bois. Triangulaire. Où résistances et forces s’annulent. Echapper. Encore et toujours.

Forêt, 2009. Polystyrène et sable de quartz.
Galet champignon. Bleui. Imprégné d’eau pétrifiée. Aux formes bondissantes. Quelles créatures composent ce ballet ? Feuillages, pattes, cornes. Arrimées, repliées. Germinations aléatoires. Tout changera de forme. Question de moment. Ne plus interroger.

Spot jaune gris, 2009. Polystyrène, résine d’époxy, sable de marbre, paillettes d’ardoise.
Autre éclipse mate. Car derrière ces disques. Les séquences s’interposent. Muent. Surfaces illusoires. Si familières. Roues de nuit et d’éblouissement. Miroir de pierre. Les cruautés, les dons. Lettre totale. L’iris divin. A la fois absent et si achevé. Epouser cette totalité.

Veni, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Désormais les métamorphoses. Oiseau accoudoir. Ou timonier de fortune. Juché sur cette même petite planète. Champignon des abysses. Sur lequel ce corail géométrique. Aux quatre vents. Algues de roche. Ou coquillage parasite. Volumes. Pleins et découpes.

Vidi, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Autre variation. Tel un bec. La lettre initiatique. Envie de saisir cette poignée si lourde. Dernier lieu d’ancrage. Ne pas sombrer. Aborder l’île végétale. Aux courbes moussues. Erodées. Improbable rose des sables. Ce qui a résisté. Tout autour les flux sombres.

Vitti, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Doigt qui se lève. Liant ciel et gouffres. Articulation d’insecte, ramure souterraine. Les sphères dédoublées. Tige et bulbes. Sortis de terre. Quelle éruption s’est ici engouffrée ? Instant d’abîme. Ici fut le geste. Parmi les ténèbres et les éclairs. Le pas d’Icare.

Albra, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Pour finir. Cette silhouette fœtale. Adossée au mur. Sommeillante. Ne demande plus rien. Falaise refuge. Tronc desséché ou ondine repue. Les flottaisons d’extase. De déréliction. Déposé. Nulle part. L’accord vivant. Chasses et océans. Rejoindre les grands fonds.

Spot vert jaune, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Nouvelle éclipse. Vert fluo clair, irrigué de jaune. Union de rives et d’écume. Ces puits de vérité. Où s’inversent les certitudes. Dans ce soleil reptilien. Epuiser tes limites. Tu traces d’autres contours. Ce que tu vas mettre au jour. Ce qui fait écran. Couronne de feu.

Enseigne tableau animal, 2003. Polystyrène, peinture vynilique et paillettes.
Dans ce décor de molécules sanguines. Viscères en toile de fond. Louves ou lionnes immobiles. Noires. L’éboulis vert et or. Qui te précéda. Te nourrit. Corps arc-boutés. A nouveau. Tu es parvenu à une frontière. Effet de grossissement. Tapisserie hallucinée.

Enseigne portrait, 2003. Polystyrène, peinture vynillique et paillettes.
Décomposer le mythe. Dissoudre le vernis rassurant. Trop convenu. Ce visage qui apparaît. Surgissant de son moule. Eau de roche. Lacs, forêts. Zébrés de monstres. Où virevoltent une dentelle ultime. Portrait androgyne, absent. Cartographie imaginaire. Aux rayons X.

Enseigne (Deyroles), 2008. Polystyrène, sable de quartz, paillettes d’ardoise.
L’iceberg découpé. Telle une crête de carnaval. Se détachant de la paroi invisible. Ici commence le périple. A la fois cap et troglodyte. Ta part du monde. Où tu mesureras ce qui répond et résonne. Les mâchoires temporelles. Spatiales. Trophée de célébration.

Réveil, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
S’adosser encore. Base rompue. La silhouette ocre, sinueuse. Qui songe et éloigne. Dans cette addition de volumes opposés, lire un résumé. Pesanteurs, épuisements. Attendre, par delà les ruptures. Scories lointaines. Barque amarrée. Cette alliance. Qui te fut donnée.

Carver, 2008. Polystyrène, sable de quartz, paillettes.
Roue grise. Ceinte d’une gangue muette. Le mouvement s’est figé. Comme concentré. Au centre la pupille de verre. Incrustation triangulaire. Vasque de toutes les brûlures. Où s’écoulent tes songes. Tu es regardé. Les absents. Qui foudroient l’oubli.

Blast 1, 2009. Polystyrène.
La mort et ses nuages inexorables. Champignon d’atomes noirs, asphyxiants. Emprisonnant les immensités. Tout s’acheva un instant. Encre de seiche. Qui lâche son apocalypse. Figer ce qui ne peut avoir de nom. Face à la catastrophe. Immergé dans la nuit définitive.

Spot vert brun, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Dans ce point de non retour. Apparent. Factice. Rien n’est jamais joué. Damer le pion. Au désespoir. Aux vaines limites. Sève liminale, conjuguée aux cendres. Quatrième éclipse. Prélude aux révélations. Se glisser entre deux. Cette faille secrète. Libératrice.

Spot rouge vert, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Dernière pulsation. Incandescente, humide. Goutte de sang. Imbibée de mousse. Les éléments nourriciers. Qui poursuivent leur course. Combien de soleils. Ces pierres si lourdes. Plénitudes lentes, à jamais incertaines. Tout peut encore basculer. Attendre. La fusion.

Red bird, 2009. Polystyrène, résine époxy, sable de marbre.
Cette fois, tu parviens au port. Car cet oiseau jaillissant. Telle une flamme phoenix. Lingam et yoni. Couronnés de la vague. Les chants de l'aube. Où se décline l’épure. Passages. Du galet à la source. Ton regard, tes mains. Terrestre et ailleurs. Donner à voir. Aimer.

© georges festa – 04.2010.

site de Vincent Beaurin : www.vincentbeaurin.com

site de la Galerie Frédéric Giroux : www.fredericgiroux.com