samedi 7 mai 2011

Toxic Azteca Songe - Fabrice Melquiot / Manuel Ulloa-Colonia

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Toxic Azteca Songe
de Fabrice Melquiot
Mise en scène : Manuel Ulloa-Colonia

Théâtre Le Colombier
93170 Bagnolet
25.04 – 08.05.2011


Mexico mágico – Mexico sádico


Tout a été dit sur ce Mexique hanté par la colonisation espagnole, héritage génocidaire aux sourdes ramifications, mais aussi livré à la jungle des narcotrafiquants, du machisme et de l’exploitation des consciences. Les icônes ne sont plus ce qu’elles étaient. De Frida Kahlo transformée en pacotille pour touristes à l’envers cruel de rues qu’un soleil noir écrase, Manuel Ulloa-Colonia nous propose une relecture décapante d’un certain imaginaire occidental. Dans ce cabaret de la décadence latino-américaine, irriguée de cocaïne et de viols, nous voici plongés au cœur du véritable Mexique, « un pays à 100 000 histoires », où seul « quelqu’un qui n’existe pas, entre dans un pays qui n’existe pas ».

Devenu « ombre projetée sur les murs de la ville », le spectateur découvre alors ces univers qui « pourrissent à vue d’œil dans nos cœurs réactionnaires et exclusifs ». En angle, une Vierge de Guadalupe, témoin de ces déshérences, sinon désespérances, quotidiennes, où la presse n’est que litanie de chiffres et désinformation. Il s’agit d’inverser, de conjurer la spirale : « Un escalier qui mène au ciel, jusqu’à la chute, la mienne. » Entre deux abîmes, deux coups de projecteurs parmi les bas-fonds modernes d’un nouveau prolétariat, la parole du poète illumine cette nuit des consciences : Octavio Paz citant César Valléjo ou affirmer la primauté de l’être sur la négation.

Si ce songe aztèque toxique convoque nos trois icônes modernes – un certain William S. Burroughs, tuant accidentellement sa femme, Joan Vollmer, à Mexico, le 6 septembre 1951 ; Jack Kérouac, le chantre de Mexico City Blues (1959) ; mais aussi Antonin Artaud, découvreur en 1936 d’une utopie alors inédite, les Tarahumaras –, c’est pour mieux les briser, les révéler dans leur radicalité : « La vérité d’un homme est toute entière dans sa légende. » Car ce lien si intime de l’identité mexicaine avec la mort, à la fois originelle et nourricière, ne cesse de traverser notre propre rapport au monde.

« De toute façon c’est arrivé. » Les jeunes ouvrières prolétarisées, les 60 000 victimes de Ciudad Juarez ou ces mères qui se battent pour leurs filles, le viol d’un fils par son père : autant de versions stridentes d’une Nouvelle Justine d’outre-Atlantique. Qu’en est-il des lois et du gouvernement ? Autre intervention vidéo : un certain marquis de Sade, auréolé d’atours baroques, exubérants, toujours aussi actuel.

Ballet masculin-féminin de catcheurs - à la mexicaine, masqués, hystériques de violence. Justicier de Juarez ou ange de la frontière ? « Quand la justice capitule, c’est qu’il manque un super héros ! »

Puis ce Pandémonium, film d’animation peuplé de squelettes, tandis qu’en voix off trois comédiennes, bien réelles, chantent la complainte des amours et des séductions vaines, au bord du précipice, réalité précaire, illusoire. Vanité des vanités urbaines.

Auquel répond le Garçon-machine, tournevis sexuel, focalisant toutes les rêveries, détournant tous les codes. Nouvel avatar de ce carnaval obscène, cette prostitution généralisée, envers indéfendable d’un quotidien banalisé, réservé aux puissants.

De ce Mexique post-moderne, des périphéries économiques, dire les asservissements, les naufrages, mais aussi les éclairs, les sursauts. Toxic Azteca Songe / Song : nous sommes tous Mexicains.

© georges festa - 05.2011
Avec l'aimable autorisation de Manuel Ulloa-Colonia et de Fabrice Melquiot.

Toxic Azteca Songe
de Fabrice Melquiot
Mise en scène et décor : Manuel Ulloa-Colonia
Avec Paola Cordova, Laurent Charpentier, Odille Lauria, Giovanni Ortega, Chloé Réjon et Manuel Ulloa-Colonia