dimanche 27 juin 2010

Eduardo Galeano - Interview

© Siglo XXI, 2008

Entretien avec l’écrivain Eduardo Galeano

par Eugenia Akopian

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El Puente s’est rendu à Montevideo (Uruguay) pour réaliser un entretien avec Eduardo Galeano, écrivain lauréat de nombreux prix et reconnu dans le monde entier. Ce fut une causerie amène et très riche, non loin de l’historique Teatro Solis dans le vieux quartier de la capitale uruguayenne. Par moments, il semblait que l’un était en train de lire un livre ou de regarder une émission à la télévision où parlait Eduardo… En réalité, nous discutions sur un pied d’égalité. Nous profitons de cette tribune pour le remercier, à nouveau, de nous avoir donné l’opportunité de partager un café et une conversation inoubliable. Cet entretien sera prochainement publié dans la revue Generación 3, dans son édition de juillet 2010.

- El Puente : Quelle vision avez-vous du monde actuel ?
- Eduardo Galeano : J’essaie de voir… Difficile à dire, parce qu’il est très camouflé, très complexe, mais nous faisons notre possible pour comprendre ce monde inexplicable où, chaque minute, 15 enfants meurent d’une maladie que l’on peut soigner. Chaque minute, ce même monde gaspille trois millions de dollars en armements. L’industrie de mort dévore la majeure partie des ressources dans ce monde qui se dit pacifique, qui se dit en outre démocratique, mais qui est dirigé par les cinq pays qui ont droit de veto aux Nations Unies et qui sont ceux qui font la pluie et le beau temps. Les autres, nous jouons un rôle symbolique.

- El Puente : Dans ce monde que vous venez de décrire, quelle fonction occupe la communication ?
- Eduardo Galeano : Des canaux nouveaux se sont ouverts au cours de ces dernières années. Ils m’ont rendu en quelque sorte confiance, la possibilité que la technologie puisse être amie des énergies humaines les meilleures, ce qui n’a pas toujours été le cas. Je te le dis, parce qu’internet est apparu dans les services du Pentagone. En réalité, ce fut le fruit d’un travail acharné et de grande ampleur des chercheurs de l’université de Berkeley, en Californie. Mais internet tomba ensuite aux mains du Pentagone pour la planification de ses opérations à l’étranger, autrement dit, pour programmer à une échelle mondiale ces opérations militaires qui étaient au service de grands massacres, lesquels en réalité ne s’appellent pas ainsi, mais qui mériteraient de l’être. Néanmoins, au fil du temps, de façon paradoxale – il existe des paradoxes qui te ramènent à l’optimisme, lorsque celui-ci t’échappe par le petit trou de la poche -, internet a fini par devenir un outil tout différent, qui continue à servir des objectifs militaires, mais aussi de nombreux autres, et qui, en outre, a incontestablement élargi l’espace de la communication. Cela qui a permis que des voix, qui auparavant étaient condamnées à résonner comme une cloche de bois, résonnent d’une toute autre façon et mille fois plus qu’auparavant. C’est à dire qu’elles n’existaient que pour des minorités très minoritaires, alors qu’en général, elles incarnaient des causes précieuses pour le genre humain. Les voix qui se font le plus entendre ne coïncident pas toujours avec les gosiers les meilleurs, c’est même plutôt le contraire. Alors, beaucoup de ces groupes qui semblaient condamnés à la solitude ou à l’isolement, grâce à cette fantastique révolution technologique que représente internet, détiennent aujourd’hui d’autres possibilités de communication. De même, les grands centres de communication étaient monopolisés en très peu de mains, surtout la communication au retentissement populaire majeur que continue à être la télévision.

