samedi 17 juillet 2010

Génocide grec 1914-1923 - Témoignage 20 / 21

Kilim de Malatya, av. 1910 © www.jozan.net

Edith Wood

www.greek-genocide.org


C’était comme une file interminable. Souvent les enfants mouraient, avant que je n’aie inscrit leurs noms. De même, chaque jour, entre quarante et cinquante femmes âgées s’éteignaient. De fait, famine, mauvais traitements et épuisement accomplissaient leur œuvre, avant que ces déportés n’arrivent à Malatia. Ils se présentaient à moi en bout de course.

La nourriture et les médicaments n’étaient pas de qualité, malgré tous mes efforts. Les Turcs n’aidaient en rien. A Malatia, les cadavres gisaient parmi les rues et les champs. Rien n’était fait pour les enterrer. Ces déportations sont pires qu’une condamnation à mort. A moins d’en avoir été témoin, il est difficile de croire qu’une cruauté et qu’une barbarie aussi monstrueuses existent ici bas. Faire souffrir des femmes et des enfants au point qu’ils se laissent tomber à terre et expirer semble incroyable. Or voilà ce qu’est Malatia. En outre, ces gens nous accueillent de façon glaciale à Constantinople, lorsque nous voulons raconter ce que nous savons auprès de notre gouvernement, faisant apparaître très clairement que mon récit n’est pas le bienvenu et que je ne serais qu’une hystérique qui exagère ou déforme les choses. Telle est la situation.

Après avoir voyagé sans relâche, quatorze jours durant, de Malatia à Samsoun sur la côte de la Mer Noire, j’ai embarqué à bord d’un navire pour Constantinople jeudi dernier. Tout au long, ce fut un voyage déchirant, tandis que je croisais des femmes et de jeunes enfants cheminant vers leur calvaire. Car je savais quelle en était la fin ! J’avais grande pitié de ceux qui renonçaient en cours de route. De toutes parts, leurs corps gisaient sur les bas-côtés et parmi les champs. De Malatia à Samsou, plus aucun espoir ne subsistait pour les Grecs, et les plus chanceux furent ceux qui moururent au début.

Note :

Miss Edith Wood, de Philadelphie (Pennsylvanie, USA), travailla à Kharpert, puis à Malatia, en tant qu’infirmière de la Croix-Rouge avec le Near East Relief [Secours pour le Proche-Orient].

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Source : http://www.greek-genocide.org/testimony_wood.html
Traduction : © Georges Festa – 07.2010.
Avec l’aimable autorisation de Maria Tsoukatou.