vendredi 25 juin 2010

Génocide grec 1914-1923 - Témoignage 2 / 21

Incendie de Smyrne, 1922 – Edifices en flammes et population tentant de s’enfuir
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Charles Dobson (1886-1930)

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J’étais à Smyrne, lorsque les troupes kémalistes entrèrent dans la ville. Durant les quelques jours qui précédèrent, une appréhension grandissante gagna les habitants. Je me rendis chez le métropolite Chrysostomos et je compris qu’il redoutait, ainsi que ses proches immédiats, des excès, lorsque les Turcs arriveraient. Il me remit un message, signé par lui-même et d’autres dignitaires, y compris l’archevêque arménien, me priant de le faire parvenir de toute urgence à l’archevêque de Canterbury. Il s’agissait d’un appel auprès de lui pour qu’il usât de son influence sur le Cabinet britannique en vue de signer un traité avec Kemal en dehors de la ville ou, dans l’éventualité d’une incursion, d’assurer au moins la protection de sa population. Je regrette d’avoir laissé ce message sur son bureau. Il eût été trop compromettant pour moi d’être capturé en sa possession lors de ces journées tragiques. La clause finale était un appel au nom du Christ pour qu’il se hâte d’empêcher la catastrophe imminente. Ainsi que tous les Britanniques que je pus consulter, je ne pensais pas que les Turcs se comporteraient de manière à justifier les craintes du métropolite. Je remis cependant le message à Sir Osmond de Beauvoir Brock, commandant en chef de la marine britannique. L’amiral aborda le sujet avec bienveillance, mais souligna que des forces considérables se trouvaient déjà sur place et qu’il ne s’attendait pas à une quelconque entrée méthodique, si tant est que les Turcs jugeassent opportun d’entrer. Il me conseilla d’agir comme bon me semblait et de télégraphier à l’archevêque de Canterbury. Mais, pour tout télégraphe envoyé, d’ajouter que l’amiral britannique envoyait le message et qu’en cas de désordres, il était prêt à accorder toute la protection en son pouvoir à l’ensemble de la ville. Rappelons qu’il ne régnait, à cette époque, dans les milieux officiels, aucune appréhension des atrocités à grande échelle qui allaient bientôt transpirer, et que la marine britannique s’acquitta de la protection promise par l’amiral, lorsque, durant l’incendie et le massacre, ses chaloupes et ses destroyers se tinrent toute la nuit devant les quais de la ville en feu et sauvèrent des réfugiés. Dans certains cas, des détachements en armes pénétrèrent dans la ville et ramenèrent des habitants à travers les flammes et les tueries. Exemple notable de cette action, l’évacuation de la Maternité Britannique avec toute son équipe médicale et ses patients grecs. Je demandai à l’amiral qu’il m’autorisât à publier en son nom un message dans la presse. Il me répondit que je pouvais faire état de son opinion, que toute occupation serait méthodique et qu’il conseillait à chacun de rechercher les réfugiés, qui encombraient la ville, et d’éviter de donner prise à toute provocation.

Je remis le message de l’amiral à une délégation de six personnalités au siège de la Ligue de Défense de l’Asie Mineure. Je fus tout étonné de découvrir aux portes des civils munis apparemment de cartouchières et de fusils. J’appris que la population espérait encore qu’une section complète de l’armée en retraite, aidée de volontaires civils, puisse tenir la ville et ses alentours, jusqu’à ce que les Alliés pussent intervenir afin d’organiser un armistice. J’envoyai à la presse un message au nom de l’amiral, que je remis aussi aux cinq membres de la Ligue ; l’un d’eux m’accompagna afin d’en transmettre le contenu au métropolite. Ils me demandèrent de leur faciliter un entretien avec l’amiral, affirmant qu’ils avaient eu vent d’un complot turc dans la ville. Je les dissuadai d’insister à ce sujet, car tant de rumeurs horribles circulaient déjà (y compris celle, ridicule, des désordres envisagés par l’armée en train de s’embarquer tranquillement) que j’eus le sentiment que l’amiral n’avait aucun moyen de connaître la vérité. Je rencontrai le métropolite très inquiet quant à ses fidèles, d’autant moins tranquillisé par la déclaration de l’amiral qu’il avait l’impression (à juste titre, comme il s’ensuivit) de mieux connaître les Turcs par rapport aux officiers britanniques. Ce fut la dernière fois que je vis le métropolite. Il fut véritablement un martyr qui mourut à son poste afin de rassurer ses fidèles.

