vendredi 14 mai 2010

Génocide arménien et philatélie / Armenian Genocide and Philately

Daniel Varoujan, Postes d’Arménie, 08.12.2009
© www.armenianstamps.com

Le génocide arménien dans les timbres-poste à travers le monde

par Hovhannes Koshkakarian

www.massisweekly.com


« Le véritable objectif de la déportation est d’exploiter et d’exterminer. En réalité, il s’agit d’une nouvelle forme d’atrocité. Lorsque les autorités turques ordonnèrent les déportations, elles adressèrent un arrêt de mort à toute une nation. »
Henry Morgenthau, diplomate américain, ambassadeur des Etats-Unis dans l’empire ottoman durant la Première Guerre mondiale

Ma fille Armineh, élève de Seconde, me demande rarement de l’aider dans ses projets scolaires. Toutefois, en février 2005, à la veille du 90ème anniversaire du génocide arménien, elle vint me demander de l’aider à dresser l’arbre généalogique de notre famille.
Nous commençâmes par elle, mais hélas ! nous ne pûmes aller au-delà de mes grands-parents.
En vérité… ma mémoire ne me trahissait pas.
Mes grands-parents étaient tous deux des survivants du génocide arménien. Ils se retrouvèrent orphelins si jeunes qu’ils n’avaient aucun souvenir de leurs parents. Dans ma jeunesse, je les ai maintes fois interrogés au sujet de leurs parents, de Karin, leur lieu de naissance, connu aussi sous le nom d’Erzeroum, sur les événements terribles du génocide, leur survie et ainsi de suite. Malheureusement, ils ne pouvaient guère m’aider. C’est ainsi que notre arbre familial, comme ceux de nombreux Arméniens, ne peut guère remonter au-delà de quelques générations. Et cela à cause du génocide perpétré par les Turcs durant la Première Guerre mondiale, lorsque le berceau, vieux de plus de 4000 ans, de la nation arménienne fut « purifié » de ses habitants autochtones.
A mes yeux, l’extermination des Arméniens remonte au 11ème siècle, avec l’assaut des Turcs seldjoukides et leur conquête de l’Arménie. Philatéliste impénitent, j’ai découvert un timbre édité par la Guyana, montrant un guerrier seldjoukide, accompagné de l’explication suivante : « 1064, les Turcs seldjoukides conquièrent l’Arménie. »
Il est intéressant de noter que depuis la première édition de timbres-poste en 1840, les services postaux dans le monde ont édité des millions de timbres consacrés à de nombreux événements significatifs, devenant ainsi l’une des meilleures sources de documentation sur l’histoire mondiale. Le génocide arménien ne fait pas exception et les photographies ci-jointes de ces timbres le prouvent.
Dans de nombreuses collections, il est possible de trouver des lettres et des cartes postales d’Arméniens déportés et exilés, à partir desquelles il est possible de formuler certaines statistiques et une géographie destinataire des exilés.
En 1921, dans la ville syrienne de Kilis, fut édité un timbre relatif aux nombreux déportés originaires de Cilicie qui arrivèrent là.
En 1986 et 2005, les autorités postales uruguayennes éditèrent des timbres uniques commémorant les 71ème et 90ème anniversaires du génocide.
En 2005, les services postaux de l’Arménie éditèrent un timbre représentant un khatchkar [pierre-croix] (Makenis, 9ème siècle), commémorant le 90ème anniversaire du génocide.
En 1969, l’Union Soviétique et en 2000 l’Arménie éditèrent des timbres honorant le grand Komitas (Soghomon Soghomonian, 1869-1935), fondateur de la musicologie arménienne moderne, qui perdit la raison après avoir été témoin du génocide arménien.
La république d’Arménie a édité plusieurs timbres consacrés à la mémoire des intellectuels arméniens qui furent victimes du génocide arménien, comme Daniel Varoujan (D. Chupukcarian, 1884-1915) et Siamanto (A. Yarjanian, 1878-1915).
Les atrocités du génocide eurent un profond impact sur le destin d’Arshile Gorky (V. Adoian, 1904-1948), l’un des fondateurs de l’école expressionniste abstraite américaine. Il est représenté sur un timbre de la série « Arméniens pour les millénaires », éditée en Arménie en 2000.
En mars 2010, les services postaux des Etats-Unis ont édité une série en miniature des œuvres des expressionnistes américains d’avant-garde, dont Le Foie est le peigne du coq d’A. Gorky.
Lors du génocide et ensuite, une humanité consciente s’éleva contre ces atrocités. Durant la Première Guerre mondiale, l’ambassadeur des Etats-Unis dans l’empire ottoman, Henry Morgenthau Sr. (1856-1946), fut l’un des premiers à exposer au monde l’agonie du peuple arménien. L’île Redondo, dépendance de Saint-Vincent, a ainsi publié un timbre à son effigie. Il s’agit aussi d’un moyen régulier de paiement postal dans les régions d’Antigua et Barbuda.
De hautes figures et champions de la cause arménienne, célèbres à travers le monde, comme le romancier autrichien Franz Werfel (1890-1945), l’explorateur norvégien Frityoff Nansen (1861-1930) et le philologue russe Valery Bryusov (1873-1924) ont été distingués par l’autorité postale d’Arménie à travers l’édition de timbres en leur honneur. D’autres nations ont aussi publié des timbres avec leurs portraits.
Enfin, en 2007, l’administration des postes d’Arménie a édité une série miniature représentant le Mémorial du Génocide à Tsitsernakabert (Erevan) (architectes A. Tarkhanian et S. Kalashian).

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Source : http://www.massisweekly.com/Vol30/issue15/pg12.pdf
Article paru le 01.05.2010.
Traduction : © Georges Festa – 05.2010.