dimanche 1 mai 2011

Voyage en France arménienne : le Triangle d'Or des Combrailles

Forteresse de Roche d’Agoux (vestiges) – Moulin des Arméniens, Bussières-près-Pionsat (63330)
© Georges Festa, 2006 – avec l’aimable autorisation de Joël Chaput


Voyage en France arménienne : le Triangle d’Or des Combrailles

par Georges Festa



à Denis Donikian,


Longtemps centrée sur le 20ème siècle post-génocidaire, l’histoire de l’immigration arménienne en France témoigne d’un intérêt croissant pour des questions vives, liées tant aux parcours personnels qu’au sentiment collectif d’identité. « Histoire trouée », pour reprendre ici le titre de l’ouvrage clé de Catherine Coquio (1), composé d’intraduisible et de survivance, lequel participe aussi d’un héritage né des Croisades, irrigué par la Renaissance, d’un foisonnement encore méconnu, jusqu’aux fractures révolutionnaires de l’Europe à la fin du 18ème et au 19ème siècle. Cette France arménienne, dont il reste à écrire de multiples pages, nous la retrouvons au pays des Combrailles, au sein de cette Auvergne que parcourt en 1878 Robert-Louis Stevenson :

« L’important, c’est de bouger ; d’éprouver d’un peu plus près les nécessités et les aléas de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, et de sentir sous ses pieds le granit terrestre avec, par endroits, le coupant du silex. » (Voyages avec un âne dans les Cévennes)

Les Combrailles – Pionsat

A la suite des recherches pionnières d’Edouard Mardirossian sur le hameau des Arméniens (2), il était opportun, dans le sillage de l’année officielle de l’Arménie en France (2006-2007) et des futures célébrations d’Erevan comme capitale mondiale du livre en 2012, de tenter un état présent des lieux.

Paysage de bocages, à la situation géographique stratégique (3), la région des Combrailles qui nous intéresse est celle du canton de Pionsat, qui se compose de dix communes : outre Pionsat, Bussières-près-Pionsat, La Cellette, Château-sur-Cher, Le Quartier, Roche-d’Agoux, Saint-Hilaire-près-Pionsat, Saint-Maignier, Saint-Maurice-de-Pionsat, Vergheas.

Territoire au relief particulier, comme le soulignent Ch. Perronin et P.-F. Aleil :

« Qui regarde la carte des modestes cours d’eau du canton ne peut manquer d’être frappé par l’identité de leurs directions. Tous ignorent la Sioule, rivière de Combrailles par excellence et tous descendent vers le Haut-Cher. La limite administrative entre le canton de Pionsat et celui de Saint-Gervais se confond avec une ligne de partage des eaux. C’est dire qu’un alignement de collines a toujours rendu malaisées les relations avec l’Auvergne. » (4)

L’altitude moyenne des dix communes – de 504 mètres (Château-sur-Cher) à 720 mètres (Roche d’Agoux) – est à rapprocher de superficies communales inégales : Saint-Maurice-de-Pionsat (3088 hectares), Pionsat (2468 hectares), Le Quartier (2337 hectares), Saint-Maignier (1897 hectares), Saint-Hilaire-près-Pionsat (1763 hectares), Bussières-près-Pionsat (1384 hectares), Château-sur-Cher (1187 hectares), La Cellette (1099 hectares), Vergheas (745 hectares), Roche-d’Agoux (556 hectares).

La « dissidence » géographique du canton a ainsi empreint son histoire démographique :

« Pionsat se contentera pendant longtemps de transits régionaux, de foires et de marchés drainant les produits de l’activité agricole et artisanale des versants du Haut-Cher. Plus de 8000 personnes peuplaient le canton à l’aube du XIXe siècle […] » (5)

Sous l’Ancien Régime, en dépit de l’état « déplorable » des grands chemins, « mal entretenus par des corvées dues aux seigneurs », une activité domine cependant :


« Une seule industrie, celle des toiles, était en honneur. Dans presque toutes les habitations des villages se trouvait un métier à tisser le chanvre, auquel travaillaient les hommes pendant les loisirs des longs mois d’hiver. On faisait des pièces de toiles de 40 à 50 aunes de longueur qu’on vendait à raison de 20 à 30 sous l’aune, suivant la qualité. » (6)

