samedi 22 janvier 2011

Jean Rustin - Dans nos yeux

Jean Rustin, Sur la chaise du salon, acrylique sur toile, 195 x 130 cm, 1991
www.galeriesellem.com


Jean Rustin – Dans nos yeux
Galerie Samantha Sellem, Paris
Exposition 22.01 – 26.02.11


Jean Rustin ou l’extrême humanité

par Georges Festa


Quatre personnages en quête de réponses. Barreaux, murs, le tout se mêlant dans un décor bleui, assombri. Où l’on ne sait plus qui se détache de quoi. Lattes d’un banc qui tangue. Corps vêtus d’une tunique pénitentiaire ou psychiatrique. Enfants vieillards. Ici le temps n’a plus de prise. Mains jointes, invisibles ou qui s’appuient fébrilement sur des genoux. Comme disparues. Visages déjà lointains. Délavés. Qui ont traversé toutes les interrogations. Ne cherchant plus de réponses. Tu verras. J’ai bien essayé de tenir bon, malgré les coups. Les injustices. Les échouages du hasard. Ici ou, là, qu’importe désormais. Les quatre témoins égarés. Lèvres noircies, orangées. Nul besoin de maquillage. Sexes indifférents, interchangeables. Lente mutation. Et pourtant. Dans ce linceul sans nom, retrouver une aube. Les souffles, tes semblables. – Quatre personnages, acrylique sur toile, 195 x 130 cm, 2003

Face en gros plan. Dissimulée de moitié. Ce que disent ces mains d’enfance, de peur ou de refus. Emergeant de leurs ténèbres. Halos terreux. Lueurs roses. Mélange indistinct. Ne plus avoir les mots. Narines en surrection. Pris dans la nasse. Ou l’avènement inespéré ? Visage qui pourrait aussi bien se retirer. S’enfoncer irrémédiablement. Tant de blessures et pourtant. Tu es regardé. Le refus, la méfiance. Explorer les versions charnelles du trait. Les épaisseurs, strates de bleu. Tout ce qui tournoie autour du front, des doigts. Comme assailli. Sans amarres. Au bout des certitudes. Ce qui ne peut être dit. L’en deçà du langage. Cris, sueurs. Les corps désarticulés. Avoir traversé la vie comme un labyrinthe. L’instant à venir. L’autre qui observe. Dans ce monologue muet laisser transparaître. L’homme ne crie plus. Pas encore. Dans cet accompagnement. En partage. – Portrait, acrylique sur toile, 33 x 24 cm, 2009

Couple nu sur un lit. L’homme féminin, allongé de côté. Léchant sa compagne, bras et jambes écartées. Face au spectateur. Masculine de satisfaction. D’impudeur. Dialogue des gris et des chairs. Les parois noires. Bientôt le temps achèvera son œuvre. Moment dérobé. Après la jouissance. Les corps écrasés de pesanteur. S’étalant, s’ouvrant. Ici nulle pornographie. Nulle obscénité. Retrouver le jeu, la gratuité. Vanité des codes. Ce que le sexe donne à voir. C’est à dire le renversement. Langues et pilosités. Les paradoxes. Paumes approchant ou distantes. Sécrétions, ombres projetées. Tu m’as donné ta nuit. Décoloniser les rôles. Les autres se taisent, font semblant. Ou non. Masculin lesbien. Féminin solaire. Les irradiations. Entre cadavres et pantins. A mi-chemin entre disparition et naissance. Les extases renouvelées. Puisque tout se refermera. S’accorder. – Le soir, acrylique sur toile, 130 x 195 cm, 1998

Assis sur une chaise. Pantalon défait à mi-genoux. Ombre massive, indistincte sur le mur. Ramassée. Tout comme ces bras épousant le torse, mains croisées. Paupières, lèvres, tétons, gland. Rosis, tels des stigmates. Couloir de droite fuyant, gris bleu. Les murs qui finissent par s’entrechoquer. Cloisons d’une scène improvisée. Médicale. Quel est ce visage mat, refermé ? Boxé, survivant. Vois, je me mets à nu. Comme tant d’autres vendent leur corps ou leur temps. Le mendiant des mots. Tout reprendre à zéro. Car l’échec irréparable, le naufrage trop grand. L’injustifiable. Dans cet angle mort, une silhouette se découpant à la façon d’une fresque. En trompe l’œil. Ce pourrait être toi. Les véritables règles, les bienséances cachées. Trop cachées. Ce qui se donne à voir. Le précaire, le défait. L’innocence première. D’avant les masques. Les coups. – Sur la chaise du salon, acrylique sur toile, 195 x 130 cm, 1991

site de Jean Rustinwww.rustin.be

site de la Galerie Samantha Sellem : www.galeriesellem.com

à signaler la Rétrospective Jean Rustin
Fondation Jean Rustin - 24 rue Beaubourg, 75003 Paris
du 20.01 au 26.02.11