vendredi 29 octobre 2010

Richard Nonas

Richard Nonas, Sans titre, 2010
Pierre – Dimensions variables
Galerie Anne de Villepoix, Paris
FIAC, Jardin des Tuileries, oct. 2010



Nés du feu et du tumulte. Déposés parmi la foule éphémère. Lourde, empêtrée. Déplacements d’atomes vibrionnants. Simple question de mesure. File de fauves immobiles, attendant. Un instant regroupés. Agrégeant leurs forces silencieuses. Météorites d’avant l’homme. Sur lesquels les millénaires, les écrasements. Miroitements d’automnes. Compressions sans nom. Surfaces en résumé. Jalons de hasard. Destinés à conjurer un temps. Le chaos, la dissolution. Les lettres de la phrase. Un sens informulé tente ici de se faire une place. D’articuler des passages. Eluder un temps la dévoration. L’engloutissement. Donner à voir l’obscénité terrestre. Linceul ordinaire des jours et des âmes. Dans cette exhibition minérale. Où s’épousent les contraires apparents. Galets en flottaison. Parmi d’autres galets. En mouvement. Enième jeu de go. Où il s’agit de traquer, mesurer. Combien de temps, de lieux. Autour de la digue. Vagues, halos de corps. Qui l’emportera ? Récit de la genèse. Tu as été pierre. Délivrance de ce qui n’a pas encore de forme. Ou plus. Alors peser, de tout son poids. Une dernière fois, éprouver l’instant, la seconde. Comme une rencontre inespérée. Dans laquelle l’immanent se fait matière. Le regard totalité. L’horizon basculement. Marches de bataille, tranchée. Car une guerre invisible, inexorable. Se livrant au cœur de la matière. Dans ce tournoiement d’aspérités, de silhouettes. Continents en miniature. Ou cailloux dérisoires. Affaire d’échelle, de résolution. Les jours jonchés d’obstacles. Où l’on ne peut plus avancer. Les repères barrés. Traverses. Déplacer les montagnes. Comme l’on se heurte au mur. Et si tout se jouait entre ? Parmi les ombres dissimulées. Trouver son fil d’Ariane. Dans ce resserrement, cet étouffement. Les façades aveugles, là où le souvenir s’efface. Le chemin rompu. Qui menait à la source. Tu suis la rive. Désormais asséchée. Ligne de fracture. Les frontières invisibles. Vanités qui te livrent une clef. Un temps reformer la totalité. Yin et yang. Aimantations formelles. Conjuguant creux et failles. Masses et arêtes. Faire barrage. Le signe plénitude. Epuisant toutes les langues. Etreindre cette déclinaison d’aubes et de brûlures. Ce qui a surgi. Domestication vaine. La main de l’homme. Il ne s’agit plus de découper, d’abraser. Simplement redonner place. Terre mère. Redistribuer les cartes. A ce jeu des siècles. Eprouver ce qui ne cesse. Plongé dans la gangue. L’éboulis. Dans ce mur défait réconcilier. Agrégats d’étoile. Nos Atlantides.

© georges festa – 10.2010