mercredi 5 janvier 2011

Speaking to One Another : Personal Memories of the Past in Armenia and Turkey / Se parler : mémoires personnelles du passé en Arménie et en Turquie

© DVV International, 2010


Speaking to One Another :
Personal Memories of the Past in Armenia and Turkey

Un ouvrage vise à lancer le dialogue entre Turcs et Arméniens

Massis Weekly, 01.01.2011


En dépit des préoccupations « officielles » quant au fait de savoir si des résolutions concernant les Arméniens sont votées par des Parlements nationaux ou si le génocide est reconnu par tel ou tel pays à travers le monde, les sociétés civiles turque et arménienne bâtissent lentement, mais sûrement, un avenir constructif.

Exemple récent de cet effort, qui s’est concrétisé, un nouvel ouvrage, Speaking to One Another : Personal Memories of the Past in Armenia and Turkey. La première partie, « Wish they hadn’t left » [Si seulement ils n’étaient pas partis], a été rédigée par le professeur Leyla Neyzi, de l’université Sabanci à Istanbul, tandis que la seconde, « Whom to forgive ? What to forgive ? » [A qui pardonner ? Que pardonner ?], l’a été par le professeur Hranouche Kharatyan-Araqelyan, professeur à l’Institut d’Archéologie et d’Ethnologie de l’Académie Nationale des Sciences d’Arménie à Erevan.

Le premier récit, intitulé « Wish they hadn’t left : The burden of Armenian memory in Turkey » [Si seulement ils n’étaient pas partis : le poids de la mémoire arménienne en Turquie] commence ainsi : « Un des Turcs que nous avons interviewés, parlant des Arméniens, a eu ces mots cités plus haut : « Si seulement ils n’étaient pas partis ! » Cette phrase est significative, car elle témoigne d’une vision nostalgique du passé, à travers laquelle une société perdue, faire de relations harmonieuses entre musulmans et chrétiens, est (ré)imaginée. Ce discours, qui romance le passé, élide aussi commodément la question épineuse des responsables, en laissant entendre que la plus grande partie des chrétiens de cette terre « partirent » de leur propre gré. »

La personne interviewée est Kamil, qui était étudiant à l’école primaire Gazi Mustafa Kemal à Aksehir, une ville du centre de l’Anatolie, au début des années 1960.
« Outre ceux qui, comme Kamil, regrettent la « séparation », il est d’autres qui veulent oublier et dissimuler « l’unité ». Kamil en rencontre encore, comme durant son enfance, et continue de protester. Lorsque la décision est prise de faire d’une église abandonnée un théâtre, la poussière des ans doit être dissipée : « Tandis que l’église est nettoyée à grande eau, l’homme décide d’orienter le tuyau d’arrosage vers un des murs. Au moment où le jet d’eau atteint celui-ci, les fresques, ici et là, apparaissent. Ils blanchirent ces murs à la chaux, car l’on ne devait pas savoir que des Arméniens vécurent ici. Imaginez la destruction ! » Autant Kamil se félicite de la restauration du hammam, qu’il connaissait comme celui des « djavours » durant son enfance, autant il déplore les murs blanchis à la chaux de l’église. »

Dans la seconde moitié de l’ouvrage, le récit d’un proche d’un survivant de 1915 hante le lecteur :
« Jamais dans sa vie grand-mère ne s’est réjouie de quoi que ce soit. Elle est morte en souffrant, ne cessant de répéter qu’elle payait ses péchés : elle avait abandonné sa petite fille sur la route […] Je ne sais pas, c’est une histoire très triste, sur leur route ils n’arrivaient pas à trouver de quoi se nourrir. Ils avaient quatre enfants, c’était une petite fille, elle pleurait tout le temps. Un soldat turc est arrivé, la frappait tout le temps, lui disant : « Dépêche-toi ! Traîne pas ! » Elle m’a raconté que son grand-père lui a dit : « Laissons cet enfant sur la route et partons. Au moins, on pourra sauver les trois garçons […] (Le témoin est ému, silencieux, tente de rassembler ses pensées…) Mourir a demandé beaucoup de temps à ma grand-mère. Elle ouvrait les yeux et disait : « Je souffre pour cette enfant que j’ai abandonnée ». »

L’ouvrage est publié en anglais, en turc et en arménien.
Pour Alin Ozinian, une turcologue installée à Istanbul, qui a traduit l’ouvrage de l’arménien en turc, le patrimoine de l’histoire orale est un moyen important de préserver l’histoire.
« L’histoire orale est peut-être la façon la plus romantique de préserver l’histoire. Ces récits sont très impressionnants. », dit-elle, ajoutant que l’ouvrage aidera les gens à parler davantage de leurs histoires personnelles, qui sont d’habitude cachées.
Le livre souligne le fait que les Arméniens ont maintenant une opportunité pour se rendre en Turquie. « Les gens viennent retrouver les villages de leurs ancêtres, parfois aussi les maisons où ils vivaient, les lieux importants dont leurs parlaient leurs grands-parents : le cimetière, l’église, les lieux sacrés, les arbres, les forêts. »

Signalons aussi une exposition qui s’est ouverte le 17 décembre 2010 à l’Espace Cezayir de Beyoglu, montrant les souvenirs de gens ordinaires d’Arménie et de Turquie sur leur passé commun, avec leurs mots à eux.

NdT : Traduction française en cours (Georges Festa).

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Source : http://www.massisweekly.com/Vol30/issue48/pg11.pdf
Traduction : © Georges Festa – 01.2011