dimanche 3 octobre 2010

Shareen Anderson - Interview


Charents : In Search of My Armenian Poet
[Tcharents : à la recherche de mon poète arménien]

Entretien avec Shareen Anderson

http://armenianartistsnetwork.org



Filmé en Arménie, en Géorgie et en Turquie, ce documentaire constitue en fait une recherche et un point de vue sincère sur la vie et l’œuvre du poète arménien Yéghiché Tcharents. Avec pour toile de fond les lieux mêmes qui inspirèrent sa poésie, merveilleusement présentés, nous suivons un périple dans la vie et, principalement, l’âme de cette personnalité fascinante. Ayant connu des événements cruciaux de notre histoire, l’épopée de Tcharents révèle l’histoire et la culture moderne du peuple arménien, parfois par inadvertance. Présenté par des spécialistes, des poètes et des artistes, le film sollicite aussi le vécu des Arméniens, traversant leur quotidien avec son esprit toujours actuel.

- Armenian Artists Network : Pourquoi Tcharents ? Qu’est-ce qui, à son sujet ou dans son œuvre, t’a amenée à réaliser ce film ?
- Shareen Anderson : Lorsque j’étudiais la littérature russe à l’université d’Etat de Saint-Pétersbourg en Russie, ma tutrice de thèse me conseilla de comparer un poète symboliste arménien avec les symbolistes russes. A l’époque, j’étudiais aussi l’arménien et la littérature arménienne. J’ai pensé que ce serait une belle façon de connaître un des poètes arméniens. Nous avons alors, elle et moi, décidé que Tcharents serait un sujet passionnant. Voilà quand et comment je me suis familiarisée avec son œuvre. Naturellement, quand on étudie l’œuvre de quelqu’un, on doit aussi s’informer sur la vie de cette personne. La vie de Tcharents m’a paru très intéressante et dès que j’ai commencé à lire sa poésie et me renseigner sur sa vie, j’ai su que je ferais un film sur lui. 16 ans plus tard, j’ai finalement réussi à réaliser ce rêve.

- Armenian Artists Network : A la recherche de mon poète arménien. Pourrais-tu développer le sens du titre ?
- Shareen Anderson : Dans ce film, tout le monde est d’une façon ou d’une autre « à la recherche » du poète ; tel spécialiste recherche la dernière demeure du poète, tel autre son lieu de naissance, un troisième cherche et trouve l’amour de sa vie, sous l’égide de la poésie de Tcharents. Moi aussi, la réalisatrice, je suis en quête de Tcharents, ou d’une idée de lui, tentant de comprendre pourquoi cette personne et ses poèmes exercent un tel magnétisme sur moi et autrui.

- Armenian Artists Network : En tant que réalisatrice arménienne, y a-t-il un élément, technique ou autre, dans le fait de filmer un documentaire sur des sujets arméniens qui te semble banal ou absent ?
- Shareen Anderson : Je ne peux pas vraiment comparer mon approche du cinéma avec celle d’autres réalisateurs arméniens. Difficile donc pour moi de répondre s’il existe un élément, technique ou autre, qui serait absent dans le fait de réaliser un documentaire sur des thématiques arméniennes. Mais j’encouragerais volontiers davantage de réalisateurs à s’affranchir des règles et à penser hors du placard. Par exemple, une jeune réalisatrice arménienne, ayant entendu dire que mon documentaire allait dépasser une heure, a déclaré que les documentaires ne sont pas censés dépasser une heure, ce qui est très éloigné de la réalité. Il existe aujourd’hui de nombreux longs métrages documentaires sur le marché, et beaucoup dépassent les 90 minutes. Alors, peut-être, si je pouvais donner un conseil de plus aux autres réalisateurs de documentaires, ce serait de voir le plus de documentaires possible. C’est un bon moyen d’apprendre différentes techniques, styles et approches pour s’approprier des thèmes et des personnages, tout en élargissant ses horizons.

- Armenian Artists Network : Ce film inspire le spectateur. A ton avis, comment une connaissance plus approfondie de Tcharents et de sa poésie peut-elle toucher notre communauté ? Ou nos artistes contemporains ?
- Shareen Anderson : Je pense que les Arméniens d’aujourd’hui gagneront beaucoup à lire Tcharents. Une grande partie de son œuvre, à mon avis, concerne notre époque et continuera de le faire à l’avenir. Son œuvre ouvre aussi un aperçu sur une époque difficile et de défis dans l’histoire de l’Arménie – il a été témoin et écrit sur le génocide, la Première Guerre mondiale, la Révolution russe, qui finit par gagner l’Arménie, et il fut victime de la terreur stalinienne. Et autant il considérait l’avenir pour son inspiration, autant il considérait le passé. Par exemple, le cycle de poèmes inspirés par Sayat Nova est l’un des plus beaux que j’aie jamais lus.

- Armenian Artists Network : Des poèmes de Tcharents que tu préfères ? Ou des citations ?
- Shareen Anderson : Bien sûr, j’ai mes poèmes favoris ! Va voir le film pour les trouver !

NdT : Le film documentaire de Shareen Anderson a été présenté en première sur la Côte Ouest, le 25 septembre 2010 à l’Egyptian Theater de Los Angeles, lors du Festival du Film ARPA – site internet : http://affma.org.

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Source : http://armenianartistsnetwork.org/articles-interviews/charents-documentary/
Traduction : © Georges Festa – 10.2010