mardi 29 juin 2010

Génocide grec 1914-1923 - Témoignage 8 / 21

Icône grecque - L'Homme de douleur

William A. Lloyd

www.greek-genocide.org


Au moment où le bateau embarquait des provisions à Derindje, je descendis à terre, où les représentants locaux du Near East Relief [Secours pour le Proche-Orient] s’empressèrent de me montrer l’entrepôt. Parmi les réfugiés grecs qui s’y trouvaient, j’eus l’agréable surprise de retrouver un vieux prêtre grec, que j’avais connu quelques années auparavant et que je croyais depuis être mort. Sa robe, autrefois noire, avait maintenant verdi sous le soleil de nombreux étés, ses mains avaient durci sous le labeur, comme l’étaient celles des pêcheurs galiléens, car ses ouailles étaient pauvres et il partageait leur pauvreté. Mais son cher vieux visage ridé arborait toujours ce sourire bienveillant dont je me rappelais si bien, après tant d’années.

A l’encontre de la procédure habituelle, il voulut me baiser la main, car en Orient il est de coutume de baiser les mains des serviteurs des Saints Mystères, mais je m’y refusai et lorsque je lui en fis reproche, il me raconta les années passées depuis que je l’avais rencontré.

Un jour, une bande de criminels fit irruption dans son petit village et, après les massacres et les outrages de rigueur lors de pareilles circonstances, il réussit à fuir, ainsi que les quelques rescapés parmi ceux que Jésus-Christ avait confié à ses soins. Durant des jours, ils errèrent, leurs pieds endoloris, épuisés, subsistant grâce aux plantes et aux feuilles d’arbres. Certains périrent en chemin et furent accompagnés dans leur dernier sommeil par les rites de l’Eglise qu’ils chérissaient.

A la fin, certains refusèrent d’aller plus loin. Le vieux prêtre tenta de les raisonner, leur parlant des souffrances de l’Homme de douleur. Mais certains voulaient être réconfortés. « Il n’y a pas de Christ. Il est mort. Mieux vaut, pour nous aussi, mourir et mettre fin à nos malheurs ! »

C’est alors qu’une chose merveilleuse se produisit. Le petit groupe de martyrs tomba par hasard sur les traces de quelques humanitaires du Near East Relief. Lorsqu’il vit le drapeau américain, le vieux prêtre le leur montra et, son visage couvert de larmes, leur dit en sanglotant : « Voyez, mes enfants, ce n’est pas vrai ! Il n’est pas mort – Christos anesti ! – Christ est debout ! »

Et lorsqu’ils réalisèrent ce que ce drapeau signifiait, ils se donnèrent mutuellement l'accolade, criant à perdre haleine : « Alethos anesti ! Il est vraiment debout ! »

Quant à moi, qui ne suis pas Américain, je ne puis concevoir un plus grand honneur jamais rendu à un drapeau que ces acclamations.

Note :

William A. Lloyd était un journaliste australien. Néo-zélandais de naissance, il servit dans les Forces impériales australiennes durant la Grande Guerre et aussi comme correspondant de guerre pour le Liverpool Courier.

Réf. : Lloyd, William A., « He is not Dead », The New Near East, New York : Near East Relief, March 1923, p. 7 (Avec l’aimable autorisation de Vicken Babkenian, Australie).

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Source : http://www.greek-genocide.org/testimony_lloyd.html
Traduction : © Georges Festa – 06.2010.
Illustration : © www.rejesus.co.uk