jeudi 5 août 2010

L'arbre à prières / The Wish Tree

Arbre à prières, Yeghvard, marz de Kotayk (Arménie, 30.11.2009)
© Winfried Wermirzowski / whl.travel



Lointain danseur bamiléké, exorcisant des forces souterraines, trop visibles. Ou foule miséreuse d'un Opéra de Quat’sous, surgie de son no man’s land, criant au ciel, aux éléments. Car dans cet arbre de Noël bidonville, cet ex-voto aux linges bariolés, porte-drapeaux de mille et une détresses, comment ne pas voir des bras qui se tendent, de précaires attroupements ? Zombies haïtiens égarés sur les landes du Caucase ? Carnaval grotesque, énième mât de cocagne ? Ou tout cela à la fois. Caracolant, piétinant de joie et de désespoir. Bondye bon ! Et puis ces ombres qui lèchent le décor, comme en retrait. Ils, elles sont venus, si nombreux, peut-être en secret. Qui dira ce lent paganisme indompté, issu du fond des âges ? Où l’on convoquait le feu, la terre. Tout ce qui pouvait faire surgir la vie. Redonner force, sens. Face au chaos menaçant. L’arbre se fait grotte, église clandestine. Au creux de sa ramure se dissimule une source secrète, farouche. Parmi l’ombre et le tressaillement du feuillage deviner l’appel. La complicité des meurtris. Hommes ou plantes, un même combat. Millénaire. Enracinés, déracinés. Replantés, brûlés. Qu’importe. L’arbre est là, de toute éternité. Cette éternité méprisée, écrasée. Celle des exclus, des sans voix, hors du ban. Et puis ce vent, un temps arrêté. Qui portera les appels, les confidences. Fanions multicolores, marquant le sillage. Traçant la voie. Arbre repère, sur la route de tous les mensonges. Arbre chaman, où tu peux déposer ton fardeau. Tous les mots. Toutes les langues. Morts, naissances. Crimes, grâces. L’ultime veilleur, à qui l’on confie l'impossible mirage. Savoir se concilier la nuit et le midi. En appeler aux anges et aux djinns. Arbre mage. Dzar / mok.


© georges festa – 08.2010.
Cliché : http://www.flickr.com/photos/whltravel/4146517387/