dimanche 25 juillet 2010

Les Hyksôs / The Hyksos

Carte de l’Egypte durant la seconde période intermédiaire (XIIIe – XVIIe dynastie)
© Joël Guilleux http://antikforever.com

Les Hyksôs
Contribution à la préservation de notre identité

par Surén Aivazian

www.sardarabad.com.ar


[Récemment, en passant en revue des archives de mes écrits et de périodiques, je suis tombé sur un article que j’avais conservé depuis une trentaine d’années. En le relisant, j’ai trouvé son contenu si intéressant et instructif que j’ai décidé de proposer sa publication dans notre revue pour l’information des jeunes générations.
Celles-ci sont instruites du récit tragique de notre histoire récente et luttent courageusement pour la reconnaissance de notre génocide dans tous les lieux de la diaspora. Or nous devons enrichir ce patrimoine par la confirmation que l’existence de l’Arménie ne fut pas que drames et servitude. Nous possédons une culture plusieurs fois millénaire et un passé héroïque, qui servit de base pour l’essor de nombreuses autres civilisations. L’étude suivante de Surén Aivazian, professeur d’histoire à l’Université d’Erevan, l’atteste. Je sais que beaucoup la connaîtront peut-être, mais il n’est pas inutile de la rappeler. – Dr Juan Minoian]

