dimanche 19 septembre 2010

Sarkis - "Une icône" / "An Icon"

© Yapı Kredi Yayınları, 2010

Un artiste fait de sa maison familiale en Turquie une icône

par Vercihan Ziflioğlu

Hürriyet Daily News, 15.09.10


[L’artiste français Sarkis, né en Turquie, a organisé plus de 500 expositions d’œuvres d’art conceptuel à travers le monde. Dans sa nouvelle exposition, « Une Icône », il donne à voir une représentation iconique de la maison de sa famille de la rue Çaylak, dans le quartier de Şişli à Istanbul, utilisant de l’or massif. « Où que je vive, je n’arrive pas à rester loin d’Istanbul. J’existe avec la langue de cette ville. », dit-il.]

Selon Sarkis Zabunyan, artiste de réputation mondiale, où que l’entraîne son œuvre, il lui est impossible de demeurer loin d’Istanbul et de sa maison de la rue Çaylak, à Şişli, où il est né.

« Où que je vive, je n’arrive pas à rester loin d’Istanbul ; j’existe avec la langue d’Istanbul », déclare Sarkis, lors d’un récent interview pour le Hürriyet Daily News and Economic Review. Même si ma mère et mon père sont morts, je les retrouve ici lorsque j’ouvre la porte de notre maison de la rue Çaylak. »

L’on ignore si la maison située dans la banlieue stambouliote de Şişli, où il vécut avec sa famille, sera transformée en un musée par le ministère de la Culture, mais Sarkis revient toujours dans la ville où se trouvent ses racines, car pour lui Istanbul représente une inspiratrice unique.

Considéré comme un maître dans le monde de l’art contemporain, auteur de plus de 500 expositions à travers le monde durant ses 50 ans de carrière, non content d’avoir enchaîné les expositions à Istanbul l’année dernière, Sarkis a décidé, pour cette saison, d’en installer une nouvelle, intitulée « Une Icône » à la galerie d’art Kazım Taşkent du Centre Culturel Yapı Kredi sur la place Taksim.

L’exposition, dont le commissaire est René Block, en collaboration avec Melih Fereli, dure jusqu’au 20 octobre et comportera des séances de signature avec la fille de Sarkis, Elvan Zabunyan, historienne de l’art, dont le nom figure sur un ouvrage accompagnant l’exposition, intitulé Sarkis : Ondan Bize / De lui à nous, publié par les éditions Yapı Kredi.

L’éclat serein de l’or massif

Dans cette exposition, la maison de Sarkis de la rue Çaylak est traitée comme une immense « icône », réalisée en or massif. Les panneaux en bois qui relient l’or massif tel un tapis semblent inanimés, tout en donnant l’impression qu’ils se refermeront soudain, livrant quelque révélation. « En fait, le réceptacle de l’icône reste au milieu pour l’instant, mais sa couverture implique que cette icône ne lui appartient pas. Dès que les panneaux se refermeront, l’icône se déplacera car l’exposition est emplie de vie. », précise Sarkis.

Il compare la présente exposition avec « Site », l’an dernier, qu’il donna au Musée d’Art moderne d’Istanbul. « Dans cette exposition, il y avait des milliers de linteaux, c’était comme un hurlement. Il s’agissait d’une méga-exposition. « Une Icône » est plus une exposition en miniature, sereine et ouverte aux innovations. Et qui prendra d’autres appellations à mesure qu’elle s’agrandira. »

L’exposition est comme imprécise ; l’éclat de l’or massif séduit le passant, tandis que l’effet de souffle puissant créé par des ventilateurs au plafond et les sonorités d’une ancienne cloche murale conduisent les visiteurs vers des espaces temporels sans fin.

Sarkis déclare avoir créé cette œuvre, « Une Icône », afin de mettre en lumière ce sentiment de temps qui n’a pas de fin.

Tandis que la maquette de la rue Çaylak, réalisée en or massif, invite le visiteur vers un monde quasi fantastique au premier étage, une atmosphère très différente domine dans le second. Lorsque l’on monte les marches, l’on se retrouve entouré par des néons et l’obscurité. « Les néons et l’obscurité symbolisent les sombres années de la Seconde Guerre mondiale », explique Sarkis, qui ajoute : « Durant mes 50 ans de carrière, jamais je n’ai monté une exposition aussi sereine. Avec cette exposition, je mets un point final à mes 25 dernières années. En même temps, je découvre une vie nouvelle via cette icône. »

Le point de vue d’Elvan sur son père

L’artiste Sarkis, 72 ans, évoque la rue Çaylak durant notre entretien. Quand je lui demande s’il souhaite que sa maison devienne un musée, il me répond : « J’ai conservé la maison dans le même état que lorsque ma mère était vivante. Je n’ai changé aucun objet de place. Que la rue Çaylak affronte le temps à sa façon. Pour le moment, je n’ai pas envie d’interférer. »

Il évoque l’ouvrage que sa fille lui a consacré : « Jusqu’à présent, ma fille n’avait jamais écrit à mon sujet. C’est la première fois. Elle l’a fait, suite à l’insistance du commissaire de l’exposition, Block. Elvan a eu des difficultés pour l’écrire. Un conflit important l’opposait à son identité d’universitaire. Car c’est de son père qu’elle parle. Je ne voulais pas la voir en proie à ces conflits. Quand j’ai vu qu’elle avait des difficultés, je lui ai demandé d’arrêter, mais elle a continué et y est arrivée. »

Catalogue de l’exposition :
Elvan Zabunyan. Sarkis : Ondan Bize / From Him to Us. Yapı Kredi Yayınları, 2010. ISBN : 978-975-08-1839.

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Source : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=sarkis8217-family-house-becomes-an-icon-2010-09-14
Traduction : © Georges Festa – 09.2010.