vendredi 7 janvier 2011

Inknaguir / Inknagir n° 6

© www.inknagir.org

Non censuré ou non conforme ?
Nouvelle livraison de littérature provocatrice par Inknaguir

par Karine Ionesyan

www.armenianow.com


Après une interruption de deux années, Inknaguir, une revue littéraire controversée, paraît à nouveau et présente son site web mis à jour à l’attention des internautes, en dépit de critiques persistantes, selon lesquelles elle porterait atteinte à la littérature et confondrait sybaritisme et art.

Figuraient lors de la présentation de la revue, ce mercredi [01.12], de nombreux écrivains représentant l’Union des Ecrivains d’Arménie.
Ceux qui se considèrent comme écrivains relèvent désormais de ces deux entités apparemment antagonistes – l’Union des Ecrivains et Inknaguir. Toutes deux se regardent comme les seuls créateurs de la littérature arménienne moderne. La toute dernière livraison d’Inknaguir (traduction arménienne d’autographe, ou écrit personnel, qui rappelle aussi le samizdat, une forme clé de l’activité dissidente en URSS, lorsque d’aucuns reproduisaient à la main des publications censurées et se passaient les documents de lecteur à lecteur) présente les œuvres d’une vingtaine d’auteurs, tant poètes que nouvellistes. Sur son site internet – www.inknagir.org -, elle diffuse de même nombre d’œuvres encore inédites du grand poète arménien du 20ème siècle, Yéghiché Tcharents, à la thématique homosexuelle, qui suscitèrent il y a quelques années un certain émoi dans le monde littéraire. Les auteurs d’Inknaguir justifient la publication de ces textes ignorés, y compris le recours aux vulgarités et à la pornographie dans leurs œuvres, qui répondent, selon eux, à une demande du lecteur contemporain. La toute dernière livraison de la revue a été éditée à un nombre limité d’exemplaires. Si certains des 300 exemplaires ont été remis lors de la présentation, l’ensemble est accessible dans trois librairies d’Erevan (au prix de 1 500 – 2 000 drams, soit entre 4 et 6 dollars l’exemplaire). Selon Inknaguir, ce numéro a pu être publié « grâce à l’aide d’un ami arméno-égyptien ». Ce vocabulaire « non censuré » est aussi utilisé par Taisha Abelar (un pseudonyme), qui écrit depuis un ans et dont les œuvres ouvrent le nouveau numéro d’Inknaguir. « Les gens construisent leur vie à leur façon, et non en fonction de la société. A travers mes écrits je m’élève contre les stéréotypes actuels dans la société. Par exemple, j’ai écrit un roman, où j’aborde la question de savoir s’il faut être vierge [avant le mariage] », nous confie Abelar (qui nous a demandé de ne pas révéler sa véritable identité). Son opinion à ce sujet, précise-t-elle, s’est renforcée en suivant les statistiques de fréquentation sur son blog personnel – environ 400 lecteurs chaque jour. « Je trouve ridicule quand on me demande pourquoi j’utilise ce genre de vocabulaire, car ce genre de choses ont déjà été écrites depuis longtemps dans la littérature à travers le monde. » Inknaguir, précise Vahan Ishkhanyan, directeur d’Inknaguir et écrivain, est ouvert à tous ceux qui ont un style neuf et quelque chose de nouveau à dire – ceux qui les rejettent, selon lui, sont essentiellement ceux qui tentent de copier une littérature datée. Les membres de l’Union des Ecrivains d’Arménie reconnaissent ne pas lire la revue. Sur les 350 membres que compte l’Union, environ 200 sont véritablement des écrivains qui créent une littérature répondant aux normes de la littérature classique. Aux yeux d’Edward Militonyan, auteur de plus de 50 ouvrages et dont les récits figurent actuellement dans les manuels scolaires, la littérature est un domaine plus sérieux et si une « littérature érotique » est acceptable, une « littérature porno » ne l’est pas. « L’érotisme existe aussi au cinéma et en peinture, chose que l’on peut accepter, pas la pornographie. Enfreindre les tabous ne grandit pas les lettres. », nous précise Militonyan. Hovhannès Grigoryan, autre écrivain, admet qu’il connaît des auteurs talentueux pouvant décrire la « vie déchirée » d’aujourd’hui, mais refuse de tomber dans les extrêmes : « En débarrassant un jour les poèmes de Violette Krikorian de leur langage ordurier et obscène, j’ai découvert une poésie raffinée. Il n’y a qu’une seule explication à cela – le lecteur se détourne de la littérature et elle fait tout pour attirer son attention. »

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Source : http://www.armenianow.com/arts_and_culture/26225/armenia_literature_inknagir
Article publié le 02.12.2010.
Traduction : © Georges Festa – 01.2011.

site d’Inknaguir : www.inknagir.org