mardi 26 octobre 2010

Alain Nahum

© Alain Nahum, 2005
Galerie BaltHazaR, Dona Levy

Alain Nahum - Papiers de nuit

Le Grand Pari(s) de l’art contemporain
Abbaye de Maubuisson, Val d’Oise, 12.09 – 10.10.2010

par Georges Festa


En la noche dichosa,
En secreto, que nadie me veia
Ni yo miraba cosa,
Sin otra luz y guia
Sino la que en el corazón ardia.

San Juan de la Cruz, Noche Oscura
Jean de la Croix, Nuit Obscure


De l’ordure à l’extase, de l’informulé au sacré, de l’anonyme à l’accompli : telles sont quelques-unes des variations formelles auxquelles nous convie le regard du photographe, égarés, puis éblouis. Dans cet alphabet de signes oniriques, arrachés à leur gangue d’asphalte, un monde éphémère échappe, entame une danse, s’élève jusqu’à nous.

- De tes draps froissés, une ramure inespérée. Oiseau phœnix ou mante religieuse. Une dernière fois, s’ébattre parmi l'infini étoilé. Tu te laisses porter, ensommeillé. Ultime rapt. Oublier ce qui toujours fit défaut. L’aigle blanc. De pauvreté et de merci. Vers ce qui n’a pas de nom.

- L’idéogramme enturbanné. Oiseau acéphale. Ou note d'écume. Rescapé de quel désastre. Enième caprice grotesque. Esquisse de carnaval. A la robe de plumes et de pantomime. Nul ne devine les fils. Qui animent la marionnette improvisée. De son pas incertain traversant les abîmes. Tu seras sauvé.

- Ne reste plus qu’un suaire. Froissé, écrasé. Torsions dernières. Reptile laineux, momie démesurée. Empreintes de ce qui n’avait pas de terme. Les amplitudes. Nageoires, encolures. S’ébattre parmi la terre. Mécanismes, pesanteurs. Menace surgie des grandes profondeurs.

- Autre pied de nez. Une constellation animale esquisse un pas de deux. Aux lambeaux savamment accordés. Nul ne doit voir le masque. A la double postulation. Se riant de l’égaré. Tu peux choisir encore. Le gardien n’aura de cesse. Seuil cannibale. Les monstruosités bouffonnes.

- De son mont drapé. Vierge détachée de la roche. Brandissant le sceptre. En apesanteur. Tournoyant au dessus. Prête à fondre. Ange de rémission. Ou de défaite. A jamais insaisissable. Entrailles de papier. Une forme se détache. Genèse lente, imparfaite. L’accouchement des mots.

- La diseuse de bonne aventure. Ou l’art de faire illusion. Versions du mirage. D’une main l’oiseau, le bouquet. Corne d’abondance, sandale. D’où s’échappent l’or, le satin. Nul ne saura. Dans ce patchwork de salissures et de grâce. Le mirage et sa clé. Dernière fête de Flore. Proclamant l’inutile.

- Le sacrificateur. Prêt à donner le coup de grâce. Vasque victimaire. Ou nacelle du naufragé. Eclairant la rive. Eclat de coquillage. Ou vestige de porcelaine. L’annonciation immémoriale. Un condamné aura laissé ce graffiti. Messagère de paix. Ou l’éternelle camarde. Au vautour salamandre.

- Le danseur. Au casque de rapace. Cauchemar d’Arcimboldo. Ou délire d’anatomiste ? Ici des muscles, là des crânes. En décomposition. Marqueterie aux ligaments. Fœtus cartographié. Ou cellule hypertrophiée. Dans ce mélange savant articuler la lettre. Les archipels à venir.

- Abattre les cartes. Ou la rencontre mille fois célébrée. Noces de l’oubli et du don. Rejoindre ceux qui ne sont plus. Les fragments de photographies. Tenter de recomposer le puzzle. Tu crois reconnaître. Passagère, épousée. Semeuse, musicienne. Collage, flashback. Donner ta nuit.


© georges festa – 10.2010

site de la Galerie BaltHazaR Dona Levy : http://donalevy.canalblog.com