Une tradition d’émigration apparaît dès le 17ème siècle, confirmant des conditions d’existence difficiles pour la majeure partie des populations, tentées alors par les chantiers de construction dans la Marche voisine :

« Cette émigration d’été est largement indépendante des exigences agricoles, pour ne pas dire qu’elle les contredit, et fortement favorable à l’émigration définitive. Est-ce parce que le climat océanique défavorise au départ la culture des céréales ? Est-ce parce qu’il n’y avait aucun pôle industriel proche capable de fournir un supplément de travail et de jouer un rôle fixateur ? » (7)

Constat aggravé au 19ème siècle par l’absence de construction d’une voie ferrée susceptible de désenclaver le canton. Pour les trois communes entourant le hameau des Arméniens, visité en 1992 par E. Mardirossian, un rapide comparatif démographique permet de préciser le contexte (8) :

- communes / recensement 1806 / recensement 1851 / recensement 1982 :
- Bussières-près-Pionsat : 577 h / 774 h (recens. 1846) / 165 h
- Roche-d’Agoux : 317 h / 449 h / 83 h
- Saint-Maurice-de-Pionsat : 1518 h / 2055 h / 523 h
- Pionsat : 1806 h / 2332 h / 1210 h

Le premier conflit mondial aura des conséquences à long terme : Bussières-près-Pionsat, dont le tiers de la population disparaît entre 1892 et 1926, perd 21 soldats, Roche-d’Agoux 17 mais voit sa population décroître de plus de 40 % au cours de la même période, proportion aggravée pour Saint-Maurice-de-Pionsat (43 %) qui perdra 60 hommes en 1914-1918 (9).

Un patronyme emblématique : Desarméniens

Repérée par E. Mardirossian, la fréquence régionale du patronyme nous est confirmée par les archives de l’état-civil. Pour les trois communes entourant le hameau des Arméniens, de précieux inventaires de mariages ont été constitués par le Cercle généalogique et héraldique de l’Auvergne et du Velay (CGHAV) (10), à partir des registres communaux (Archives Départementales de Clermont-Ferrand).

Entre 1678 et 1792, 6 mariages mentionnant le patronyme sont ainsi célébrés sur le territoire de Roche-d’Agoux – dont celui de Pierre Desarmeniens avec Anne Dessalles (Le Poirier, 27 janvier 1785) et ceux de Bonnette Desharmeniens [sic] avec Blaize Dubosclard (10 août 1687) et Marie Desarmeniens avec François Dubosclard (Vareille, 13 février 1747). A la veille de la Révolution, un couple Desarmeniens – François et Marie – sera présent aux mariages de 4 frères Dubosclard entre 1770 et 1782…

A Bussières-près-Pionsat, qui se nommait alors Bussières-sous-Roche-d’Agoux, les registres de la période 1677-1792 sont tout aussi explicites : 4 mariages Desarmeniens, dont deux Bravy et un Illide, lequel épouse Marie Carte à la ferme de Faugère le 17 février 1775. La présence de plusieurs couples Desarmeniens est de même recensée lors de 6 mariages, dont celui de Bravy Desarmeniens et Marie Thuel à Chantessel le 22 février 1740.

Les registres de Saint-Maurice-près-Pionsat, concernant cette même période, mentionnent plusieurs couples Desarmeniens, présents à 6 mariages – dont ceux de Marguerite Dubosclard et Annet Chapus le 1 février 1709 et de Gilbert Chapus et Anne Groslière le 5 février 1742…

Ces patronymes importent, car nous les retrouverons au cours de notre enquête. La famille Chaput est l’actuelle propriétaire du Moulin des Arméniens, tandis que M. Claude Dubosclard est l’actuel maire de Bussières-près-Pionsat… 6 autres mariages Desarmeniens sont encore célébrés à Saint-Maurice-près-Pionsat entre 1730 et 1792.

Les cimetières des trois communes témoignent de la fréquence du patronyme, associé aux mêmes familles citées dans les registres paroissiaux.