Si un jour vous avez la chance de visiter l’Egypte, cet authentique berceau de la civilisation, on vous fera sûrement connaître les fameuses momies égyptiennes. Observez avec attention la momie du dernier pharaon du Moyen Empire. Une cicatrice profonde et effrayante divise en deux la tête du souverain. On vous dira qu’il s’agit de la trace du sabre Hyksôs, qui fendit le casque de bronze du pharaon, comme si celui-ci avait été une coquille d’oeuf, et qui plongea l’Egypte dans une sombre période d’esclavage.
Nous sommes en 1710 avant notre ère. Les prêtres égyptiens, préoccupés par les nouvelles en provenance des lointains plateaux d’Arménie, informent le pharaon que là-bas ces peuples ont appris à fondre le fer et à forger des sabres qui brisent les lances de bronze, telle la faucille qui moissonne le roseau dans la vallée du Nil. Là-bas, dans ce pays barbare du Nord, disent-ils, d’une façon étonnante sont apparus des coursiers d’une grande force et rapidité, que les montagnards attellent à des chars de combat revêtus de fer, force effrayante à laquelle, à ce jour les tempêtes du désert du Sinaï ne sauraient se comparer.
Ces guerriers armés de cuirasses menacent l’Egypte de grandes calamités, lui prédisent les mages, leurs chars de guerre sont faits de cette variété robuste de cèdre qui ne croît que dans la vallée de l’Ararat, et dont le bois a la résistance du fer fondu par les habitants de l’Arménie. Nul n’a encore réussi à pénétrer dans ce vaste pays d’origine volcanique, d’où naissent l’impétueux Tigre et le riche Euphrate ; en outre, l’idiome de ces montagnards, affirmaient les Egyptiens les plus savants en la matière, est totalement différent des idiomes connus. Ce peuple barbare se nomme d’une telle manière qu’il est impossible d’exprimer son nom au moyen de quelque signe parmi les milliers de hiéroglyphes égyptiens. Ils se dénomment Haïk ou quelque chose dans ce genre, mais personne ne le sait de manière certaine, vu que le nom de ces montagnards est imprononçable. C’est ainsi que fut informé le pharaon par ses mages avisés et les fidèles explorateurs qui revenaient de la frontière assyrienne.
Alarmé, le pharaon rassembla des troupes de tous les confins de la grande Egypte.
Telle une tempête, les chars légers de combat des envahisseurs nordiques firent irruption en Egypte. Leurs sabres impitoyables, qui fendaient comme des bougies les cuirasses des légions d’élite du pharaon, la meilleure armée du monde, semblaient des rayons de soleil. Les cuirasses indestructibles des conducteurs de chars, leurs flèches de fer à grande portée, semaient la frayeur parmi les Egyptiens. De robustes coursiers, jusqu’alors inconnus des Egyptiens, piétinaient de fureur et mettaient en fuite la célèbre infanterie égyptienne. Tout fut foulé aux pieds, détruit, anéanti par cette irrépressible force d’invasion. La grande Egypte tomba. L’armée du pharaon fut mise en déroute dans le désert du Sinaï, les temples et palais d’Egypte furent dépouillés et incendiés.
Voilà ce que disaient les hiéroglyphes hérités des anciens Egyptiens, témoins oculaires de cette époque désastreuse. Cette triste histoire fut lue et exposée pour la première fois au monde par le prêtre Manéthon [de Sebennytos] à la fin du 4ème siècle avant notre ère. Manéthon écrivait en grec et par conséquent hellénisait, ajoutant aux noms et aux dénominations les terminaisons en « o » et « sos ».
Malheureusement, l’œuvre de Manéthon n’a pas été conservée. Ne nous sont parvenus que quelques fragments isolés, issus de sources indirectes. Seule l’œuvre d’un écrivain, Eusèbe Kesaratsi, qui, à la différence des autres, utilisa directement l’œuvre de Manéthon, a été conservée dans sa version arménienne. Cette traduction de « chronologies » par Eusèbe Kesaratsi, constitue une source rare, singulière en son genre, des plus précieuse et digne de foi, vu que la probabilité d’interprétation tendancieuse est minime dans ce cas. Et cette source en particulier représente un très grand intérêt. Il se confirme que, tandis que les autres sources nomment Hyksôs les conquérants (« Hyk » est la racine et « sos » la terminaison), conformément aux « chronologies » de Kesaratsi, le nom plus exact de ces derniers doit être « Hak ».
En 1962, nous nous sommes intéressés à ce fait de « chronologies » et nous avons défendu la question d’une similitude avec la dénomination ethnographique arménienne des termes « Hai » ou « Haik ».
De fait, l’égyptien ancien était dépourvu de la voyelle « i » et il était impossible de l’exprimer au moyen des hiéroglyphes égyptiens.
Si les anciens Egyptiens avaient tenté d’écrire par des hiéroglyphes le mot « haik », celui-ci aurait pris la forme « hak », car dans les hiéroglyphes égyptiens, il n’existait aucun signe équivalent à la voyelle « i ». Kesaratsi considère ainsi comme la plus probable la dénomination « hak » réservée aux envahisseurs.
Ici surgit une interrogation. Et si par hasard ne se cachait pas, dans l’expression « hyksôs », le terme ethnique arménien « hay » ou « hayk » ? S’il n’existait que cette preuve, celle-ci serait insuffisante, car cette similitude pourrait être extrêmement hasardeuse et prêter aisément à équivoque. Voilà pourquoi il est nécessaire de recourir à d’autres preuves supplémentaires et les analyser dans leur totalité, d’une point de vue unifié.
Manéthon déclare que les envahisseurs Hyksôs provenaient du pays de « Hurí », connu des érudits comme les plateaux d’Arménie. Surgit une question : « Et si par hasard, au 18ème siècle avant notre ère, avait pu exister à l’intérieur des frontières des plateaux d’Arménie un peuple qui se serait appelé « Hay » ?
Il semble que oui. D’après les informations provenant de sources hittites, dans la première moitié du second millénaire avant notre ère, existait dans les étendues des plateaux d’Arménie l’Etat de « Hayasa », que le célèbre historien et linguiste soviétique, l’universitaire Krikor Ghapantsian, nomma « Hayerí orrán » (berceau des Arméniens).
Ainsi, si nous nous transportons mentalement au 18ème siècle avant notre ère et que nous nous dirigions vers la patrie des Hyksôs située sur les plateaux d’Arménie, nous y trouverons l’Etat de « Hayasa », habité par le peuple dont le nom ethnique contient la dénomination plus exacte des Hyksôs. Par conséquent, nous possédons déjà davantage de preuves pour avancer que les Hyksôs sont les ancêtres des Arméniens du pays d’Hayasa. Nous sommes déjà en possession de deux preuves en faveur de l’hypothèse selon laquelle les Hyksôs sont les ancêtres des Arméniens. Cependant, ces preuves de grande valeur doivent être confirmées à l’aide d’autres faits.