- El Puente : Alors vous trouvez un côté positif à internet…
- Eduardo Galeano : Avec internet il m’est arrivé une chose très compliquée. Comme je suis un homme préhistorique, j’appartiens en réalité à une étape de l’humanité déjà dépassée, le pré-paléolithique et le néolithique, ce qui fait que je suis naturellement méfiant par rapport aux machines. Je me suis toujours méfié de ces machines nouvelles qui apparaissent. Je les prenais avec des pincettes, avec une grande méfiance, car je les soupçonnais de boire la nuit. Lorsque personne ne les voit, elles boivent, elles se mettent à boire comme des trous et voilà pourquoi il arrive certaines choses inexplicables durant la journée. Je nourris encore cette suspicion, mais je commence à la dépasser. Maintenant j’ai changé d’avis. Jusqu’ici j’utilise une machine à écrire, bien que j’écrive à la main, je suis un manuel : j’établis un manuscrit, mais ensuite j’utilise l’ordinateur. J’ai connu la même chose avec internet. Je le considérais avec beaucoup de méfiance, mais je reconnais qu’il a beaucoup de qualités, bien que mon expérience personnelle ne soit pas la meilleure. Car, dans ma longue vie d’écrivain, les trois articles qui ont eu le plus d’impact et pour lesquels les gens m’arrêtaient dans la rue pour me féliciter et qui circulent avec ma signature sur internet, ne sont pas de moi. L’un se réfère à « Las cosas viejas », un autre s’intitule « Por qué no tengo un DVD », qui est un faux parce que j’en possède, et un troisième qui est « Mi nieta Sofia » [Ma petite-fille Sofia]. Or je ne compte aucune petite-fille de ce nom. Il y a donc ces trois essais au succès énorme et les gens me félicitent pour ce que je n’ai pas écrit. Et après avoir tant écrit, je commence à effeuiller la marguerite… Je me tue, je ne me tue pas, je me tue, je ne me tue pas…

- El Puente : Et, par conséquent, à cette question est lié le rôle des moyens de communication et ce que vous pensez de la Loi sur les Services audiovisuels d’Argentine, qui a fait tant de vagues.
- Eduardo Galeano : Je fais le peu que je puis et non tout ce que je voudrais. Malheureusement, je n’ai pas du tout pu lire cette loi ; j’aimerais pouvoir le faire. Quoi qu’il en soit, tout ce qui contribue à combattre un peu le poids des monopoles à l’échelle mondiale, ces monopoles qui contrôlent encore la communication dans une large mesure, me paraît sain. Grâce à la technologie, ces dernières années, la marge d’apparition des voix indépendantes s’est multipliée. De toute façon, les grands médias continuent à être peu nombreux et chaque fois à être entre peu de mains. Je ne connais pas la loi argentine au point de pouvoir donner mon opinion à ce sujet, mais, en gros, je dirais que tout ce qui peut être fait pour stimuler le développement des médias alternatifs de communication qui émanent du réel est une bonne chose. C’est à dire que les gens n’ont pas d’opinion sur elle, à moins qu’elle ne procède d’elle. Par exemple, les radios communautaires, les stations communautaires ou les mille et un périodiques qui existent ici, et qui, je crois, sont la preuve de la vitalité sociale que conserve le monde. De la capacité que le monde possède encore d’avoir envie d’éprouver et de réaliser.

