lundi 21 juin 2010

Génocide grec 1914-1923 - Témoignage 1 / 21

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Vasileios Anastasiades (1912-1994)

www.greek-genocide.org


Je suis né dans le district de Kaesareia [Kayseri], en Cappadoce en 1912, mais j’ai grandi à Ak Dagh Maden, dans le Pont. Je me rappelle du père d’Aristote Onassis, un ami de mon père, lui conseillant de quitter l’Asie Mineure avant que la guerre n’éclate. Mais mon père ne pouvait partir, car il devait s’occuper de sa famille.
En 1916, alors que j’avais trois ou quatre ans, ils ont emmené mes parents en exil. Mon frère aîné me prit par la main et me conduisit dans un champ où le foin avait poussé. On en a coupé quelques brins, que nous avons mangés pour apaiser notre faim. On ramassait des plantes sauvages, on les pilait dans la farine, on les cuisait comme des galettes de pain et on les mangeait. Je me rappelle en train de chercher des nids de fourmis pour trouver des grains de blé à manger.

Lorsque les Turcs arrivèrent sur Pelemet, attaquant les Français, les Grecs, en particulier ceux qui travaillaient sur les voies ferrées, c’est à ce moment-là qu’ils nous emmenèrent en exil, les hommes séparés des femmes et des enfants. Les enfants étaient emmenés à Zougoultah. Près de nous se trouvait un camp pour les prisonniers de guerre grecs, qui moururent tous, à l’exception d’un seul, comme ouvriers esclaves. L’unique survivant se nommait Dimitrios Pairahtaroglou. Les soldats nous donnaient une partie de leurs maigres rations alimentaires, pour que nous ne mourions pas de faim.

Lorsque la Croix Rouge fut avertie [de notre captivité] et s’approcha pour nous rencontrer, les Turcs nous déplacèrent de nuit. Un prisonnier chrétien, employé comme gardien, informa la Croix Rouge de l’endroit où nous étions cachés, à condition qu’ils le libèrent lui aussi. Voilà comment cent cinquante enfants furent sauvés.

Je suis arrivé en Grèce en 1924, lors de l’Echange de populations. Nous sommes allés tout d’abord à Kythera, où nous sommes restés deux mois environ, puis à Larissa. Là, mon grand-père s’est vu proposer pour maison la mosquée turque locale inutilisée, du fait qu’il était artisan (et les artisans étaient très appréciés). Mais il refusa d’y vivre, parce qu’il ne voulait pas que ce bâtiment lui rappelât les Turcs, qui l’avaient trop fait souffrir.

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Source : http://www.greek-genocide.org/testimony_anastasiades.html
Traduction : © Georges Festa – 06.2010.
Publié avec l’aimable autorisation de Maria Tsoukatou.