dimanche 17 octobre 2010

Yéguiché Tcharents

© Denis Donikian, Grand disque 1, 2000
Céramique à froid sur toile


Testament



Vois ! Une lumière nouvelle s’élève !
Qui conduit ici-bas ce soleil ?

Contemple cette étoile d’or,
Surgissant du feu,
Etreignant l’univers, chevauchant,
Avant l’aube, des coursiers de porphyre,
Insufflant lumière et extase,
Accordant au monde et aux hommes nouveaux
Une félicité et une harmonie sans fin.
Qui éveille cette lumière impétueuse
Ouvrant la voie d’un brasier pourpre ?
Quelle main, dis-moi, allume ce feu,
Eclairant de sa flamme et de son âme
Incandescente ? Qui enchâsse ce diamant dont l’éclat
Rougeoie avec une telle force
En son écrin assombri de nuit… ?

Sous le poids d’une vie de contraintes,
Plongé dans les profondeurs de la servitude –
Flot impétueux de sagesse
Dans cette plaine aride et malsaine –
De combien d’années et de siècles,
Dans ta si longue histoire,
Etreignant la vérité nue
De toute ta volonté, auras-tu été témoin… ?

Nulle rivière ne jaillit-elle pas, le long
Des sombres rives où gît notre patrie ?
Clamant contre la servitude,
S’écoulant à jamais dans un temps immémorial
Au travers d’hideuses ténèbres,
De l'aurore charriant les semences -
Frémissantes visions de rêves lointains
Nées sur ses vagues de toute éternité…
Sous le fardeau d’une existence
Que célèbrent chagrin et combats, âme
Toujours vive, flots en feu,
Embrasant à nouveau son flambeau pourpre
Et saluant le triomphe à venir…

De feu sont devenues les braises anciennes,
Rien n’arrête notre âme rayonnante,
A nouveau s’élève notre étoile scintillante
Dont l’éclat accompagne ce monde en flammes…
Reçois le soleil – le seul
A venir depuis toujours – et au-delà…
Qui toujours s’élève, toujours au faîte,
Libérant les cieux de leurs ombres,
Annonciateur d'une justice
Lavée des souillures et de l’impur…
De ses pennes ardentes il nous met en garde,
Nous intimant d'être prêts…
A jamais présent, à jamais éclatant.
Et qu’à jamais il demeure visible.

Puissent, dans ce feu et cet éblouissement,
De puissantes mains se saisir de cette échelle
Berçant notre esprit,
De peur qu’il ne fouille, abandonné de nous,
De béants et livides abîmes…
Noble page de notre grand passé,
Constant et juste telle l’âme de notre peuple,
Robuste pilier au royaume de sagesse.

Yéguiché Tcharents

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Adaptation : © Georges Festa – 10.2010
D’après une traduction anglaise de Tatul Sonentz.
Source : http://www.keghart.com/Charents_Sonentz