Aperçus du Hameau des Arméniens

Propriété actuelle de la famille Camus, les deux plus anciens bâtiments comportent notamment l’ancien four à pain, caractéristique des édifices ruraux de l’Auvergne ancienne. Le hameau se trouve sur la commune de Bussières-près-Pionsat, dont le toponyme d’origine latine évoque un lieu « planté de buis » (buxus, aria). Cette même commune a fait partie de la seigneurie de Pionsat, dont il faut rappeler ici brièvement l’historique.

Issue du démembrement de la puissante baronnie de Rochedagoux, cette terre est comprise dans l’apanage d’Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, en 1246, puis revient en 1271 au roi de France Philippe III, lequel en fait don au connétable Humbert de Beaujeu. Jacques de Chazeron, premier maître d’hôtel de Louis XI, l’acquiert en 1482, puis la famille de Chabannes en prend possession en 1604 jusqu’à la Révolution (11). En 1789, le territoire de Bussières était partagé entre Claude de Chardon, les comtes de Montagnac et la famille Pasquanet de Lavaud de Pierrebrune (12).

L’épisode révolutionnaire est d’importance, car le hameau des Arméniens change alors de mains :

« Les deux domaines des Arméniens et de Grolière, appartenant à Denis Pascanet, frère de l’émigré [J.-B.-Gilbert Pascanet de Lavaud], furent également saisis et affermés au profit de la nation en prairial an III, le premier, à Antoine Mathivon pour 17000 livres par an, le second, à Henry Madebène pour 8400 livres. » (13)

La dynastie des Rochedagoux / Rochedragon

L’étymologie de la commune voisine de Roche-d’Agoux est singulière : Rochedagon (1061), Rochedagos (1201), Rupes Dagulphi (1255), Roche d’Agulphi (1258), Rupe Degulfi (1280), Rupes Dagon (1287), Rupes de Gulfi (1378), Rupe Dagulpho (1409). Autant de toponymes désignant une élévation, proche du germanique Dagwulf (14). Dès le 11ème siècle, une famille noble en prend le nom, gardant le fief jusqu’à la fin du 15ème siècle :

« […] puis ce seront les La Fayette, les d’Anglard, les Chabannes. Le dernier seigneur sera Charles de Chardon des Roys. Il est lieutenant au régiment d’Orléans-d’Infanterie en 1780. » (15)

Noblesse feudataire, détentrice du pouvoir conféré par les rois et l’Eglise, cette famille aux armes « d’azur, au lion d’or, à la bordure de gueules » intervient dans les dissensions des comtes d’Auvergne – traité entre le comte Guy II et son frère Robert en 1201 -, obtient telle charge de bailli ducal de 1390 à 1405 ou abbatiale d’Aurillac au 15ème siècle (16).

L’origine commune des Rochedagoux et des Rochedragon, avérée par la proximité des deux châteaux et leurs armoiries – « d’azur, au lion dragonné d’or, lampassé, armé et couronné de gueules » chez les Rochedragon – n’est guère contestable :

« On peut donc conjecturer qu’à une époque antérieure au quinzième siècle, il y a eu partage entre héritiers de même sang, et que la branche cadette, établie près du berceau commun, s’est distinguée de l’aînée par un léger changement dans l’orthographe du nom patronymique. » (17)

Chef-lieu de bailie au 13ème siècle, l’équivalent d’alors des prévôtés instituées ensuite, Roche d’Agoux apparaît dans la correspondance d’Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, qui écrit au connétable d’Auvergne en vue de l’aider dans ses préparatifs pour la croisade de 1269 (18).

L’Auvergne, terre de Croisades

L’appel de l’Orient s’est très tôt fait entendre. Terre de conciles – dont le huitième, en 1095, lors duquel le pape Urbain II lance son appel de Clermont afin de délivrer les Chrétiens d’Orient et aider l’empereur byzantin Alexis III Ange, menacé par les Turcs Seldjoukides et les Petchenègues au nord, appel qui concrétise le début de la première Croisade (1096-1099) -, l’Auvergne est aussi une terre de pèlerinages vers la Terre Sainte dès le 11ème et 12ème siècles (19).

Il n’est pas indifférent que la baronnie de Roche d’Agoux ait été démembrée au 13ème siècle au bénéfice d’Alphonse de Poitiers, déjà évoqué plus haut. Cinquième fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, frère de Saint Louis, ce prince hérita, à la mort de son père, du Poitou et de l’Auvergne, terre échue à la Couronne, avec une partie des Etats de Raymond VII, comte de Toulouse, suite à la guerre des Albigeois, en vertu du traité de Paris du 12 avril 1229, et grâce à son mariage avec Jeanne de Toulouse, fille du comte.