Je déplorai que le message communiqué à la presse ait été des plus tronqué. Toute référence à une possible entrée des forces kémalistes avait été éliminée; en outre, placé juste à côté et suggérant une continuité du message, figurait un paragraphe disant que d’autres unités de la marine britannique faisaient route vers Smyrne, transportant des soldats depuis Gibraltar. Je ne puis que supposer que les auteurs de cette mutilation et de ces exagérations agirent ainsi dans l’espoir d’apporter leur soutien moral aux forces qui se préparaient à défendre les alentours de la ville. Si tel fut le cas, leur action durant le conflit fut peut-être légitime, mais les conséquences furent déplorables, car, peu de temps après, la résistance envisagée fut abandonnée, alors que la population attendait encore l’arrivée des renforts britanniques. Noureddin Pacha lui-même fut peut-être influencé par cette rumeur, car durant la nuit qui suivit l’occupation, ses hommes n’étaient pas certains que la rumeur selon laquelle les troupes britanniques couvraient la retraite des Grecs à Tchsme fût erronée.

L’entrée de la cavalerie kémaliste se produisit plus tôt que nous nous y attendions, pour la plupart. Je pris conscience à titre personnel de sa présence en revenant du consulat par une rue secondaire. Il y eut soudain des hurlements, une femme se précipita à genoux, criant pour qu’on la protège. L’instant d’après, un escadron de fusiliers à cheval surgit au galop à l’angle de la rue ; certains tenaient des sabres ; la plupart portaient en croupe des fusils prêts à faire feu. Ils déportèrent leurs chevaux pour éviter d’écraser la femme qui se tenait à mes pieds. En haut d’une rue voisine, j’aperçus des cavaliers passer le long du quai. Ils se promenaient, portant leurs fusils en bandoulière. Plus loin, dans la ville, j’entendis un piétinement de sabots, ainsi que deux ou trois tirs. En arrivant chez moi, je découvris des masses de gens sur la place, emplis de terreur. Certains civils turcs commençaient déjà à piller et à maltraiter les réfugiés grecs. Au total, cette entrée me parut (du point de vue de mon expérience directe de la guerre véritable) s’être accompagnée de fort peu d’effusions de sang depuis la partie extérieure de la ville (la Pointe). J’eus l’impression qu’une autorité réelle était venue prendre en charge la ville. Je découvris un marin grec qui se cachait dans le jardin ; il ne voulait pas répondre à la proposition de se rendre à une instance turque (je ne suis pas étonné qu’il ait été possible de proposer que l’on se rende aux Turcs). Je le munis de vêtements, puis, naturellement, je le libérai pour qu’il saisisse sa chance. Il refusa fièrement mon argent. Les réservistes montés italiens coopéraient avec les patrouilles turques pour maintenir l’ordre dans la ville. Je conduisis un blessé dans mon église : il mourut durant la nuit. Le lendemain, dimanche, je me rendis à l’église orthodoxe de Saint-Jean, qui, comme toutes les autres églises, était bondée de réfugiés, allongés dans des conditions totalement insalubres et terrorisés après une nuit de fusillades intermittentes et de cris. Un des prêtres se porta volontaire pour m’accompagner afin d’enterrer les morts. La police turque réquisitionna une charrette, nous offrant même sa protection. Nous fîmes cependant confiance au drapeau anglais que nous emportions. Nous découvrîmes cinq cadavres près de la gare Aidin. Nous fîmes de notre mieux pour en retrouver d’autres. Eu égard aux morts, les gens s’approchaient de moi et me montraient les corps jetés derrière les haies ou gisant parfois dans des charrettes. Je fus frappé en particulier par un groupe composé de femmes et d’enfants en bas âge, ainsi qu’une jeune fille, quasi nue, frappée à la poitrine, les cuisses et les organes génitaux couverts de sang coagulé, tentant d’évoquer, d’une voix affaiblie, ce qui lui était arrivé, avant de mourir. Ces cadavres furent enterrés par des prêtres orthodoxes. Je me déplaçai en toute liberté dans la ville et découvris bientôt que la sécurité qui régnait aux portes était due à une discipline de fer, aux exigences que demandait une entrée militaire de la sorte. La discipline, pour autant que la population