mercredi 16 mars 2011

Ateşin Düştügü Yer / Là où le feu a frappé / Where Fire Has Struck

© http://tihv.org.tr


Istanbul : une exposition sur la torture révèle des existences dévastées

par Vercihan Ziflioğlu

Hürriyet Daily News and Economic Review, 15.03.2011


[A l’occasion du 20ème anniversaire de la Fondation Turque pour les Droits de l’Homme, 130 artistes turcs se sont regroupés dans le cadre d’une exposition intitulée « Ateşin Düştügü Yer » [Là où le feu a frappé], précise Şebnem Korur Fincancı, présidente de la fondation. « Grâce à cette exposition, nous livrons des vérités cachées à une société en évolution », ajoute Erden Kosova, consultant artistique.]

Lettres de prisonniers, séquences vidéo, coupures de presse et reconstitutions d’événements historiques pénibles figurent parmi les matériaux utilisés par des artistes afin d’explorer les violations des droits de l’homme, la torture et les meurtres non élucidés en Turquie.

Allant de l’ère ottomane et de la période républicaine jusqu’à nos jours, les 130 artistes, qui participent à l’opération « Ateşin Düştügü Yer » [Là où le feu a frappé], ambitionnent pour ce 20ème anniversaire de la Fondation Turque pour les Droits de l’Homme [Türkiye İnsan Haklari Vakfi - TİHV] de faire prendre conscience à l’opinion d’épisodes souvent cachés.

La manifestation présente des personnes exposées à toute une série de tortures et de pressions, précise Erdem Kosova, consultant artistique pour cette exposition, qui s’est ouverte la semaine dernière au Depo, dans le quartier stambouliote de Tophane. « Nous montrons par là le cœur du traumatisme. Grâce à cette exposition, nous livrons des vérités cachées à une société en évolution. », dit-il.

« Les cas [soumis au TİHV], que nous publions dans nos rapports annuels, montrent que la torture perdure dans notre pays, nous confie Şebnem Korur Fincancı, présidente de la fondation. Des méthodes violentes de torture avaient cours dans le passé, mais aujourd’hui il s’agit [plus] de violence psychologique. Plus grave, les domiciles des gens sont fouillés de fond en comble et ils sont incarcérés de force sans être interrogés. »

D’après Mme Fincancı, la Fondation a reçu 12 000 plaintes ces vingt dernières années. « Ce qui veut dire que 12 000 personnes tentent de s’accrocher à la vie avec des traumatismes [dans leur passé], ajoute-t-elle. Ces personnes ont été exposées à de graves tortures et ont participé à des grèves de la faim. »

Lettres anonymes

La plupart des lettres montrées dans cette exposition ont été écrites par des prisonniers kurdes, dont les noms en haut des lettres ont été dissimulées pour leur sécurité. Le contenu des lettres a été traduit en anglais par des visiteurs étrangers. Le thème commun est que les publications kurdes et la langue kurde sont prohibées dans les prisons.

Certaines lettres ont été envoyées par des prisonniers qui se sont vu refuser tout traitement pour maladie en phase terminale et ont sollicité l’aide de la Fondation.

« Nous faisons de notre mieux pour permettre aux victimes de tortures un accès aux traitements, note Hürriyet Şener, en charge de la section stambouliote de la TİHV, ajoutant que la plupart des dossiers proviennent des délégations d’Istanbul et de Diyarbakir de cette organisation, dont le siège se trouve à Ankara. Parmi ses cinq représentations figure celle de la province d’Izmir en mer Egée et d’Adana, au sud.

Les dossiers transmis à toutes les sections de la TİHV sont archivés chaque année, avec des détails incluant l’âge, le sexe, le lieu de naissance des demandeurs, ainsi que les méthodes de torture subies, précise Mme Şener. « Disons qu’en tant que fondation, nous avons réussi à traiter la torture physique, mais je me demande encore comment nous allons traiter les effets [plus vastes] de cette torture sur les gens - ajoute cette responsable de la délégation stambouliote. N’oublions pas que la torture a un impact non seulement sur les victimes, mais aussi sur leur environnement et leurs proches. »

Une exposition sans budget

L’idée d’ouvrir cette exposition au Depo est de Mme Şener, mais le budget constituait un réel problème – il n’existait aucun soutien pour ce projet. Les artistes ont été recrutés via internet, précise-t-elle, ajoutant qu’en l’absence de budget, les organisateurs ne s’attendaient pas à beaucoup de réactions. « Si le Depo ne nous avait pas ouvert ses portes, il nous aurait été impossible d’organiser cette exposition, reconnaît-elle. Le nombre de nos artistes contributeurs a atteint 130. »

L’exposition se déroule au Depo jusqu’au 22 avril 2011 ; après quoi, elle traversera l’Anatolie et d’autres pays durant cette année. La TİHV prépare aussi un catalogue bilingue turc-anglais pour son 20ème anniversaire.

_____________

Source : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=devastated-lives-revealed-at-an-exhibition-2011-03-15
Traduction : © Georges Festa – 03.2011

site de la Fondation Turque pour les Droits de l’Homme – Türkiye İnsan Haklari Vakfi [TİHV] : http://tihv.org.tr/index.php?english-1

site de la Galerie Depo (Istanbul, Turquie) : http://www.depoistanbul.net/tr/index.asp