- El Puente : Concernant le thème du génocide arménien, comment analysez-vous ce combat ?
- Eduardo Galeano : La lutte du peuple arménien pour la préservation de sa propre mémoire et pour la reconnaissance internationale de ce qui s’est passé, est une lutte qui n’est pas seulement arménienne, il s’agit d’une lutte internationale. Une lutte pour la préservation de la mémoire. Les peuples qui ont subi des massacres, comme c’est le cas des pays latino-américains qui ont traversé des périodes de répression féroce, semblent ne pas avoir droit à la mémoire. Il s’agit d’un monde qui est arrivé au niveau le plus abominable du droit à la propriété et où la mémoire est aussi une propriété. Il y a donc des pays qui disposent d’un droit à la mémoire et d’autres pays où ce n’est pas le cas. Autre preuve que ce monde n’est pas du tout démocratique. Dans le dernier livre que j’ai publié, Espejos [Miroirs], qui est un livre sur ces bizarreries qu’il m’arrive de faire, je raconte une histoire vraie. Lorsque Hitler fut sur le point d’envahir la Pologne, il réunit entre-temps son état-major pour peser le pour et le contre, car il avait déjà décidé de l’envahir et un alibi tout prêt. En outre, il avait inventé que la Pologne cherchait à envahir l’Allemagne. Toujours la même histoire… Aucun pays n’a l’honnêteté de dire : « Je tue pour voler ». Au lieu de cela, ils disent : « Je tue pour me défendre », les guerres sont toutes défensives et celle-ci aussi. Hitler l’avait déjà préparée, mais il tenta de savoir auprès de ses proches les plus intimes comment ils voyaient l’invasion de la Pologne. D’où quelques observations : « Quelles seront les retombées dans le monde ? Comment l’opinion publique internationale le prendra-t-elle ? N’y aura-t-il pas de grands troubles ? Beaucoup de complications ? » Hitler coupa court au débat avec une seule question : « Mais qui se souvient aujourd’hui des Arméniens ? » Alors ils se turent et envahirent la Pologne avec la même impunité qui accompagna, quelques années auparavant, le massacre des Arméniens.

- El Puente : Cela en fait donc une affaire qui concerne tout le monde…
- Eduardo Galeano : Je crois que le droit à la mémoire est un droit universel, un droit humain, nous avons tous le droit de nous souvenir et, par conséquent, nous avons droit à la justice. C’est à dire que cette mémoire implique aussi le droit à la justice. Je suis convaincu de cette cause. Mais j’ai été aussi battu à deux reprises. J’ai été deux fois membre de la commission qui organisa ici les plébiscites contre la loi d’amnistie, contre cette loi infâme qui fut votée en Uruguay et qui octroyait l’impunité au terrorisme d’Etat. En outre, à la fin des années 1980, nous avons mis en place le premier plébiscite contre cette loi et nous l’avons perdu. De peu, mais nous l’avons perdu. Ensuite, en 2009, parallèlement aux élections, nous avons à nouveau fait campagne contre l’amnistie, mais nous avons perdu une fois de plus. De très peu, mais nous avons perdu. C’est à dire que nous avons été battus deux fois. Cela donne l’impression que la majorité de la population dans des pays comme celui-ci, l’Uruguay - non pas que je sois du côté des militaires, loin de là -, n’y accorde pas beaucoup d’importance ou bien les gens pensent qu’il n’y a pas à remuer ces choses. Cette idée, comme disait un politicien uruguayen, qu’ « il ne faut pas regarder derrière soi, mais devant soi ». Or, il se trouve que si quelqu’un regarde devant lui et non derrière lui, il court le risque de ne pas se souvenir des fossés où il tomba, des pierres à cause desquelles il trébucha. Ce qui conduit à répéter l’histoire. A mon avis, la majorité de la population en Uruguay n’est pas suffisamment consciente pour aller voter. Il s’est passé que nous n’avons pas obtenu les votes nécessaires, les autres ne se sont pas prononcés, ce qui ne veut pas dire qu’ils ont voté contre. Je dois dire que les gens ne se sont pas donné la peine ou n’étaient pas bien informés. De plus, notre force de gauche, le Frente Amplio [Front Elargi], auquel j’appartiens, ne s’est pas non plus beaucoup mobilisé pour cela. En outre, le thème de la mémoire est un thème très délicat, très compliqué dans le monde entier, pas seulement pour l’Arménie, et je ne te dis pas cela à titre de consolation. Il est très difficile de plaider pour la récupération du droit au souvenir, qui est un droit inaliénable, un droit fondamental de l’être humain, sur le plan tant personnel que collectif. Le droit au souvenir nous permet de confirmer que nous ne sommes pas nés dans l’oreille d’une chèvre, c’est à dire qu’il existe une continuité dans le processus humain, dans cette navigation terrestre dont nous faisons partie.

