samedi 3 juillet 2010

Isidoor Goddeeris

Isidoor Goddeeris, Echelle de pierre
© Galerie Celal, 2010

Isidoor Goddeeris
Stellingen

Galerie Celal, Paris
14.05 – 06.06.2010


L’embarquement. Au creux des souvenirs. Enfances, cris. Replonger dans cette baignoire qui semblait si vaste. Où tu élaborais des villes, des couloirs secrets. Le théâtre ressurgit. Déployant ses arcanes, étageant sa logique. Au bord de ce précipice lisse. Où tout semble conjurer le moindre enracinement. Colisée de pacotille ou vaisseau fantôme ? Les deux à la fois. Et aussi : dans ce royaume laiteux construire la seule utopie qui vaille. Bain (h 75 l 215 la 125 cm)

La lettre à tiroirs. Cambrée sur ses pattes. Pied de nez de hutte. Tu observes la pyramide de Babel. Aux paradoxes de bois. Tissée de résistance et d’opiniâtreté. Les minutes, les heures qu’il aura fallu. Pour dévider à loisir, décliner les passages. Articulations subtiles des pleins aux vides. Car il s’agit de bâtir, proclamer. Ce qui fuit, se déverse. Arbre fontaine. Bibliothèque des rêves. Les marches. Tu gravis la montagne improvisée. Echelle (h 230 l 230 p 60 cm)

Adossé au mur. Ce viaduc qui ne ploiera pas. Saluant le visiteur de passage. Vois, la marge est étroite. Les routes invraisemblables, défiant l’équilibre. Tel une arche rompue. Erodée. Vestige de quelque incendie. Ou prime ébauche. Signant le plan futur. En genèse. Visions de Léonard. Silhouette d’archer ou oiseau de proie ? Ventilation kabbalistique des volumes. Calculer les mille et un rapports. Au plus près du nombre d’or. Structure 1 (h 200 l 275 p 40 cm)

Cet escalier fragile, dérisoire. Lui aussi réfugié contre la paroi. Le petit toit de vigie. Cramponné en son sommet. Ultime résistance. Le regard épouse la phrase lignée, tissée. Où te mène cette liane humaine ? Echapper pour un temps. Du haut de ton arbre. Apprivoiser les choses. Enfant aux ramures de lilas. Robinsonnades. Ou nervure de révolte. Ondulations, vague. Et si tout se jouait ailleurs ? Légèreté. Lois de l’innocence. Structure 2 (h 305 l 40 p 90 cm)

Enchâssé de cristal. Comme flottant au sein d'une géométrie. Dans cette vasque de tous les miracles sommeille une liquéfaction inédite. Pulsation des secondes, des siècles. En miniature, ralenti extrême. Gouttes temporelles, sanguines. L’icône organique. Aux échanges incessants. Noces liquides et rugueuses. Dégagement de la pesanteur. A travers le filet du pêcheur. Oiseau perle. Figé dans sa cage. Résumé fécond. En suspens. Qui attend. Petit pendule (h 100 l 34 p 34 cm)

L’entame d’un pont. Ou slalom vain. Articulation quasi biologique de lamelles en bois. Quel reptile inconnu déroule ici ses écailles ? Forêt de piliers tressés, rivés. Echapper aux étendues. A l’ensevelissement. S’élever encore et toujours. Le miroir dialoguant avec le vide. Espérant quelque message. Juché du haut de cet amoncellement. Tant de détails, d’intervalles. Ponton de bord de mer. Qui a relâché sa tension. Epousant l’astre. Echelle et miroir (h 35 l 105 p 24 cm)

Le chantier naval. Suivre la courbure sans fin. De l’échafaudage à l’épure. Poutre devenue fil. Tel un poisson à main d’homme. Aux voilures multipliées. T’invitant à toutes les escales. Nouvelle arche. Peuplée de silences. Au souffle invisible. Ce qui émergea des gouffres. Si lointains, si proches. L’amas obstiné. Fait de piliers, poutrelles. En modèle réduit. Viaduc espadon. Qui déjà se libère de sa gangue. Nef aux ultimes miracles. Bateau (h 85 p 60 l 320 cm)

