lundi 3 mai 2010

Les Arméniens au service de l'appareil d'Etat ottoman - 4 / Armenians in the Service of the Ottoman State Apparatus - 4

Anton Yever Pacha Tungrian (1812-1908)
© www.genocide-museum.am

Les Arméniens au service de l’appareil d’Etat ottoman – 4

par Anahit Astoyan

Hetq, 26.04.2010


Ministres

Dans le cadre de cette série d’articles, il est impossible de citer tous ces officiels arméniens qui servirent admirablement dans le gouvernement ottoman et qui représentèrent la Sublime Porte dans les capitales européennes. Nous nous bornerons à présenter aux lecteurs d’Hetq quelques-uns des plus notables et intéressants.

Krikor Agathon [Agathonian] (1825-1868) fut éduqué à l’institution Nersessian dans son village natal de Khasgyugh, puis Mkrtich Amira Jezirian l’envoie à Paris compléter ses études. Diplômé de l’Institut Agronomique Grignon à Paris, Krikor Aghaton revient à Constantinople et est nommé directeur de l’Institut Agronomique Ay-Mama. En 1860, il est affecté au services centraux du ministère ottoman des Finances.

En 1864, il est chargé de diriger le service du Télégraphe, puis en 1866 celui de la Poste.

La même année, il participe en qualité de délégué ottoman au congrès de la Commission Internationale du Télégraphe à Paris. En 1867, Agathon réussit à résoudre la question de l’édition des timbres ottomans.

Krikor Agathon joua aussi un rôle éminent dans l’introduction de pratiques modernes d’agriculture dans l’empire ottoman. Il fut un fervent partisan de l’importation des meilleures technologies et pratiques agronomiques européennes dans ce même empire. Ses articles dans la presse de Constantinople soulignèrent toujours l’importance de l’agriculture au sein des économies nationales.

Krikor Agathon était très respecté en tant qu’économiste dans les milieux scientifiques européens. En 1853, il est élu membre de l’Académie Française d’Horticulture. Six ans plus tard, il devient membre correspondant de l’Académie d’Agriculture de Turin en Italie. Il fut honoré du titre de Grand Croix de la Légion d’Honneur.

En 1868, le sultan Abd ul-Aziz nomme Krikor Aghaton ministre des Travaux Publics. Pour la première fois dans l’empire ottoman, un chrétien se voyait attribuer un poste ministériel. Mais la mort imprévue d’Aghaton l’empêcha d’entrer en fonctions.

Krikor Aghaton fut l’un des représentants les plus notables de la renaissance arménienne au 19ème siècle. Il fut membre fondateur de la Société Arménienne de Bienfaisance de Constantinople, qu’il présida.

Anton Yever Pacha Tungrian (1812-1908) servit le gouvernement ottoman, 58 années durant. Il apprit lui-même le français, l’italien, le grec et le turc. A l’âge de 24 ans, il entra au service du gouvernement dans le Bureau des traductions de la Sublime Porte, qu’il quittera ensuite pour la Division des paquebots.

Lors de la guerre de Crimée en 1853-1856, il sert comme secrétaire personnel auprès d’Eomer Pacha, général commandant l’armée ottomane. Anton Pacha devient ensuite chef de la Division des Paquebots, directeur de la Marine impériale, puis directeur du Service de la Correspondance diplomatique, lequel dépendait du ministère de la Guerre. En 1875, il devient commandant militaire de la Roumélie avec rang de beylerbeyi (équivalent turc de « bey des beys », « commandant des commandants »), recevant le titre de pacha.

En 1881, Anton Pacha devient inspecteur au Département de la Dette publique, puis, en 1903, membre du Conseil Suprême des Finances.

Hovhannes Chamish, un grand financier, fut une haute figure officielle arménienne dans le gouvernement ottoman, au 19ème siècle. Il parlait couramment plusieurs langues orientales, ce qui facilita son entrée au gouvernement.

En 1867, il est nommé inspecteur dans les services comptables de la Banque Ottomane, puis assume la direction du Département ottoman des Valeurs mobilières. En 1877, il est nommé ministre du Commerce et, l’année suivante, vice-ministre des Travaux Publics.

Hovhannes Chamich fut le fer de lance de la création du service de la Comptabilité, qu’il dirigea en 1879. En 1881, il fut chargé, avec Server Pacha et Myuni Bey, de négocier avec des délégations financières étrangères et fut aussi admis au Conseil d’Etat.