civile était concernée, se dégrada et dégénéra rapidement. Fusillades, pillages et viols sévissaient. Le quartier arménien souffrit énormément. La rumeur disait que les Arméniens refusaient de rendre les armes et jetaient des bombes. Cela est fort possible, mais il est incontestable que les Arméniens ne cessèrent d’être massacrés au sein de leurs demeures, les femmes violées et leurs biens de valeur dérobés. Dans les rues secondaires, même des ressortissants des grandes puissances furent attaqués et dépouillés de leur argent, ainsi que de leurs objets précieux. Rassemblés dans l’une de leurs églises, les Arméniens refusèrent de se rendre. Ils se rendirent finalement contre promesse de la vie sauve pour les femmes et les enfants ; les hommes furent emmenés au loin. Un jour, nous entendîmes derrière notre maison des acclamations où je reconnus le mot turc « padishah » (sultan, je crois). Jetant un œil au dehors, je vis environ deux cents Grecs ou Arméniens agenouillés et assis sur la route, gardés par des soldats turcs. J’appris ensuite par une source totalement fiable que ces hommes furent ensuite massacrés. La méthode de massacre, m’apprit mon informateur, recourait à l’arme blanche, pour éviter d’avoir à tirer. On pourrait citer une multitude d’incidents isolés, qui prouveraient le déchaînement le plus complet de luxure et de sauvagerie au sein des troupes kémalistes. Je n’en citerai qu’un. Un enfant m’apporta un message de la part des prêtres d’une église orthodoxe, me demandant de venir et de passer la nuit avec eux afin de les protéger, car ils avaient été prévenus d’une attaque imminente contre leur église, et ils avaient appris que, la nuit précédente, les soldats turcs avaient fait irruption dans une autre église, mutilant les hommes et violant les femmes. Le cas du colonel Murphy, un officier à la retraite du service médical de l’Armée des Indes, illustre la brutalité effrénée des troupes kémalistes. Ils firent irruption dans son domicile à Bournabat, violant ses domestiques, et lorsqu’il tenta de les protéger, ils l’assommèrent à l’aide de bibelots. Ses filles échappèrent au destin des domestiques en faisant appel à l’officier présent ; ce dernier, ne pouvant de toute évidence contrôler ses hommes, se contenta de leur conseiller de se cacher. Le colonel Murphy fut déshabillé et injurié. Finalement, ils le relevèrent et l’abattirent. Son épouse, une dame d’un certain âge, fut choquée ; blessé, étendu à terre, durant un temps considérable, le colonel Murphy fut sauvé par Sir Harry Lamb et conduit à la Maternité Britannique. Son épouse et ses filles furent obligées de l’abandonner, lorsque l’incendie de la ville se déclara. Il mourut à minuit et l’hôpital fut évacué à trois heures du matin, sous la protection de patrouilles conséquentes envoyées par l’amiral. Les Arméniens ne bénéficiaient quasiment d’aucune immunité. Alors que je m’entretenais dans le jardin du consulat avec le capitaine Hole, la veille de l’incendie, un homme sauta dans le jardin depuis le toit d’une maison adjacente. J’accourus vers lui et, après force protestations, convainquis les soldats qui l’avaient poussé à un tel acte, et qui le menaçaient de leurs fusils, de ne pas l’abattre en territoire britannique. Une autre fois, un prisonnier, emmené avec d’autres, lié par une corde, brisa ses liens, s’agenouilla et baisa mes pieds. Comme en maintes autres occasions, je ne pus rien faire. Au matin de l’incendie, la situation était devenue si grave qu’un embarquement général des Européens fut organisé. Sir Harry Lamb vint en personne à la Maternité Britannique déclarer qu’il était nécessaire de partir. Il me demanda d’informer les personnes dont les noms figuraient sur une liste que j’avais préparée en cas d’urgence. Je me consacrai toute la matinée à ce travail et me rendis compte que ma liste était incomplète. En réponse à des proches, je dus à nouveau traverser la ville, contrairement à mes prévisions. Les rues adjacentes étaient emplies de gens terrorisés, accourant de toutes parts, emportant leurs enfants et de la literie ; certains étaient blessés ; un homme avait le visage fracturé et sa bouche saignait. Les fusillades étaient continuelles dans