dimanche 27 mars 2011

Lola Koundakjian / The Accidental Observer

© Armenian Poetry Project, 2011


Lola Koundakjian
The Accidental Observer
A collection of Armenian poems
Translated into English and Spanish
Armenian Poetry Project, 2011

par Helene Pilibosian
http://massispost.com



The Accidental Observer [Spectatrice à la dérobée], recueil de poèmes en trois langues, vient récemment d’être publié à New York par Lola Koundakjian, directrice de Armenian Poetry Project. Habilitée entre mille à écrire un ouvrage en arménien, en espagnol et en anglais, connaissant plusieurs langues, ayant beaucoup voyagé et passée maître dans le domaine de la littérature et des arts. Elle est aussi connue pour être une styliste en poésie.

Sa passion de présenter les poètes arméniens écrivant dans toutes les langues à travers le monde est devenue légendaire. L’ouvrage a eu le soutien du programme NoMAA Regrant et a été rendu possible grâce à la fondation JP Morgan Chase et la Upper Manhattan Empowerment Zone Development Corporation.

Les poèmes ont pour thème l’âme arménienne dans ses versions quotidiennes de l’existence, que ce soit en Arménie, en Europe ou en Amérique. L’A. exprime cette dualité de sentiment dans un adorable poème intitulé « Fall » [Chute],

I take the subway
To go to…
… that other life.
But how can I live in both places ?

[Je prends le métro
Pour aller vers…
… cette vie nouvelle.
Mais comment vivre ici et là à la fois ?]

Ces quelques mots suffisent à conduire les lecteurs vers cette région subjective.
Les poèmes font brièvement ressortir de délicieux moments personnels, destinés au partage et au souvenir. L’on note l’affection pour les amis et la famille dans des vers qui sont autant de joyaux, indiquant bien plus que ne disent leurs mots.

Un de ces sortilèges a pour titre « Manifesto ». Lisons :


Father wanted me to be a great musician
I became a music lover.
My aunt is a ballerina
I didn’t become a dancer
But I love Love for the sake of love.
My brother is a multi-linguist
And I love languages
Mother is an intelligent woman
So I try to be wise
But I love Art like my own breath.

[Père voulait que je sois une grande musicienne
Je suis devenu une amoureuse de la musique.
Ma tante est ballerine
Je ne suis pas devenu danseuse
Mais j’aime l’Amour au nom de l’amour.
Mon frère est multilingue
Et j’aime les langues
Mère est une femme intelligente
Alors j’essaie d’être sage
Mais j’aime l’Art comme je respire.]

Poème particulièrement poignant pour ceux qui, eux aussi, sont épris d’art et, est-il besoin de le dire, aiment la poésie pour ce qu’elle peut communiquer sur l’art et la famille. Le concept de famille semble ici être placé de pair avec celui d’art. Une famille aimante n’est-elle pas une forme d’art ?

Le lecteur doit comprendre que ces poèmes sont dans la tradition de la poésie moderne, où ce qui est signifié n’est pas déclaré, mais indiqué sur un mode indirect. Les vers, si ténus, tendent davantage à attirer l’attention et l’émotion du lecteur vers le vécu du poème que les énoncés plus directs et explicites d’une approche plus traditionnelle de la versification.

Aussi ce très court hommage à Hrant Dink, assassiné en Turquie pour avoir écrit sur le génocide arménien, est-il si fort, disant tout sans en dire beaucoup :

I wore white…
I wore white at Hrant Dink’s memorial
Because love is everlasting
Hope is immemorial
And thoughts reverbate eternally

[Je porte du blanc…
Je porte du blanc au mémorial de Hrant Dink
Car l’amour dure à jamais
Immémorial est l’espoir
Et pour l’éternité retentissent les pensées]

Une imagerie culinaire agrémente ces pages. Ceux d’entre nous qui sont Arméniens, ou qui apprécient la nourriture arménienne, pourront aisément s’identifier avec des sentiments tels que ceux-ci :

Cookbooks with recipes of curry, hamam meshwi,
Grandmother’s lentil soup and Mum’s mujjadarah,
As I meander through them, I smile at my Present,
knowing that it and the Future have a solid Past.

[Livres de cuisine aux recettes à base de curry, hamam mahshi,
Soupe aux lentilles de grand-mère et moujadara,
En les parcourant, je souris à mon présent,
Sachant que lui et l’avenir ont un passé solide.]

Vingt-sept poèmes, chacun dans les trois langues, composent ce volume, grâce auquel l’inclusion de la langue arménienne se fait aimer à elle seule du lecteur arménien, qui souhaitera peut-être, après un tel plaisir, qu’il y en ait d’autres. Disponible pour 12 dollars sur le site internet de l’auteur.

[Helene Pilibosian est l’auteur et l’éditeur de My Literary Profile : A Memoir et de plusieurs recueils de poésie. Contact : hsarkiss@comcast.net]

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Source : http://massispost.com/?p=2199
Article publié le 11.03.2011.

Traduction : © Georges Festa – 03.2011

site de Armenian Poetry Project : http://armenian-poetry.blogspot.com