dimanche 21 novembre 2010

Mouvement Erroriste - Errorist Movement

© http://erroristkabaret.wordpress.com

Un mouvement erroriste à la Biennale

par Yasemin Sim Esmen

www.hurriyetdailynews.com


[Pour le collectif artistique Etcetera, basé à Buenos Aires, l’art peut contribuer à briser les stéréotypes et ouvrir de nouvelles portes. Le groupe rejette tout perfectionnisme et a lancé le « mouvement erroriste », thème de leur exposition à l’Antrepo 3, un événement de la 11ème Biennale internationale d’Istanbul.]

Exprimant leur opposition aux préjugés et au perfectionnisme, les membres du collectif artistique Etcetera, basé à Buenos Aires, présentent leur « mouvement erroriste » dans le cadre de leur exposition à la 11ème Biennale internationale d’Istanbul.

« Nous représentons ici un mouvement, le « Mouvement Erroriste International », précise Federico Zukerfeld, membre du collectif. Le mouvement, explique-t-il, a débuté, lorsque l’ancien président des Etats-Unis, George W. Bush, s’est rendu en Argentine en 2005.

« En Argentine, les gens haïssaient Bush. Alors ils ont manifesté contre lui. Et puis la loi anti-terroriste venait juste d’être votée, rappelle Zukerfeld. C’était un piège, car la loi présente les comportements symboliques comme dangereux. Disant que toute personne qui a l’air d’être terroriste est dangereuse. »

« On voyait aux actualités des mecs ayant l’air de Palestiniens en train de manifester. On nous donnait une fausse image de cette partie du monde, dit-il, faisant allusion à la représentation stéréotypée des Palestiniens en colère dans les médias. On s’est demandé comment répondre à ça ; il nous fallait tendre un miroir. »

Le collectif s’est mis alors à faire des recherches sur le terrorisme et un de ses membres, qui venait du théâtre, est arrivé avec l’idée de traiter l’idée du terrorisme à travers le théâtre. Mais, du fait d’une erreur d’orthographe, le titre de son intervention était « Errorisme et théâtre ». « Une vraie trouvaille ! Un mot ouvert qui nous permettait d’aborder le sujet », note Zukerfeld.

« Nous rejetons toujours l’erreur. Or, pour un erroriste, l’erreur est quelque chose de bien », ajoute-t-il. Zukerfeld explique que lorsque les membres du collectif ont réalisé des dessins, très réalistes, de mitrailleuses sur des bandes dessinées, ils ont failli être arrêtés : « On s’est rendu compte qu’il y avait un problème de représentation. »

C’est alors que le collectif décide de créer le « mouvement erroriste », un mouvement basé sur le fait de fabriquer des « erreurs », afin de briser les stéréotypes et les préjugés. Le mouvement s’est aussi développé dans d’autres pays. « On a décidé de faire la propagande pour le mouvement à Istanbul. On voulait montrer en Turquie ce qu’est l’errorisme, précise Zukerfeld. Istanbul foisonne d’errorisme. On remarque une structure urbaine [fondée là dessus]. Cette ville répond peut-être à l’errorisme. »

L’exposition, organisée à la façon d’un cabaret, présente Che Guevara et des personnalités turques, Hrant Dink, ce journaliste turco-arménien assassiné en janvier 2007 par un jeune ultranationaliste de 17 ans, et Deniz Gezmiş, un militant marxiste-léniniste qui fut l’un des membres fondateurs de l’Armée Populaire de Libération de Turquie (THKO).

Le THKO fut un mouvement clandestin armé de gauche en Turquie et Gezmiş fut condamné à mort et exécuté en 1972. Zukerfeld explique que le collectif a demandé aux organisateurs de la Biennale de choisir les personnalités turques présentées dans cette exposition.

« On voulait montrer ici les contradictions entre ce que nous voulons et leurs réactions négatives », dit-il. Un autre membre d’Etcetera, Loreto Garin Guzman, précise : « Les œuvres sont davantage vivantes. Pour nous, le public est le protagoniste de l’histoire. Si bien que le gens peuvent interroger les personnages. Voilà pourquoi nous avons conçu notre mise en scène. »

« On voulait jouer avec le stéréotype. La première réaction des gens, lorsqu’ils voient ces images, c’est la peur de la représentation, explique Zukerfeld. Parfois, il arrive que les gens rejettent telle personne, car ils appartiennent à une autre culture. Cela montre comment nous élaborons nos stéréotypes, sans voir l’individu dans l’autre. »

Les artistes définissent l’installation, proche du cabaret, comme une invitation : « Réfléchir sur les rêves, le changement social, etc… Pour nous, notre seule arme c’est la métaphore. »

« La seule manière d’ouvrir l’espace à des idées nouvelles et d’être capable de changer quelque chose, c’est d’accepter l’erreur, souligne Guzman. Car si l’on ne croit qu’en la perfection, on ne peut rien changer. Alors l’erreur c’est la clef qui ouvre [de nouvelles possibilités]. »

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Source : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=an-errorist-movement-at-the-biennial-2009-09-14
Article publié le 14.09.2009.
Traduction : © Georges Festa – 11.2010

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