les parages, suivies de hurlements et d’une foule éperdue, prise de panique. Partout, les Turcs pillaient sans vergogne. Un homme fut abattu d’une rafale entre les cuisses, fracturant l’une d’elles ; mais ses cris furent ignorés par la population terrorisée. L’atmosphère générale était effroyable et je commençai à redouter que nous n’ayons fait retraite trop tardivement. L’incendie se déclara cet après-midi là. Je fus stupéfait de découvrir en Italie, et à nouveau, ici même, en France, à quel point certains milieux doutent encore de la culpabilité des troupes turques dans l’incendie de Smyrne. Il me semble que cet incendie, opéré par les éléments fanatiques de l’armée turque, fut le moment culminant logique d’un relâchement des contraintes imposées par les nécessités militaires et d’une xénophobie permissive sans frein. Je n’ai encore rencontré personne, au fait des circonstances, qui ne discréditât la thèse selon laquelle les Arméniens auraient incendié la ville. Après avoir vécu un mois au Lazaret de Malte en tant que réfugié, j’ai pu comparer, ainsi que mes compatriotes, ce que j’avais vécu. Et lorsque nous apprîmes la déclaration selon laquelle les Turcs n’étaient pas coupables d’avoir incendié la ville, nous demandâmes à l’évêque de Gibraltar, qui était venu nous rendre visite, de demander au peuple de Grande-Bretagne de suspendre cette décision jusqu’à ce que la vérité soit connue. L’évêque nous invita à lui remettre une déclaration. Nous le rencontrâmes au siège du Lieutenant-gouverneur. Etaient présent Herbert Whitall, Robert Hadkinson avec son fils, J. Epstein, ainsi que trois aumôniers britanniques, respectivement de Smyrne, Bournabat et Boudjat. On peut lire le compte rendu de notre rencontre dans la lettre de Son Eminence l’archevêque de Gibraltar, publiée dans la Diocesan Gazette [Gazette diocésaine] de Gibraltar (novembre 1922, n° 2, vol. VI). Notons que l’opinion, tout à fait honorable, de ces hommes, unanimement reconnue, est digne d’un grand respect. Aucun d’eux ne fut influencé par quelque considération autre que le soutien à la vérité. Et tous ont eu le privilège exceptionnel d’entendre les preuves personnelles avancées par un grand nombre de gens. Ces preuves, en dehors de toute hystérie, disproportion, provoquées par les dommages subis à titre personnel, et de la tendance humaine à exagérer, sont de nature à composer une accusation véritablement accablante contre les Turcs, pour avoir négligé à ce point l’application de la discipline que leurs éléments fanatiques, dans un excès de xénophobie, emportés par l’ivresse d’un pillage de trois jours, incendièrent la ville dans l’espoir de chasser les éléments non musulmans et non juifs. Il est très significatif que les fusillades eurent lieu en plusieurs endroits, avec des intervalles de temps très brefs, et qu’elles visèrent à un incendie systématique, que seule une opération bien coordonnée put mettre en œuvre. D’autre part, le fait que la ville fut incendiée immédiatement après le changement de vent, lequel, durant les trois jours précédents, était orienté vers le quartier turc. Tout incendie, avant ce changement, aurait balayé le quartier turc. Des témoins indépendants, qui se trouvaient à Smyrne lors de l’incendie, évoquant les récits peu satisfaisants et boiteux des Turcs, tendent à confirmer leur culpabilité à ce sujet. J’ai rencontré récemment une infirmière, qui quitta Smyrne dix jours après l’incendie et qui me parla de son travail consistant à extraire les balles des enfants blessés. Elle fut aussi témoin du viol des femmes grecques. Je mentionne cela pour montrer que le sort réservé par les Turcs à la population chrétienne ne résulta pas d'une fièvre soudaine, mais d’une politique éprouvée. Le Révérend Robert Ashe, aujourd’hui aumônier à Carthagène (Espagne), m’apprit le sort que connut le prêtre grec de Boudjah ; son informateur était le frère du consul de Roumanie. Selon lui, ce prêtre eut les yeux crevés, puis il fut crucifié sur la porte du domicile de M. Gordon à Boudjah. Les soldats turcs clouèrent des fers à cheval sur ses mains et ses pieds ; il était mort lorsque le frère du consul le découvrit ; il baisa ses mains et le laissa en cet endroit.

