dimanche 19 septembre 2010

Ruben Mangassarian - La Vie en noir / Black Life

Ruben Mangassarian, La Vie en noir
© Hetq.am

La Vie en noir
Le photo-reportage de Ruben Mangassarian tente de changer la vie des Gadian

Hetq, 15.09.10


Le 16 septembre 2010, à 19 h, s’est ouverte l’exposition « La Vie en noir » à la Galerie d’Art au 52 rue Leo à Erevan. Ce photo-reportage est consacré à une famille de réfugiés arméniens vivant dans le village de Bagratashen (marz du Tavoush). Le célèbre photojournaliste arménien Ruben Mangassarian a suivi l’histoire de la « vie en noir » de cette famille durant plus de 6 ans. Certaines de ces photographies ont été publiées par de grands médias internationaux comme la BBC et Days Japan.

Grâce à ses photographies, Ruben a trouvé à travers le monde les moyens de soutenir cette famille en lutte. Et pourtant cette famille continue de vivre dans des conditions toujours aussi épouvantables. L’ambition de cette exposition est de présenter le travail réalisé par Ruben dans le cadre de ce projet, témoignant de la capacité des médias à attirer l’attention de gens de plusieurs continents sur une pauvre petite famille vivant dans une zone frontalière de l’Arménie. L’exposition vise aussi à attirer davantage de soutiens pour cette famille et résoudre enfin ses problèmes.

La Vie en noir des Gadian traite de la grande pauvreté, du traumatisme et de la misère sordide. Le poêle familial, alimenté principalement de matières plastiques, est muni d’un tuyau percé, diffusant une épaisse fumée dans le foyer, recouvrant tout de suie.

Lida Gadian, 45 ans, est une réfugiée de Bakou, Azerbaïdjan, où elle faisait la vaisselle dans une cantine. Durant les années 1990, Lida s’enfuit à Bagratashen avec son fils et sa mère ; son mari l’abandonna. Durant ses dix premières années en Arménie, Lida travailla comme prostituée, donnant entre temps naissance à sept enfants. Elle en laissa deux à l’hôpital, un autre est mort-né et un autre encore mourut de faim, âgé de cinq mois.

Lida vit maintenant avec ses fils Armen (18 ans) et Artur (9 ans), et ses filles Mariam (16 ans) et Maria (6 ans), toutes deux ayant pris le nom de la Vierge Marie. Asya, la mère de Lida, est morte depuis trois ans. Armen et Mariam n’ont jamais été à l’école. Ils n’ont pratiquement jamais quitté le foyer, devenant sauvages et insociables.

Il y a sept ans environ, Lida a quitté avec sa famille une caravane pour un appartement réservé aux réfugiés, sans électricité, ni eau, ni toilettes. Lida a abandonné la prostitution, puis s’est lancée dans un petit commerce de cigarettes, à peine suffisant pour survivre. Maintenant elle ne travaille plus du tout et s’appuie sur l’aide sociale : 30 000 drams (moins de 100 dollars) par mois. Elle et ses enfants ont toujours faim.

Lida ne peut se permettre du bois de chauffage. Elle ramasse donc des ordures comme combustible. La fumée épaisse produite par le plastique qui brûle pénètre à travers les trous du tuyau de poêle, envahit l’appartement et noircit tout. Difficile de retrouver quoi que ce soit dans la maisonnée, qui ne soit pas noir. Les murs, les rideaux, la literie, les gens : ici tout est noir.

Ruben Mangassarian a pris régulièrement des photos de cette famille, de 2003 jusqu’à sa mort en 2009. Au fil des ans, son photo-reportage fut publié dans des médias locaux et internationaux et exposé lors de festivals : Visa pour l’Image (Perpignan, France), Photoquai (Paris, France), Interfoto (Moscou, Russie), Days Japan (Tokyo, Japan), etc.

En voyant ses photos, des gens de nombreux pays proposèrent leur aide. Lorsque cette histoire parut sur les actualités en ligne de la BBC, Ruben Mangassarian reçut de nombreuses réactions d’internautes. Un grand nombre de gens des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, d’Australie, de Russie et d’autres pays envoyèrent à Lida argent, nourriture et vêtements.

A mesure que cette aide se mit à affluer, le mode de vie des Gadian s’améliora. Puis, lorsque cette campagne caritative s’acheva, la famille de Lida retomba dans sa Vie en noir.

Peu de temps avant sa mort, Ruben Mangassarian décida d’agir, afin de résoudre une fois pour toutes les problèmes des Gadian. « Ces gens sont incapables de renoncer d’eux-mêmes à leur vie en noir, écrivait-il quelques jours avant sa mort. Ils vivent toujours dans le stress de la guerre du Karabagh, isolés du reste du monde. La mère a des problèmes psychologiques, la grand-mère est morte et les enfants ne sont pas allés à l’école primaire. Si personne ne les aide, ils sont condamnés à vivre une vie en noir. »

Un groupe s’est créé sur Facebook, qui peut être utilisé pour lancer une action de solidarité visant à changer la vie de cette famille. Les membres de ce groupe pensent pouvoir réussir et veulent montrer au monde que la photographie peut aider socialement des populations vulnérables. Ce qui peut constituer un bon exemple pour la société : les gens réaliseront que le changement peut vraiment se produire.

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Source : http://hetq.am/en/society/sev-kyanq/
Traduction : © Georges Festa – 09.2010.