mercredi 4 mai 2011

Sofia Kontogeorge Kostos - Interview

© Gorgias Press, 2010


Entretien avec Sofia Kontogeorge Kostos

www.seyfocenter.com


[Before the Silence, un nouveau livre dû à Sofia Kontogeorge Kostos sur le génocide arménien, assyrien et grec. Entretien avec l’auteur sur son nouvel ouvrage.]

Ndlr [Centre Seyfo] : Tout d’abord, nos félicitations, Sofia Kontogeorge Kostos, pour avoir publié ce nouveau livre, Before the Silence ! Le Centre Seyfo est heureux de cette parution. De nombreux livres ont été publiés au sujet du génocide qui fut perpétré contre les Arméniens, les Assyriens et les Grecs par l’empire ottoman dès 1914, mais les Assyriens et les Grecs ne sont que rarement cités dans ces ouvrages. Il n’y eut aucune discrimination lorsque les Arméniens, les Assyriens et les Grecs furent massacrés ; aussi importe-t-il d’englober ces trois communautés, lorsque nous parlons du génocide perpétré par l’empire ottoman. Nous constatons avec plaisir que votre livre mentionne les trois nations qui furent persécutées et massacrées par l’empire ottoman et le régime Jeunes-Turcs.

- Centre Seyfo : Before the Silence n’est pas un titre nouveau. C’était le titre d’un de vos poèmes, extrait du recueil Forgotten Genocides of the 20th Century, publié en 2005 (1). Pourquoi avoir choisi le même titre pour votre ouvrage ? Ce poème a-t-il été une motivation pour écrire le livre ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : Merci de mentionner mon poème, « Before the Silence ». En fait, la réponse peut être trouvée dans la première strophe de ce poème :

Can an unknown tragedy be forgotten ?
Lost in a maze of unknowing
Mistaken in the realm of forgot and forgotten
I hungered for answers
From books but they were stolen
I summoned Cleo, the muse of history
She fed me rare books and vintage news,
Revealing truths impossible to forget

[Peut-on oublier une tragédie ignorée ?
Egarée dans un dédale d’inconscient
Trompée au royaume de l’oubli et de l’oublié
J’avais soif de réponses
Dans les livres mais ils avaient été volés
J’ai appelé Clio, la muse de l’histoire
Elle m’apporta livres rares et actualités anciennes,
Révélant des vérités impossibles à oublier]

- Centre Seyfo : Quand avez-vous commencé à écrire Before the Silence et combien de temps cela vous a-t-il demandé ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : Avant 2003, j’avais entrepris de diffuser par courriel des extraits provenant d’ouvrages d’archives écrits par des témoins oculaires impartiaux en Asie Mineure (la Turquie actuelle). En fait, ils étaient l’œuvre d’officiels, de missionnaires, de médecins et autres représentants américains. J’ai intitulé cette série d’extraits « Voix de vérité ». Après 2003, de nombreux ouvrages de témoins oculaires ne furent plus soumis à la législation du droit d’auteur et furent donc réédités. C’est à cette époque que j’ai consacré mon énergie aux reportages d’archives. A peu près à la même époque, j’ai eu la bonne fortune de rencontrer un grand humanitaire arménien, un homme dont je chérirai toujours la mémoire. Le docteur Charles N. Mahjoubian, déjà nonagénaire, dentiste à la retraite, militant des droits de l’homme et impliqué dans la communauté. Il s’était enfui avec sa famille de Konya (ville située au centre sud de la Turquie). Ils finirent par émigrer aux Etats-Unis. Lorsque je lui fis part de mon intérêt pour révéler les faits advenus en Turquie, il m’a répondu : « Sofia, consulte les vieux journaux parce qu’à cette époque ils ont rapporté la vérité. » Et comme mon livre le montre, il avait raison. Pendant huit ans, j’ai commencé à rechercher des reportages d’archives. Puis j’ai partagé mes découvertes avec ma liste de correspondants. J’ai alors découvert une soif pour ces reportages d’archives, à la fois éclairants et déchirants. Certains de mes correspondants à travers le monde m’ont communiqué leurs listes personnelles de correspondants - me demandant de les ajouter aux miens.