Bedros Haladjian fit ses études auprès des institutions communautaires Makrouhian et Berberian de Constantinople, au lycée Galatasaray et de la Faculté de Droit de Constantinople. En 1892, il part étudier à Paris le droit et le commerce, obtenant un doctorat en droit, sciences politiques et économiques.

De retour à Constantinople, il est nommé conseiller-adjoint auprès de la Division juridique du Département de la Dette publique. En 1908, il est élu député, en tant que membre du parti Ittihad ve Terriki (Union et Progrès). Deux ans plus tard, il est réélu et admis de nouveau à l’Assemblée.

Lors de son séjour à Paris, Bedros Haladjian fut en contact avec des membres exilés du parti Union et Progrès.

En 1908, après la démission de Kapriel Noradounkian, Haladjian devient ministre des Travaux Publics, poste qu’il occupera un an et demi. En 1912, il participe au Congrès international des responsables des Finances à Paris, en tant que délégué ottoman.

Bedros Haladjian démissionnera finalement, préférant être utile à son peuple. En 1913, il est réélu au Parlement ottoman. Parallèlement à son travail de député, il exerça comme président de la commission budgétaire auprès des assemblées parlementaires.

Lors de la Première Guerre mondiale, et bien que membre loyal du parti Union et Progrès, Bedros Haladjian se voit privé de la plupart de ses privilèges et mis sur la touche du parti, du fait de ses origines arméniennes.

Après l’armistice de la Première Guerre mondiale, il s’installe de nouveau à Paris. Durant une brève période, en 1928, il exerce comme conseiller auprès du conseil d’administration de l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance. En 1934, il publie en français une étude scientifique sur la crise économique globale, qui lui vaut l’approbation enthousiaste des milieux professionnels.

Kaspar Sinabian (1862-1933), fils du colonel bey Sinabian, fut un grand médecin militaire.

Il fut scolarisé à Kadikoy, étudia au monastère de Saint-Ghazar, fréquenta le lycée Mourat-Rafaelian, puis étudia le droit à la Faculté de Paris.

De retour à Constantinople, il se consacre aux affaires juridiques. En 1899, il est nommé conseiller juridique auprès du ministère des Forêts, des Mines et de l’Agriculture. A partir de 1907, il exerce en qualité de vice-ministre auprès du ministre en charge des Coffres personnels du sultan. En 1911, il est invité par le grand-vizir Kyuchuk Sayid Pacha à occuper le poste de ministre des Forêts, des Mines et de l’Agriculture.

Krikor Sinabian démissionnera rapidement, déclinant ensuite les propositions qui lui seront faites de travailler dans le gouvernement ottoman.

Voskan Martikian (1867-1947) naquit à Erzindjan et partit dans ses jeunes années à Constantinople poursuivre ses études.

Il occupa plusieurs postes au sein du gouvernement et des ministères ottomans. En 1913, il est élu membre du Parlement ottoman. Il dirigea le service des Postes et Télégraphes ottomans, introduisant nombre de réformes qui lui valurent la jalousie de ses opposants.

Dans son journal Tanin, Hussein Djahit Bey, nationaliste fanatique, diffama Martikian, prétendant qu’il avait confié la conception de la nouvelle monnaie papier ottomane à un Arménien et que des codes secrets arméniens figuraient dans l’imprimé.

Une commission ottomane examina ces allégations et rejeta les insinuations concernant Martikian, mais l’ombre du doute le suivit après cet incident, en particulier sous le régime des Jeunes-Turcs. En 1914, au début de la Première Guerre mondiale, alors que le Parlement ottoman débattait de l’entrée en guerre du pays, Martikian s’y opposa verbalement. Cette passe d’armes accrut les tensions entre Martikian et les autorités ottomanes, le conduisant à démissionner de son siège de député.

En 1918, Voskan Martikian voyagea en Europe et devint auditeur auprès de plusieurs universités. Le gouvernement irakien nouvellement formé lui proposa alors de le rejoindre, lui conférant le titre de bey.

Voskan Martikian fut très lié à la vie publique et culturelle arménienne. Il fut membre de l’Assemblée nationale à Constantinople. Il mena plusieurs activités littéraires et sociales, rédigeant de nombreux articles dans la presse arménienne et égyptienne sur des questions concernant la vie des Arméniens.

[Anahit Astoyan est chercheur au Matenadaran d’Erevan, en Arménie.]

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Source : http://hetq.am/en/society/armenian-in-ottoman-admin-1/
Traduction : © Georges Festa – 04.2010.