mercredi 19 janvier 2011

EAST/WEST - Sex & Politics

© Galeria Alaska Productions, 2008


Le témoignage arménien d’Arman au cœur d’un documentaire sur la Russie gay au Festival du Film Gay et Lesbien de Londres

par Artmika

http://gayarmenia.blogspot.com


[Trois ans déjà… En direct du Festival du Film de Berlin… Trois ans… Le temps qu’il m’a fallu pour écrire cet article, ajoutant et corrigeant entre temps.]

Arman comprit qu’il était gay vers 12-13 ans, lorsqu’il eut le béguin pour son professeur de sport. Réaliser son homosexualité fut comme une souffrance pour lui, car il savait très bien que cela n’est pas « accepté », que ce n’est pas « normal » en Arménie.

Il y a quatre ans environ (au début des années 2000), il arrive à Moscou en quête d’une société plus libre. Malgré l’homophobie et la violence contre les gays à tous les niveaux de l’Etat, la société russe reste plus ouverte à l’égard des gays, de la sexualité et du sexe, comparée aux autres Etats post-soviétiques (ce qui était aussi le cas à l’époque de l’Union Soviétique).

[Un autre Arménien, Sacha – un Arménien de Géorgie – fait lui aussi une brève apparition dans le film. Arrivé en Russie pour les mêmes raisons.]

En fait, c’est à Moscou que, pour la première fois, Arman s’affiche comme gay. Mais pas à tout le monde, et sûrement pas à ses parents.

Reconnaissons que ce mec a du courage pour avoir décidé de participer aussi ouvertement à ce film et d’en devenir un des principaux protagonistes. Tout en regardant ce film, je ne pouvais m’empêcher de me demander ce qui se passerait si les parents d’Arman voyaient le film. Naturellement, personne ne s’attend à ce que ce genre de films soit diffusé en Russie et en Arménie, mais quand même… Maintenant, trois ans après la première projection d’EAST/WEST – Sex and Politics, je me demande s’il redoute toujours d’apprendre à ses parents qu’il est gay… Je me demande si toutes ces années (depuis le tournage jusqu’à maintenant) ont amené des changements dans sa vie. Il y en a eu sûrement. Mais de quel ordre ? En mieux, j’espère. Un gars courageux, de toute façon…

Plutôt beau mec, conscient sur le plan politique et social, sportif.

En arménien, précise-t-il, il n’existe pas d’équivalent à « homophobie », car ce problème est « inexistant » aux yeux de la société arménienne. Mais il relève que, paradoxalement, lorsqu’on se séjourne à Erevan, on peut avoir l’impression que tout le monde est gay, les mecs se baladant en se tenant par la main en public…

Un jour, il fut roué de coups, lorsque des skinheads russes néo-nazis firent un véritable carnage devant une boîte gay à Moscou. Ils agressaient, frappaient tous ceux qu’ils considéraient comme gays. Seul un miracle, souligne Arman, lui a permis de rester en vie, notant aussi que, dans son cas, la perception de son homosexualité ne joua peut-être pas un rôle important, mais plutôt son allure caucasienne, prononcée.

Même s’il est « lui-même » à Moscou, il ne semble pas vraiment heureux, regrettant que toutes ses rencontres finissent par être des coucheries d’un soir, ou des aventures sans lendemain… Mais il n’abandonne pas son rêve de trouver l’homme de sa vie.

Lors de la tentative pour organiser une Gay Pride à Moscou, qui fut interrompue par des violences de la part de fanatiques religieux orthodoxes et de néo-nazis, il reçut un appel l’invitant à une soirée. Il fut un peu consterné par cette invitation. D’après lui, d’un côté, des gens essaient de se battre pour leurs / nos droits et se font agresser, et de l’autre, le même soir, un autre groupe de gays qui font la fête. Je sais, il y a là comme un dilemme moral. Je suppose qu’on ne peut attendre de chacun(e) qu’il/elle lutte pour ses droits, etc. Il y a des gens qui veulent juste profiter de la vie, et c’est tout à fait acceptable, pas de problème pour moi. Pas besoin de préciser que je m’associe davantage avec Arman dans ce cas, qu’avec les fêtards, bien que – qu’on ne s’y trompe pas – j’adore faire la fête moi aussi.

Des mecs comme Arman pourraient représenter des modèles positifs pour les jeunes gays arméniens et ce film devrait leur être projeté. Bon, d’accord. J’arrête. Ce que je viens d’écrire paraît ringard. « Des modèles positifs »… Et encore j’utilise le terme au sens très large. En fait, je voulais juste dire que je sympathise avec des gars comme Arman.

Les gays russes, note Arman, sont divisés en chapelles. Bon, c’est aussi évident en Arménie (et dans d’autres pays), et pas seulement chez les gays. Il y a plein de chapelles dans toutes les couches de notre société. Arman tient néanmoins à préciser qu’il n’appartient à aucune d’elles ; il est un peu solitaire. Dans une telle situation, c’est mieux pour toi, Arman.

« Le pire pour les gays russes c’est d’être moche et pauvre. » [Toute l’assistance, y compris moi, éclate de rire…]

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Source : http://gayarmenia.blogspot.com/2011/01/armans-armenian-storyline-at-heart-of.html
Article publié le 12.01.2011.
Traduction : © George Festa – 01.2011.
Avec l’aimable autorisation d’Artmika.