mardi 3 août 2010

Achot Achot - Interview

© Achot Achot / www.underconstructionhome.net

Entretien avec Achot Achot

par Christopher Atamian

The Armenian Reporter, 09.05.09


- Christopher Atamian : Quel est le titre de ton œuvre à la Biennale de Venise ?
- Achot Achot : Toutes mes œuvres s’intitulent AFACTUM, un titre que je donne à toutes mes réalisations depuis 1990. C’est un mot inventé qui signifie non-fait, une action en dehors de faits matériels.

- Christopher Atamian : Peux-tu la décrire, ainsi que les idées ou le sujet qui sont derrière ?
- Achot Achot : Créer est un moyen d’harmoniser mon existence. Je m’intéresse surtout à la réalisation de soi, la différence entre corps et âme, les formes subtiles d’existence, la traduction de mes extases et mes souffrances morales. L’art est un autre moyen de communiquer avec Dieu, une façon de prier.

- Christopher Atamian : Comment cela cadre-t-il avec ton œuvre précédente, si tant est ?
- Achot Achot : C’est un résultat logique de toutes mes recherches spirituelles et philosophiques. Je découvre souvent les mêmes relations plastiques ou artistiques en elles.

- Christopher Atamian : Où es-tu né et où as-tu grandi ?
- Achot Achot : Je suis né en Arménie en 1961 et j’ai quitté le pays en 1993 pour m’installer pour de bon en France, où je vis actuellement.

- Christopher Atamian : Dans quel état se trouve le monde de l’art dans ces deux pays et que peut-on faire pour améliorer les choses (enseignement, musées, visibilité, formation des conservateurs, etc) ?
- Achot Achot : Dans le monde entier, l’art est gravement malade. J’ai réalisé une performance sur ce thème à Columbia en 2005. Aujourd’hui, l’art contemporain souffre d’une maladie non identifiée, qu’il est difficile pour beaucoup d’identifier, mais pour moi c’est très clair : il a été totalement inventé à des fins de propagande et de contrôle. Contemporain par rapport à qui et à quoi ? Où commence l’art contemporain et où finit-il ? Peu importe le moyen : peinture, installation, vidéo, photo, etc. L’art contemporain est un esprit qui contrôle la mentalité des artistes afin qu’ils restent asservis à la politique (gouvernementale) et à son service. Avec ce cliché l’on impose une façon de penser et l’on nous prive de notre liberté morale ! Pour sortir de cette situation, nous devons travailler en direction d’un véritable enseignement, fondé sur la transmission désintéressée de la connaissance, libre de tout jugement de la part du marché de l’art.

- Christopher Atamian : Une question difficile : pourquoi n’y a-t-il plus de « grand » artiste arménien depuis Gorky ?
- Achot Achot : D’un côté, Gorky est un excellent artiste et, de l’autre, il s’inscrivait dans un mouvement qui fut très encouragé. Ses relations avec Kooning, Breton et d’autres jouèrent un rôle important. A ce jour, il n’y a pas d’artiste arménien aussi célèbre que Gorky, non parce que nous manquerions de grands artistes, mais à cause du « karma » des artistes arméniens actuels. Cela changera sûrement un jour et nous aurons alors d’autres artistes arméniens célèbres.

- Christopher Atamian : Pourrais-tu présenter une ou deux œuvres antérieures que tu aimerais porter à la connaissance des lecteurs ? Prends la liberté d’expliquer ton travail ou tes préoccupations théoriques, comme tu l’entends.
- Achot Achot : Toute mon œuvre a partie liée avec une compréhension large de l’existence humaine. Pour moi, l’art n’est pas un métier : c’est une façon de comprendre et d’expliquer le monde. Je crée souvent des œuvres dérangeantes pour réveiller mes spectateurs, pour susciter leur attention. Je m’intéresse aussi à la médecine, à la philosophie et à la religion – autant de choses que j’exprime aussi dans mes œuvres.

- Christopher Atamian : Tu écris dans le catalogue « This PLACEd » que « tu as grandi en URSS, mais que tu n’en avais pas conscience » et que « tu filais des bakchichs au marché, mais que tu n’en avais pas conscience. » Peux-tu expliquer ce que tu veux dire ?
- Achot Achot : L’apôtre Paul disait que nous ne sommes pas pêcheurs, quand il n’y a pas de loi ; mais maintenant nous le sommes, car la loi est instituée.

- Christopher Atamian : Mon œuvre pour la Biennale de Venise est centrée sur Nigoghos Sarafian et les questions de langue et d’exil. Pourrais-tu commenter quelque aspect qui t’intéresse autour de ces thématiques ? Comment la langue nous structure-t-elle ou comment sommes-nous structurés par la langue, en particulier vivant en diaspora ? Sarafian écrit : « Notre patrie nous a échappé, nous avons été jetés à la mer. C’est peut-être le meilleur moyen d’apprendre à nager. » Sommes-nous des Michael Phelps ou une bande de gamins qui s’ébattent dans un petit bassin ?
- Achot Achot : Si nous éliminons notre langue en dehors de l’Arménie, nous éliminons aussi la diaspora. Arménien occidental contre arménien oriental ? Je suis convaincu que la langue officielle de chaque Arménien dans le monde doit être la langue officielle de l’Arménie. Nous pouvons parler tous les dialectes que nous voulons entre nous, mais ce qui est officiel doit être dans la langue du pays officiel.

- Christopher Atamian : Merci à toi.

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Source : http://www.reporter.am/pdfs/AE050909.pdf
Traduction : © Georges Festa – 11.2009.
Avec l’aimable autorisation de Christopher Atamian.

site d’Achot Achot : www.afactum.com