En livrant ce compte rendu, j’ai tenté d’éviter d’être influencé par quelque animosité que ce soit à l’égard des responsables de ces atrocités. J’ai aussi omis bien d’autres incidents mineurs qui m’ont convaincu de la barbarie des forces kémalistes, mais qu’il serait superflu d’évoquer. Dans sa lettre au Times, parue le 8 novembre [1922], l’évêque de Gibraltar a rappelé à ses concitoyens, dans un langage sobre et mesuré, le caractère « asiatique » du Turc.

Biographie du Révérend Charles Dobson, 1886-1930 (1)

Né en Nouvelle-Zélande en 1886 dans une famille réputée de géomètres, Charles Dobson prend la décision de rejoindre l’Eglise Anglicane. Il oeuvra durant trois ans à Runanga, sur la côte ouest de l’île du Sud, puis aux Marlborough Sounds, entre 1913 et 1914. Connu comme le « pasteur des Sounds », il gagnait à pied sa paroisse éloignée, couvrant de vastes distances et dormant sous des rochers et des arbres. Il disposait aussi d’un canot et il est possible que celui-ci ait fait autant office d’ « église » que de moyen de transport.

En 1914, devenu capitaine-aumônier, Dobson est parmi les premiers hommes de l’unité principale du Corps Expéditionnaire Néo-Zélandais à débarquer en Egypte. Son unité, les Otago Mounted Rifles [Fusiliers montés d’Otago], atteignirent Gallipoli fin mai 1915. Un récit atteste de sa présence alors. Après la bataille de la Colline 60, il accompagna l’aumônier William Grant dans les tranchées, aidant les blessés jusqu’à l’arrivée des brancardiers. En contournant une traverse, les deux hommes dépassèrent par mégarde le dernier Néo-Zélandais de la tranchée et furent subitement confrontés à deux Turcs qui firent feu immédiatement, abattant l’aumônier Grant, avant même d’apercevoir et de reconnaître les brassards de la Croix Rouge qu’il portait, ainsi que Dobson. Dobson dirigea ensuite un peloton afin de récupérer le corps et l’enterrer.

Dobson fut probablement blessé à Gallipoli et, comme tant d’autres, eut à souffrir terriblement de dysenterie. En novembre 1915, son dossier militaire établit qu’il se trouve à l’Hôpital général n° 1 de Londres et l’on sait qu’il rencontra Eleni Georgoulopoulos, cette même année à Londres. Toujours selon son dossier, il passa la plus grande partie de l’année 1916 en Angleterre, ne pouvant encore rejoindre le front, bien qu’il fût en service sur un navire hôpital et à l’hôpital de Brockenhurst, par intermittences, en juillet-août et en novembre de la même année.

En mars 1917, Dobson se trouve en France avec le 2ème Régiment d’Auckland de l’infanterie de Nouvelle-Zélande. Il est blessé à deux reprises en 1917, la première fois en juin, puis de nouveau en octobre, à Broodseinde dans les Flandres. En avril 1918 il est cité dans des dépêches : « Mention spéciale dans des dépêches adressées par le Field Marshall [maréchal] Sir Douglas Haig pour services distingués, actes de courage et de dévouement, durant la période 25 septembre 1917 – 24/25 février 1918. » Parallèlement, il est nommé aumônier principal-adjoint dans le corps des aumôniers de Nouvelle-Zélande, avec rang de major, en décembre 1917.