Le bloc évidé. Tu descends les marches. Deux escaliers se font face. Aboutissant à une scène aveugle, mate. Combien de pas, de cris ? Pyramide inversée, sans spectateurs. Ni officiants. Quels drames se sont joués là ? Il suffit d’explorer les contours. Sur les quatre côtés extérieurs. La foule des silhouettes penchées, serrées. Enfers de Giotto. Multitude humaine. Les caravanes de l’histoire. Inverser la logique. Terrasses solaires. Echelle de pierre (h 35 l 105 p 24 cm)

Ouvrages illisibles. Faits de pierre. Aux pages fossilisées. Derniers témoins d’un âge oublié. Si lourds, écrasants. Le message se dérobe à jamais. Quelles langues, quels signes ? Disposés sur l’autel improvisé. Tu interroges l’inexprimable. Ce qui se refuse. Le don impossible. Il y eut des passeurs. Cendres. Briques de murs, vestiges domestiques ? La matière échappe, mue. Métamorphisme. Pages nacrées, océaniques. Rochers, fissures. Livre en pierre (h 18-27 l 5-7 p 8-15 cm)

En apparence l’objet familier. Sur lequel appuyer ton dos, t’asseoir. Or les strates temporelles se sont accumulées, enchevêtrées. Impossible désormais de le domestiquer. L’objet dissimulé dans une cavité. Enième espièglerie d’Alice. Au pays des songes noirs. Meuble ville. Où se superposent départs, accalmies. Orages, nuits. Qui se hérissent de palissades. Telle une aspiration spatiale. La maison emmurée. Qui s’engouffre soudain. Chaise (h 9 l 43 p 33 cm)

Autre nacelle. Nourrie de baguettes en bois, près de s’écraser. Surfaces convexes, où quelque mécanisme ne se donne plus à voir. Section planétaire, découpe de fruit. Ou copeau démesurément agrandi. Car dans cette amplification vertigineuse s’ouvre un horizon. Totalité en flottaison. Radeau anonyme. Lent déplacement d’iceberg. Déshérence. Arraché à sa terre. Malle de fortune. Où glissent faune et flore. Unité de ce qui fut. Suspension (h 30 l 250 p 58 cm)

Retour aux flammes. Autres versions muettes. Ces quelques tomes bruns et rouges. Ne reste qu’une enveloppe durcie, compacte. Dans cette absence un fourmillement. Atomes des origines. Naissance du papier, de la feuille. Arbre de la connaissance. Réduit à ces fragments dispersés. Ils interrogèrent la terre, l’eau, le feu. Dire avec d’autres mots. Les sources, la corrosion. Versions nourricières. Incorporer les éléments. Livre en bois (h 16-30 l 2-7 p 7-13 cm)

Gravir à nouveau. Cube bleu pastel aux quatre faces initiatiques. Falaises d’algues, moussues. Marines. Interdisant tout passage. Puis les deux escaliers en triangle, se répondant de part et d’autre. Marches irrégulières, alternant ciels et terres. Tout en haut cette fente nocturne. Il ne sera guère facile d’accéder. Te dépouiller, renoncer. Car le cycle peut reprendre. Matrice invisible, mêlée de laves et d’ombres. Tu peux redescendre. Initié. Kubus 1 (h 40 l 40 p 40 cm)

Ce diamant aux éclats démultipliés. Machine de guerre ou portique de carnaval ? Aux parois en diffraction. Toutes baies ouvertes. Tentant de capter la menace impalpable. Campé sur un chantier définitif. Tu observes en détail. Moucharabieh, écluse. Lieu d’ordalie. Dans lequel s’ouvre une voûte en découpe. L’échelle humaine est ici abolie. Qui dira ce rêve ? Les forteresses de patience. Film baroque. Gerusalemme liberata. Coupole (h 140 l 90 p 90 cm)

Célébrations. Les mécanismes du spectacle. Reconstituer à la brindille près. Fantaisies de Gulliver. Enceintes, palissades, tréteaux. A la mesure des matériaux éphémères. Nouvelle scène, où s’étagent les humains. Ce parterre rouge corail. Où s’impriment en creux les rires, les gémissements. Monde carnivore. Quel échange s’institue réellement ? Entre corps et mots. Comme un déferlement de nudité. Cruautés en partage. Théâtre (h 40 l 240 p 80 cm)


Avec l’aimable autorisation d’Erika Elo.
© Georges Festa – 07.2010.


site de la Galerie Celal : www.galeriecelal.com
45 rue Saint-Honoré 75001 Paris

site d’Isidoor Goddeeris : http://users.telenet.be/goddeerisisidoor/