- El Puente : Passons à un autre sujet… au capitalisme et à sa crise actuelle… Que pensez-vous à ce sujet ? La fin approche, démontrant qu’il n’est pas un système efficace, il existe des fissures ou il s’agit simplement d’une nouvelle crise dont le même système sortira renforcé ?
- Eduardo Galeano : Je suis un mauvais prophète, jusque dans le football qui est le sujet qui m’intéresse le plus. Chaque fois que je prédis une victoire, se produit une défaite comme aujourd’hui. Je suis pour le Nacional et hier nous avons perdu avec Peñarol.
La mort du capitalisme a été annoncée tant de fois que je n’y crois plus. On dirait qu’il a plus de six vies, contrairement aux chats. Du moins, jusqu’ici, il a démontré une grande capacité de survie. Le capitalisme possède une structure montée qui fonctionne, avec beaucoup d’efficacité, en déchargeant ses crises sur les épaules de ses victimes. Autrement dit, ce sont les pauvres qui paient la crise des riches. Et ce sont aussi les pauvres qui alimentent en morts les guerres et qui fournissent au système une main d’œuvre bon marché qui les sauve aussi de chaque effondrement et de ses périodes critiques. Ces mécanismes fonctionnent à l’échelle du monde entier. Mécanismes de commerce, de crédits, qui commandent aussi les relations de travail et qui leur a permis jusqu’à maintenant de se maintenir à flot et, en outre, de survivre en récompensant les responsables de chacune de ses crises. La toute dernière, qui provoque encore des soubresauts à travers le monde, est née à Wall Street, du fait des spéculateurs de Wall Street. Mais quiconque lit les journaux pourrait croire que la crise est née en Grèce. Ces messieurs, les responsables de la crise, les spéculateurs, ont donc dupé le monde. Aujourd’hui, le monde est une roulette russe. Le capitalisme étant chaque fois plus financier et moins économique, on parle chaque fois davantage des finances et moins de l’économie, et alors que se passe-t-il ? Ces messieurs se retirent de la crise, touchant de fabuleuses indemnités, comme s’ils en étaient les victimes et non les bourreaux. Dernier exemple en date, celui du président du directoire de la Goldman Sachs, qui est une entreprise vouée à la délinquance, celle-là même qui conseilla les gouvernements grecs antérieurs à celui-ci, pour qu’ils mentent sur leurs données, sans qu’on s’en aperçoive. Cet homme s’est retiré avec dix millions de dollars de récompense, ce qui n’est pas mal pour un fauteur de crimes. C’est à dire que même en cela le capitalisme démontre une grande efficacité. Il est inefficace du point de vue du peu de faveur qu’il nous fait à tous en distribuant aussi mal les pains et l’argent. Mais il est efficace lorsqu’il s’agit de récompenser son abnégation.

- El Puente : En restant dans le même contexte et compte tenu que, tout d’abord, l’empire attaqua avec des armes, puis au moyen de dictatures et enfin via des mesures néo-libérales…, je crois qu’il existe aujourd’hui un changement avec cette attitude d’unité latino-américaine. Comment, à votre avis, cela influe-t-il l’empire ?
- Eduardo Galeano : Oui. Je cois que l’Amérique latine doit s’unir pour une question d’approche commune. Mais cela a un prix. Nous sommes encore loin de l’unité désirée. Peut-être parce que tous les discours s’en font l’avocat et plus on la proclame, moins on la réalise. Il y a là un désaccord, qui est une tradition latino-américaine bien connue entre les discours et les faits : plus on parle d’unité, moins on la pratique. La vérité est que ce n’est pas un processus facile ; c’est un processus très compliqué et qui exigera beaucoup de temps. Parce que nous avons été organisés en vue de la désunion, de la haine et de l’ignorance mutuelles, pour nous quereller au lieu de nous unir. Si tu ne t’unis pas, tu es cuit, car il s’agit d’un monde de vastes espaces divisés où, isolément, nous n’avons pas de place. Mais cela a un prix.