- Centre Seyfo : Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire Before the Silence ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : Un courriel que j’ai reçu d’un de mes destinataires, le docteur Dennis R. Papazian, fondateur et directeur du département d’études arméniennes à l’Université de Dearborn, au Michigan. Il m’a mis la puce à l’oreille, lorsqu’il m’a demandé : « Envisagez-vous d’écrire un livre ? » J’ai répondu : « Je ne suis pas prête, mais aimeriez-vous ajouter mon travail sur votre site ? »
Après avoir rassemblé un corpus substantiel, j’ai repris contact avec lui. Malheureusement, à cette époque, il avait quitté ses fonctions. Peu après, j’ai reçu un appel téléphonique d’Elias Neofytides, fondateur et directeur de la Société Pan-Macédonienne, me soumettant une offre similaire. Cette fois, j’ai répondu : « Oui, mais je dois achever mon travail. » Une fois mon livre réalisé, M. Neofytides avait malheureusement lui aussi pris sa retraite.
C’est alors que Stavros Stavridis, historien et doctorant à l’Université de Melbourne, parla de Before the Silence au docteur George Kiraz, son éditeur assyrien à Gorgias Press.

- Centre Seyfo : J’imagine qu’écrire sur le génocide est une tâche plutôt ardue. Comment êtes-vous parvenue à traiter un sujet aussi atroce ? Quelles étaient votre motivation et votre fil directeur ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : C’est vrai, ce fut très difficile. Parfois, je n’arrivais plus à taper à la machine, tellement j’avais les larmes aux yeux. Un des vers de mon poème précise ma motivation :

Can an unknown tragedy be forgotten ?

[Peut-on oublier une tragédie ignorée ?]

J’avais 67 ans, lorsque j’ai entendu parler pour la première fois des génocides de nos peuples ; l’ignorance que je m’étais imposée me terrifia. Ignorance due au fait que, lorsque j’étais jeune mère, ma voisine, une femme formidable, Amalia Distenfeld, me raconta son histoire et celle de son mari, le docteur Menachem Distenfeld, qui avaient survécu aux exterminations hitlériennes en Pologne. Très amie avec elle, j’ai écouté attentivement, sans pouvoir ensuite écouter d’autres histoires de ce genre.
Lorsque nous sommes allés à Washington (D.C.), mon mari et moi prîmes connaissance du 75ème anniversaire de l’Holocauste chrétien. Ce que j’ai appris ce jour-là m’a remué les tripes. Ce qui me scandalisa le plus, ce fut d’apprendre que les livres écrits par les témoins oculaires n’étaient plus disponibles, disparus des bibliothèques et ôtés des étagères des libraires. C’est cette prise de conscience qui m’a décidée.
Mordue de cinéma, j’ai été blessée de constater qu’il existe des centaines de films sur la Shoah contre une vingtaine seulement sur l’holocauste chrétien. Il est intéressant de constater que le film Les Quarante Jours du Musa Dagh, il y a peu, n’a pu être produit. Plus récemment, en 2002, Ararat d’Atom Egoyan a failli ne pas l’être.