Il fut décoré de la Croix Militaire pour sa participation à la bataille de Bapaume en août 1918. La citation précise : « Durant une attaque, le bataillon fut lourdement bombardé avant sa progression. L’officier médecin et plusieurs de ses hommes figurèrent parmi les victimes. M. Dobson prit immédiatement en charge la situation, mettant en place un service postal, organisant des détachements de brancardiers et pansant lui-même les blessés sous un tir intense et avec peu de moyens. Son exemple de bravoure et son dévouement désintéressé font l’admiration de tous ceux qui l’ont connu. »

En mai 1919, Charles Dobson et Eleni Georgoulopoulos se marièrent au Pirée. La même année, ils se rendent ensuite en Nouvelle-Zélande à bord d’un navire de guerre, arrivant en janvier 1920. Dobson occupa deux postes en qualité de pasteur en Nouvelle-Zélande entre 1920 et 1922, où naîtra en 1921 leur première fille, Clio.

Les premiers mois de 1922 voient la famille établie à Smyrne, où Dobson était l’aumônier de l’église anglicane de Saint-John. Leur seconde fille, Resemary, naquit fin mai, la même année. A ce jour, l’on sait peu de choses de son travail à cette époque à Smyrne. Une lettre a été retrouvée, où il évoque un projet d’école pour garçons et l’impact d’une situation politique incertaine sur sa congrégation.

Son rapport, « La Destruction de Smyrne », raconte sa propre histoire et présente certaines de ses activités durant ces sombres journées de septembre. Il s’employa, au risque de sa vie, à aider les Arméniens et les Grecs, ainsi que les Britanniques et les Levantins. Sa famille s’enfuit à Malte, ainsi que 800 autres réfugiés, à bord du paquebot Bavarian. Dobson fut de ceux qui rencontrèrent l’évêque de Gibraltar, auquel ils remirent leur compte rendu de ce dont ils avaient été témoins à Smyrne. La famille se transporta ensuite à Marseille où Dobson travailla quelque temps avec des marins. C’est lors de ce périple qu’en novembre 1922, il adresse son premier rapport sur Smyrne au Foreign Office, depuis le consulat britannique à Rome.

La famille vécut un an durant à Middlesbrough, au nord de l’Angleterre. Dobson y exerça comme aumônier à l’église de Saint-Paul, tout en oeuvrant dans les quartiers déshérités de la ville.

En 1924, il est nommé aumônier auprès de l’église de Saint-George, l’église anglicane de l’ambassade de Grande-Bretagne à Lisbonne. La même année, il se rend à Londres, où il reçoit les remerciements du roi George V pour son action à Smyrne. Lors de ce même séjour, il apparaît comme témoin dans un procès relatif aux causes de l’incendie.

Apprécié pour son dévouement, Dobson est réputé pour avoir été extrêmement populaire au sein des communautés britannique et portugaise de Lisbonne. 1926 voit la naissance d’un troisième enfant, Paul. En 1930, Charles Dobson tombe malade de la fièvre typhoïde. Il reçut une transfusion de sang, qui s’avéra tragiquement erronée, et mourut en mai à l’âge de quarante-trois ans. Il fut enterré au cimetière britannique de Lisbonne, près de l’église où il officiait.

Note

1. Cette biographie a été compilée par la petite-fille du Révérend Charles Dobson pour www.greek-genocide.org en juillet 2009. Toute communication en rapport, via la page Contact us, lui sera, sur demande, adressée par nos soins.

Réf. : Charles Dobson, « The Smyrna Holocaust », in Lysimachos Oeconomos, ed., The Tragedy of Christian Near East, London : The Anglo-Hellenic League, 1923.

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Source : http://www.greek-genocide.org/testimony_dobson.html
Traduction : © Georges Festa – 06.2010.
Publié avec l’aimable autorisation de Maria Tsoukatou.