dimanche 4 juillet 2010

Bared Maronian - Interview

© Armenoid Productions Inc., 2010

Le réalisateur Bared Maronian présente Orphans of the Genocide
Entretien avec l’auteur

par Georges Adourian

http://asbarez.com


Installé en Floride, Bared Maronian est un producteur lauréat de plusieurs Emmy Awards. Son tout dernier film, Orphans of the Genocide [Orphelins du génocide], est un documentaire consacré à plus de 150 000 orphelins du génocide. Ce récit s’inspire d’un article récent du célèbre journaliste Robert Fisk, de The Independent, présentant les recherches scientifiques de Maurice Missak Kelechian, ingénieur à la Silicon Valley, lesquelles l’ont conduit à retrouver un orphelinat arménien à Aintoura, près de Beyrouth au Liban, mis en œuvre par Ahmad Djemal Pacha et qui servit de centre de « turcification ». Cet orphelinat hébergea un millier d’orphelins arméniens.
Georges Adourian s’est entretenu pour Azbarez avec Maronian par courriel.


- Georges Adourian : Avant d’aborder Orphans of the Genocide, intéressons-nous au réalisateur. Parle-nous de tes antécédents. D’où viens-tu, comment t’es-tu retrouvé aux Etats-Unis et comment es-tu devenu réalisateur ?
- Bared Maronian : Je suis né et j’ai grandi à Beyrouth, au Liban, et comme des milliers d’Arméniens, je suis parti aux Etats-Unis à cause de la guerre civile qui a éclaté au milieu des années 1970. Mon intérêt pour la réalisation de films remonte à ma passion pour la photographie durant mes années de lycée et d’université au Liban. Une fois installé en Floride, je me suis inscrit au Broadcast Career Institute de Palm Beach, puis j’ai intégré l’industrie de la télévision, travaillé pour PBS dans des documentaires de post-production locale et nationale, des concerts et l’industrie du spectacle à Miami.

- Georges Adourian : Avant de commencer à faire des films, tu as travaillé comme éditeur, spécialisé en post-production. Peux-tu nous en dire plus ?
- Bared Maronian : L’édition se situe là où chaque composante d’un film s’achève. Où toutes les pièces du puzzle se rassemblent. C’est l’éditeur, placé au premier rang, qui se rend compte de la force ou de la faiblesse d’un film ou d’un spectacle pour la télévision. C’est le regard observateur et la technique de l’éditeur qui saisissent les détails subtils, lesquels font un film à succès. Mon expérience en tant qu’éditeur m’a donc appris tous les aspects de la réalisation d’un film, de la pré-production à l’écriture du scénario, du travail de la caméra au graphisme du mouvement. Si l’on ajoute un arrière-plan arménien, le résultat ne peut être qu’un film sur le vécu arménien.

- Georges Adourian : Tu as remporté quatre Emmy Awards. Quand et pour quelles œuvres ?
- Bared Maronian : Le cinéma ou la production télévisuelle sont un travail d’équipe. J’ai eu la chance de travailler avec des professionnels doués, engagés ; résultat, quatre Emmy. Le premier, ce fut en 2002 pour avoir édité une courte séquence sur un journaliste-photographe. Un autre ce fut pour une émission hebdomadaire sur la nature, intitulée Wild Florida [Floride sauvage]. Les deux autres, ce fut pour des documentaires nationaux, et une des mes œuvres, un concert en direct de Willy Chirino, a été nominé, je crois, pour un Latin Grammy en 2007. Et aussi une émission nationale spéciale pour un reportage d’actualité financière en soirée sur PBS, que j’ai éditée et qui a remporté un Platinum Remi Award au Worldfest de Houston en 2009.