- El Puente : Mais il y a eu un changement d’attitude…
- Eduardo Galeano : Oui, c’est vrai. Du moins il existe un état d’esprit nouveau qu’il nous arrive de rencontrer, mais c’est très compliqué, ce ne sera pas facile. Et aussi le fait qu’aujourd’hui, en Europe, il se passe que la monnaie commune, qui est la même idée qui était présente en Amérique latine, démontre que ce n’est pas la première étape, mais qu’elle fait partie des dernières et qu’il n’y a pas à s’inquiéter à ce sujet quant aux déséquilibres existants. Quant à nous, nous constituons une unité possible de nombreuses diversités, ce qui est une bonne chose en principe, c’est une bonne chose que le monde soit divers, que nous ne soyons pas condamnés à mourir d’ennui. Mais nous ne voulons pas non plus mourir de faim. Que ce soit un thème de contradiction en Amérique latine pose problème. C’est une région pleine de contradictions internes. Mais il ne faut pas avoir peur des contradictions. Elles sont la preuve que le monde est un territoire vivant, un royaume vivant. Mais il faut être patient et savoir que tout a un prix.

- El Puente : En parlant d’Amérique latine… Qu’avez-vous ressenti lorsque le président Hugo Chávez a offert Las Venas Abiertas [Les Veines Ouvertes] à Obama, lorsqu’il prit ses fonctions ?
- Eduardo Galeano : Je n’avais pas été informé et j’étais sorti me promener avec mon chien Morgan, qui, le pauvre, est mort il y a peu, mon grand ami Morgan… Donc nous sortons tous les deux nous promener et nous entendons les cris des voisins… « Eduardo ! Eduardo ! » Morgan tendit ses oreilles, pensant : « On va nous attaquer ! » Tant d’affection tout d’un coup ! Que se passait-il ?
Et alors les éloges qui commencèrent à pleuvoir sur moi me déprimèrent énormément, parce qu’ils étaient tous intéressés. Les gens me disaient : « Tu vends un max, tu passes à la télé, tu passes à la radio, tu arrives en 2ème position, tu vends comme jamais ! Formidable ! Super ! » Et moi je pensais : « C’est le moment d’y aller ! Morgan, prépare-toi ! » Heureusement non. Ils n’arrivèrent pas jusque là, mais ils tenaient à me féliciter comme si je ne songeais qu’à vendre. Peu m’importe de beaucoup vendre, je ne fabrique pas de la marchandise, j’écris des livres. Donc ce qui compte pour moi, c’est d’atteindre les autres. En ce sens, ce geste généreux de Chávez signifiait que mes livres se déplacent, non seulement Las Venas, mais aussi les autres. Mais ce fut un geste symbolique, clairement. Le livre s’est transformé, en l’espace de quelques années - ne crois pas que cela ait été facile – en un symbole de l’autre histoire, de l’autre réalité, de l’autre voix, de l’autre manière de voir les choses. C’est en ce sens que Chávez l’a offert. J’aurais préféré qu’il lui ait offert l’édition en anglais, mais il lui a offert celle en espagnol, une langue que ne manie pas Obama. Mais le geste est beau, très symbolique.

- El Puente : De plus, si le contenu du livre s’adresse à des gens qui ne le connaissent pas, il s’agit d’un message de grande valeur.
- Eduardo Galeano : En réalité, j’aurais préféré qu’aujourd’hui le livre soit dans un musée d’archéologie. Malheureusement, la réalité n’a pas fondamentalement changé. Nous vivons toujours au sein d’un marché mondial et des besoins d’autrui. Voilà pourquoi le livre n’a pas perdu de son actualité. Ce que j’aurais voulu, c’est qu’il la perde rapidement, mais cela ne s’est pas produit. Alors, d’une certaine manière, le succès du livre signifie notre échec. De même, le livre occupe une fonction qui répond davantage au moment où il a été écrit qu’à la réalité actuelle. J’essaie d’expliquer comment le sous-développement est le résultat du développement ailleurs, comment, dans ce monde, il n’existe aucune richesse qui soit innocente. A cet égard, ce constat n’a rien perdu de son actualité.

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Source : http://www.epcomunicacion.com.ar/blog/287/
Traduction de l’espagnol : © Georges Festa et Jorge Lozano – 06.2010.