lundi 28 mars 2011

Arpine Konyalian Grenier

© Otoliths, 2011

Arpine Konyalian Grenier
The Concession Stand : Exaptation at the Margins
[Point de concession : exaptation aux marges]
Otoliths, 2011, 84 p.

The Armenian Weekly, 16.03.2011


Ce texte hybride d’Arpine Konyalian Grenier, à la fois prose et poésie, fait songer à l’écrivaine française Hélène Cixous. Toutes deux ont en commun un style similaire, une maîtrise de la théorie et un intérêt pour la poétique de la lecture et de l’écriture autobiographique, la mémoire, l’histoire et les espaces intermédiaires. « L’histoire appartient au domaine de l’univers. Nous devons être amènes envers elle, l’entourer. Ce pourrait être là l’antidote à la honte d’être en vie. », écrit l’A. Les instants de prose insaisissables présentés dans ces huit pièces sollicitent un inconscient ; peut-être ne savons-nous pas ou comprenons-nous pleinement, mais pouvons-nous continuer notre course et pouvons-nous ressentir quelque chose entre temps ? La philosophie échoue, mais le silence ? Comment aller du cœur au cerveau, voilà l’affaire, note-t-elle, mais il y a comme le sentiment qu’au sein des silences fuyants, mais pleins d’espoir, de ses mots, là, entre les pages et son refus de cataloguer et d’arranger sur mesure, de nous guérir de l’humain, une voie s’éclaire. Comme elle le relève, là vit l’espoir.

Avec The Concession Stand : Exaptation at the Margins, Konyalian Grenier part en quête d’une matérialité qui soit lumineuse et clémente ici bas. Là où « le mot » se rencontre, là nous nous trouvons – au point de concession – un espace magique et banal qui accueille l’exaptation, les possibilités.

transformation follows resistance with the word
because of the sound language comes from
sound the mind weaves around some
will we come from

[la transformation suit la résistance à la lettre
car du son est issue la langue
autour du son l’âme s’entrelace
ce désir dont nous sommes issus]

Dans The Concession Stand figure un texte sur les poètes, tel autre sur la traduction, et encore un autre sur l’héritage. Figure une lettre adressée à une Turque, dont le nom est le même que celui de la grand-mère de l’A. (je ne la connais pas, dit-elle). Figure le journal d’un premier voyage en Turquie, patrie de son père. L’expression « à la fois, consumé et aligné » est centrale dans ce livre. Dans une certaine mesure, l’on s’incline devant elle, tout en lui résistant, en accord avec les préoccupations évolutionnistes contemporaines concernant la théorie darwinienne de la sélection naturelle (suggérant quelque part que l’externalisation est le prix à payer pour s’adapter). La musicalité du texte, ainsi que les renvois occasionnels aux principes scientifiques, permettent au lecteur d’expérimenter le langage de multiples façons.

Ainsi donc, tant que nous ne pourrons décrypter aisément la vulnérabilité et la citoyenneté imparfaite, ni nommer ce qui, pour beaucoup, provient d’un passé pathétique ; tant que nous n’en aurons pas tous fini avec ces mots – chagrin, cupidité, gothique, gratitude, golem et gul, global, gospel, girk [passion ou livre en arménien], bon vouloir, gravité, coupable et gout [inclination, partialité] et génocide ; et tant que dominera le silence, voici une ode aux larmes, un retour d’investissement sur un retour d’investissement après s’être cramponnés au fleuve, l’Euphrate, l’Arax et autre.

Pour commander The Concession Stand, disponible sur Amazon début avril [2011], cliquer sur www.lulu.com/product/paperback/the-concession-stand-exaptation-at-the-margins/14735087.

___________

Source : http://www.armenianweekly.com/2011/03/16/new-books-the-concession-stand/
Traduction : © Georges Festa – 03.2011
Avec l’aimable autorisation de Khatchig Mouradian, rédacteur en chef de The Armenian Weekly.