Les Hyksôs enseignèrent aux Egyptiens la manière de fondre et de produire le fer. Par sa dureté et son tranchant, le sabre en fer était supérieur à celui en bronze. Les armures forgées en fer étaient plus sûres que les cuirasses en cuivre et en bronze. Ces faits contribuèrent au triomphe des Hyksôs en Egypte. Ils pratiquèrent les armes en fer avant les Egyptiens. D’après l’avis unanime des archéologues dans le monde, la fonte du fer fut réalisée pour la première fois dans les limites du territoire de l’Arménie au début du 2ème millénaire avant notre ère, autrement dit dans la patrie des Hyksôs, où existait à cette époque l’Etat de Hayasa, « berceau des Arméniens ».
Comme l’on sait, après avoir conquis l’Egypte, les Hyksôs y établirent leur pouvoir et fondèrent une nouvelle dynastie, laquelle dura jusqu’en 1580 avant notre ère. Les pharaons Hyksôs s’efforcèrent naturellement de développer le pays qu’ils avaient soumis et de consolider leur pouvoir. Cette époque se caractérisa par un progrès de la culture égyptienne. Mais il convient de rappeler que le peuple égyptien se montra hostile à l’égard des conquérants et ne cessa de lutter pour se libérer du joug étranger.
Les Hyksôs réalisèrent une prouesse scientifique en Egypte, laquelle laissa une empreinte indélébile sur l’histoire culturelle de l’humanité. Ils créèrent le premier alphabet hiéroglyphique au monde. Et de fait, la comparaison des signes hiéroglyphiques hyksôs avec ceux découverts en 1963 à Metsamor (Arménie) et ceux qui figurent dans les manuscrits arméniens conservés au Matenadaran, démontre qu’il existe entre eux un lien génétique indubitable ;ils sont pratiquement identiques. Il est difficile de sous-estimer l’importance de cette observation.
Les Hyksôs réalisèrent leurs invasions dans des chars de combat revêtus de fer, lesquels, grâce à leur potentiel d’assaut, laissèrent stupéfaits les Egyptiens. L’on sait que le bois de ces chars provient d’un arbre qui ne croît que sur les hauteurs du Mont Ararat et à Trébizonde, autrement dit, dans la patrie des Hyksôs. De plus, les Egyptiens donnaient à ce char de combat le nom de « varat », dont la première syllabe « var » signifie « ghek », « ghekavarel » [diriger] en arménien, et d’où vient le verbe « varel ».
Sur les rives du Nil, les Hyksôs fondèrent une nouvelle capitale, qu’ils nommèrent « Avaris ». Le « is » représente ici la terminaison des noms propres du lieu (par exemple : Apracunis, Jaracunis, Aravis, etc.) et la signification de « avar » en arménien est claire : butin de guerre. Le nom d’un des rois Hyksôs fut Hian, lequel est comparable au mot arménien « hianalí » [merveilleux].
Les Hyksôs perfectionnèrent le calendrier égyptien, introduisant l’année stable au lieu de celle variable. Un perfectionnement d’une telle nature était impossible à réaliser sans posséder de solides connaissances en astronomie. Les habitants de l’Arménie ne détenaient-ils pas par hasard des connaissances de cet ordre ? Les recherches en histoire de l’astronomie le confirment : Olcott, Maunder, Schwarz, Flammarion, entre autres (1). Ces derniers soutiennent que les constellations furent signalées pour la première fois en Arménie et que l’achèvement de cette entreprise très ancienne date de 2800 avant notre ère. En Arménie, aux alentours de Sanahin, les archéologues ont découvert un calendrier circulaire (2ème millénaire avant notre ère), dans lequel sont reproduites les sept « planètes » (le soleil, la lune et les cinq planètes observables à l’œil nu), correspondant aux sept jours de la semaine. Ce calendrier est intéressant du fait que, selon les chercheurs B. Tumanian et A. Mnatsakanian, il marquait l’année stable. L’équinoxe de printemps était considérée comme marquant le début de l’année.
En 1963, parmi les inscriptions hiéroglyphiques de Metsamor, nous avons découvert et décrit un signe géodésique d’astronomie, datant du 19ème siècle avant notre ère. Intéressant aussi en tant que preuve sur le plan anthropologique. Le souverain hyksôs se distingue des Egyptiens par son nez aquilin, la largeur de ses yeux légèrement saillants, la courbure épaisse de ses sourcils et la ligne de ses lèvres, autrement dit par la structure générale de son visage.
Alors que, dans sa partie supérieure, la couronne des pharaons égyptiens a une forme évasée par les signes impériaux de rigueur sur le front (serpent et autres), le roi hyksôs arbore un casque pointu avec une flèche frontale.
La figure sculpturale du roi hyksôs qui a été trouvée en Egypte et qui est actuellement conservée au Louvre, est un échantillon anthropologique du type arménoïde ancien (17ème siècle avant notre ère) et un échantillon bien conservé, d’après lequel il est possible d’apprécier quel aspect avaient les anciens Arméniens, il y a 3 700 ans.
Nous avons ainsi établi toute une série de faits, qui relient les Hyksôs aux ancêtres des Arméniens. La synthèse de toutes ces preuves nous permet d’avancer l’hypothèse selon laquelle les Hyksôs mentionnés dans les sources égyptiennes sont originaires de ce grand centre de civilisation qui existait dans les plateaux d’Arménie, à savoir l’Etat d’Hayasa-Hayk.
Si un jour vous avez la chance de visiter l’Egypte, observez attentivement la momie du dernier pharaon de la dynastie du Moyen Empire et la cicatrice qui divise en deux son visage.

[Surén Aivazian enseigne l’histoire à l’Université d’Erevan.]

NdT :

1. William Tyler Olcott (1873-1936), avocat et astronome américain – Edward Walter Maunder (1851-1928), astronome anglais, versé dans l’étude de la Bible – Camille Flammarion (1842-1925), astronome français.

Sur les Hyksôs (XVe dynastie, v. 1663-1530), voir aussi l’intéressante synthèse historique de Joël Guilleux, parue in http://antikforever.com/Egypte/rois/hyksos.htm.

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Source : http://www.sardarabad.com.ar/wp-content/uploads/2010/07/1563color1.pdf (1ère partie) - http://www.sardarabad.com.ar/wp-content/uploads/2010/07/1564color.pdf (2de partie)
Traduction de l’espagnol : © Georges Festa – 07.2010.