- Georges Adourian : A ce jour, tu as produit trois courts documentaires en tant que réalisateur : The Wall of the Genocide [Le Mur du génocide], Women of 1915 [Femmes de 1915] et Komitas Hairig [Père Komitas], qui ont reçu un accueil enthousiaste lors de festivals et par la critique. Le premier a d’ailleurs été diffusé sur la chaîne arménienne Horizon le 24 avril 2009. Parle-nous de ton itinéraire en tant que producteur de films, faisant le choix de sujets très sensibles, et pourtant incroyablement importants, pour ses documentaires.
- Bared Maronian : Le fait d’être d’origine arménienne a beaucoup à voir avec le sujet de mes films. Je suis aussi entouré d’amis tels que Bedo Der-Bedrossian et Paul Andonian qui, outre le fait d’être de grands amis, sont aussi de remarquables producteurs. Notre but, à Armenoid Team, est de raconter des histoires d’une manière différente. Nous pensons que le génocide arménien est un thème universel. Ce n’est pas seulement un problème arménien. En fait, il s’agit plus d’un problème turc que d’un problème arménien et le fait est que, ces dix dernières années, des chercheurs et des artistes turcs d’avant-garde ont exprimé leurs graves préoccupations quant au « sombre passé de l’empire ottoman », comme l’a mentionné une fois le président Obama. Notre Mur du Génocide dresse en dix minutes une fresque historique des Arméniens, depuis le jour où l’arche de Noé s’est posée sur le Mont Ararat jusqu’au jour où Hrant Dink a été sauvagement tué en Turquie. Femmes de 1915 s’intéresse à la situation critique des Arméniennes lors des années de génocide et place certaines femmes non arméniennes, comme Karen Yeppe, sur le devant de la scène pour avoir aidé leurs sœurs arméniennes… Après tout, le génocide concerne tout le monde. Et enfin Komitas Hayrig aborde l’impact du génocide sur le clergé arménien.

- Georges Adourian : Orphelins du génocide : ton dernier court-métrage, programmé pour devenir un documentaire d’une heure. Parle-nous de ce travail important.
- Bared Maronian : Paul Andonian, mon producteur associé, m’a dirigé sur l’article de Robert Fisk à propos de l’orphelinat d’Aintoura. J’ai été fasciné par cet article. J’ai immédiatement appelé mon autre producteur associé, Bedo Der-Bedrossian, et nous avons convenu tous les trois de faire quelque chose à ce sujet, mais sans savoir quoi exactement. Quelques jours plus tard, lors d’une cérémonie à l’ANC [Comité National Arménien d’Amérique], Edward Aprahamian, Américain vanetsi, âgé de 86 ans, s’est levé et a demandé à l’intervenant : « […] Il y eut des milliers d’orphelins durant le génocide […] Pourquoi ne demandons-nous pas aux Turcs ce qui est arrivé à leurs parents, pourquoi furent-ils orphelins ? » Dès que j’entendis cela, j’ai pensé que ce pouvait être le sujet d’un documentaire et le reste appartenait à l’histoire. Nous avons interviewé M. Aprahamian. Nous avons contacté M. Missak Kelechian, qui a scientifiquement prouvé que l’orphelinat d’Aintoura fut utilisé par Ahmad Djemal Pacha comme centre de turcification. Puis Robert Fisk, qui a expliqué en détail les secrets entourant l’orphelinat d’Antoura. Et nous avons interviewé aussi deux fils d’orphelins. Nous avons contacté ensuite l’UGAB et l’ARS [Armenian Relief Society – Secours Arménien] pour avoir des images d’arhives et nous avons créé la version courte, en 20 minutes, d’Orphans of the Genocide.

- Georges Adourian : Quels sont tes projets à venir ?
- Bared Maronian : Dans l’immédiat, développer Orphans of the Genocide dans un documentaire d’une heure. Nous avons le matériau, pressenti des bailleurs de fonds, mais vu la situation économique, les choses progressent lentement. Quoi qu’il en soit, nous sommes décidés à réaliser ce travail et à le rendre accessible au public d’ici neuf mois. J’ajoute que, dans la dynamique de ce projet, nous sommes en train de développer un site internet dédié aux orphelins du génocide arménien. Ce site s’intitule www.armenianorphans.com et est toujours en construction. Quant à nos projets futurs, nous étudions les possibilités d’un documentaire sur les odars (non Arméniens), qui sauvèrent des Arméniens au risque de leur propre vie, durant et après le génocide… et dont certains furent des Turcs.

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Source : http://asbarez.com/81446/filmmaker-bared-maronian-discusses-his-%E2%80%98orphans-of-the-genocide%E2%80%99/
Article publié le 27.05.2010.
Traduction : © Georges Festa – 07.2010.

site d’Armenoid Team : www.armenoidteam.com

site Orphelins du génocide aménien : www.armenianorphans.com
(en construction – si vous êtes orphelin(e), ou fils/fille ou petit-fils/petite-fille d’orphelin(e), du génocide arménien, contacter armenoid@comcast.net)