dimanche 13 février 2011

Francesco Albano

© Francesco Albano, 35 kg, 2009
http://albanofrancesco.blogspot.com


Francesco Albano ou les dissolutions physiques

par Georges Festa


Tel un trophée ocre. Aux filaments distendus, tissant pleins et vides. Ici fut l’homme. Réduit à une carcasse exhibée. L’effondrement des proportions. Thorax démesuré. Obscénité du sexe. Tunique de Nessus ou costume de scène. Se défaire des conventions. L’enveloppe interchangeable. Moi ou toi. Ligaments en cascade, béances, pesanteurs inédites. Dans ce moulage terreux les pressions invisibles. Majeures. Epure momifiée. Dernier oriflamme.
Amulet series – Autoportrait, 2 septembre 2010

Tu décides de déposer. Sur ce porte vêtement improvisé. Argile épousant rides et finitude. Le corps relaps. Acéphale, démembré. Les parades quotidiennes. Ou comment se départir de la chair. Prendre ses distances. Finalement dans cet entre soi. Dialogue avec l’extérieur, l’apparence. Mais affranchi, hors sol. Vacance des âmes. Dans cette échappée volumique éprouver l’écoulement, la déformation. Métamorphoses. Avoir été invité. Bientôt un autre.
Amulet series – Autoportrait, 25 octobre 2010

Chaise bâillonnée de plastique. Aux pattes galbées. Telle une courtisane rompue aux pardons. Devenir cet amas de glaise. Tassé sous le poids. Evidé, torsadé. Vrilles d’une identité fouillant l’imperceptible, le visqueux. Cage thoracique libérant ses viscères. Génitalité nodale. Manifestant le moi. Bras et jambes disparus. Soubassement plastique. Chiffonné, masquant les restes. Union de deux meubles physiques. Qui s’échangent leurs formes. S’en nourrissent.
Amulet series – Autoportrait, 6 juin 2010

Le corps effondré. S’écrasant sur sa chaise, comme on enfourche un prie-dieu. Tension de la jambe. Le pied arc-bouté. La disparition volontaire. Qui se joue des obstacles. Trop-plein d’un instant d’oubli. Ou de jouissance. Se ressouvenir. Pesanteurs tangibles, fuyantes. Dos de supplicié ou d’abandon. Dessinant sa géographie liminaire. Car il y a invitation. Rituel. Tu crois épouser l’objet. Occuper l’espace. En réalité l’inverse. Lente revanche. Epousailles.
When everyday was Thursday, octobre 2010

Jambes et dos. Vus de l’arrière. Etalés sur deux tréteaux. Acéphale, bras absents. Raie des fesses, conservation des chairs. Nouvelle déformation. Les perspectives floues. Bassin élargi. Les amantes à la fenêtre. Ce que les corps résument, retiennent. Travail des mains. Telle courbure, tel grain. Nos codes inversés. Ventre paradoxal. Pubis inédit. Tu as beau faire. Dans ces creux, ces lignes. A tout moment s’éployer. Siège, excrétions. Meubles d’Eros.
Body, octobre 2010

Squelette rose laiteux. Exhibé entre deux parois de verre. Etagements de briques aux quatre angles. Tête oreiller, d’où surgit un moignon de lèvres. Fusion en genèse. Tronc d’insecte lançant ses mandibules. Mollusque des abysses. Où la minéralisation débouche. Orbites muettes. Se mouvant sous le bassin. Puisque tu n’as plus de nom. Ils ont oublié depuis longtemps. Fouler le vide. Reprendre forme. Les pétrifications vives. Lentes reconquêtes.
La ragione genera mostri, août 2010

Les trois versions d’abandon. Recroquevillé, ramassé, fourbu. Découpes, agglutinations. Dans ce que nous avons de plus matériel, lourds. Les mots sont loin. Les autres attendront. Bestiaire fessier, dorsal. Amorti au bord d’une table. Epaules pesantes. Corps fécal. Car dans cette alliance de terre et d’eau. En attente. Les esquisses définitives. Interrompu, en construction. Sommeils de la logique. Les corps de catastrophe. Saisis en pleine lave. Occuper le récit.
Boşalmak [Vidé], juillet 2010

Pentaptyque aux mannequins. Entre baldaquins et coussins s’agitent corps, cintres. Puisque tout a été renié. Travesti, meurtri. Silhouettes asexuées, blancs teintés de bruns. Comme déterrés. Rendre tribut. Les réductions vestimentaires. Grossissements, ossifications. Tu as marché, dansé. Les disparus. Dans ces catacombes quotidiennes. Où se vendent illusions et doubles. Diviniser le précaire, le rebut. Absoudre l’innommé, la fêlure. Nos cinq postulations.
Cinque pezzi facili, novembre 2009

Retour aux fondamentaux. Ou comment revisiter nos académismes. Rouges et jaunes pâles d’un obscur Siècle d’Or. Déjoués, défaits. Les empilements monarchiques. Dans lesquels tout s’effondre. En résumé l’animal de foire. Objet de rire, d’ignorance. Sur lequel se focalisaient toutes les menaces. Jambe trompe. Plissures d’arbre. Homme chandelle. Goulot d’étranglement. Ou prépuce stalagmite. Foire aux vanités. Le dernier témoin. Décapité.
La pelle del nano di Velasquez, 2009

Debout. Ployant le cou. Cicatrices du dos. Torse et ventre en cascade. Que surplombe une bougie pénienne. Halos et algorithmes. Les chiffrements secrets. Parvenu au seuil. Pieds rougis d’avoir trop couru, attendu. Repliés. Toutes ces foules évanouies. Hôtes des lieux. Tsavet danem. Mutilations, stigmates. En offrande. Une dernière danse. Avoir éprouvé tant de soleils. Bravé les lames. Et si tout cela ne fut que jeu. Parade. Avoir donné. Moi, toi, nous.
35 kg, août 2009

© georges festa – 02.2011

Né en Italie, Francesco Albano vit et travaille à Istanbul.

site de Francesco Albano : http://albanofrancesco.blogspot.com/