- Centre Seyfo : Pourquoi le génocide arménien, assyrien et grec vous importe-t-il ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : Je ne suis pas une régionaliste, ni de cœur ni d’esprit. Une Grecque, qui avait appris que ma famille n’était pas originaire d’Asie Mineure, me demanda : « Pourquoi vous intéressez-vous autant à l’Asie Mineure ? » Ma réponse fut très simple : « Je ne cesse pas d’être Grecque, même si ma famille est d’Eubée et si je suis née aux Etats-Unis. » Dès que j’ai su que les Arméniens et les Assyriens subirent le même sort que les Grecs, je ne pus en mon âme et conscience me désolidariser d’eux. Cela s’applique aussi aux Grecs d’Asie Mineure. Qu’ils soient du Pont, de l’Est ou de l’Ouest, ils sont tous Grecs. A partir de ce jour j’ai décidé : « Nous aiderons notre peuple en épelant le mot « génocide » avec un grand G. »

- Centre Seyfo : Quel message essayez-vous de transmettre à vos lecteurs à travers ce livre ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : Mon livre veut en finir avec les mensonges et les tromperies de la Turquie. La véritable nature des soi-disant « déportations » fut en réalité des « marches de la mort ». Marches de la mort qui faisaient partie du programme secret visant à exterminer tous les chrétiens et à réserver « la Turquie pour les Turcs seuls ». La Turquie se vante maintenant d’être à 99 % musulmane – il convient de se demander pourquoi.

- Centre Seyfo : Vous avez collaboré à une anthologie poétique intitulée Forgotten Genocides of the 20th Century. Avez-vous publié d’autres ouvrages en dehors de Before the Silence ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : Non.

- Centre Seyfo : Quels autres livres sur le génocide arménien, assyrien et grec recommandez-vous aux lecteurs ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : Il y aurait tellement de livres à citer – missionnaires, médecins, diplomates, etc. – qui répondent aux besoins des populations spécifiques d’Asie Mineure. Dans mon ouvrage, je prends soin de signaler des titres précis par titres et auteurs. Les témoins oculaires en Asie Mineure furent aussi de grands écrivains. A ma connaissance, lorsque les auteurs se réfèrent aux Assyriens, ils parlent de « Syriens ». D’après moi, lorsqu’ils interrogeaient les Assyriens, les Occidentaux les présentèrent par erreur comme des « Syriens ». Parmi eux, l’ambassadeur des Etats-Unis, Henry Morgenthau, de noble mémoire, qui confond la langue parlée « syriaque » comme étant celle des « Syriens ». J’ajouterais qu’au milieu des années 70, alors que je vivais à Athènes, en Grèce, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance du premier Assyrien que j’aie jamais rencontré. Valentine Lazar, un pilote assyrien des British Airlines. Je me souviens de sa gentillesse et de ses marques d’estime exceptionnels.

- Centre Seyfo : Avez-vous l’intention d’écrire d’autres ouvrages ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : J’en ai deux en préparation, ainsi que d’autres poèmes.

- Centre Seyfo : Que savez-vous du Centre Seyfo et de ses activités ?
- Sofia Kontogeorge Kostos : Pas autant que je devrais, dirais-je. Je connais votre Centre par internet et grâce à des courriels que je reçois. A propos, le drapeau assyrien est selon moi le plus beau drapeau que je connaisse.

[Post-scriptum – Centre Seyfo : Le Centre Seyfo vous remercie d’avoir pris le temps et d’avoir accepté cet entretien. Nos félicitations, à nouveau, pour votre ouvrage Before the Silence. Nous vous souhaitons un grand succès et espérons de vous d’autres livres dans un avenir proche.]

NdT

1. Forgotten Genocides of the 20th Century. [Textes de Gregory Djanikian, George Hobson, Dean Kostos, Sofia Kontogeorge Kostos, David Kherdian, Gregory Topalian, Nora Armani]. Ara Sarafian, éd. - Taderon Press, 2005, 96 p. – ISBN-13 : 978-1903656532

Sofia Kontogeorge Kostos. Before The Silence. Archival News Reports Of The Christian Holocaust That Begs To Be Remembered. Gorgias Press, 2010. 349 p. – ISBN : 978-1-60724-999-3

___________

Source : http://www.seyfocenter.com/index.php?sid=2&aID=289
Article publié le 28.01.2011
Traduction : © Georges Festa – 05.2011
Avec l'aimable autorisation du Centre Seyfo.