Ayant récupéré le Poitou, que lui disputait Hugues de Lusignan, lors de la campagne militaire de Saintonges (1242), Alphonse de Poitiers s’embarque avec son frère, Louis IX, à Aigues-Mortes pour la Palestine, le 26 août 1249 (20). Si les péripéties de cette septième Croisade sont connues – prise de Damiette, retrait d’Egypte -, le but avoué de porter secours aux Croisés fut préparé par d’actives négociations auprès du pape Innocent IV à Lyon, ainsi qu’auprès du roi d’Angleterre Henri III Plantagenêt. En dépit de cet échec, Alphonse de Poitiers s’embarque à nouveau à Aigues-Mortes en 1270, mais meurt avec son épouse, un an plus tard, à Savone (21).

Rappelons ici la forte implication de ce féodal dans l’administration de ses terres, le rôle important dévolu à ses conseillers – dont Sicard Alaman, Pons Astoard ou Gilles Camelin -, lesquels multiplièrent les hiérarchies de contrôle, sénéchaux et enquêteurs, contrairement à la majeure partie du domaine royal de cette époque (22). N’oublions pas, enfin, que le dernier roi d’Arménie (1373-1375), Léon VI de Poitiers-Lusignan, était petit-fils d’Amaury de Poitiers-Lusignan, lui-même apparenté au frère de Saint Louis.

Si la correspondance administrative d’Alphonse de Poitiers nous est accessible (23), comment ne pas citer la complainte de Rutebeuf sur sa mort :

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Je crois qu’ils sont trop clairsemés,
Ils ne furent pas bien semés
Et sont faillis.
De tels amis m’ont mal bailli,
Car dés que dieu m’eut assailli
De maint coté,
N’en vis un seul en mon hôtel.
Je crois le vent les a ôtés,
L’amour est morte,
Ce sont amis que vent emporte,
Et il ventait devant ma porte.

Les sombres heures d’Auvergne

Marquée par une forte dépopulation dans la seconde moitié du 14ème siècle (24), liée à la pandémie de peste noire des années 1346-1350, la région connaît alors une période de déclin : les registres de levée de la taille en 1352 chiffrent l’étendue des pertes démographiques dans une moyenne de 23 %, mais qui dépasse ailleurs les 50 % (25).

Second fléau, la Guerre de Cent Ans frappe le territoire de 1355 à 1392, livré alors aux dissensions et aux pillages (26), aggravés ensuite par des guerres intestines de succession et la jacquerie des Tuchins, qui s’appuie sur l’hostilité aux troupes d’occupation anglaises.

Phénomène récurrent, la famine contemporaine, dont témoigne une lettre de grâce de 1375 (27).

En résultèrent l’abandon de nombreux villages et une crise morale collective :

« […] le mental est atteint comme l’art en témoigne. On cherche aux difficultés des solutions surnaturelles : des processions générales sont opposées à la peste, tandis qu’un reclus (ou plus souvent une recluse) volontairement retiré du monde prie en permanence pour le salut de ses compatriotes. » (28)

Le Moulin des Arméniens

Evoqué par E. Mardirossian, cet ensemble architectural, isolé au creux d’un vallon de la commune de Bussières-près-Pionsat, se compose de trois bâtiments, dont le plus ancien est un moulin à eau, conservé quasi religieusement par la famille Chaput, actuelle propriétaire.

Attestée dès 1299, la présence de moulins sur le territoire de Pionsat, où se tenait une foire annuelle, ainsi qu’à Roche-d’Agoux (29), participe d’une vie économique active – commerce de fil blanc « cru », de chanvres et de toiles -, qui ne parvient pas cependant à résister au poids des charges sur les terres, avec pour conséquence une stagnation qui perdurera tout au long du 19ème siècle (30).

Perspectives de recherche

L’inventaire des archives ecclésiastiques et diplomatiques pour la période intéressant les échanges du royaume de Petite-Arménie avec la France et l’Auvergne, l’histoire patrimoniale des cadastres d’Ancien Régime, l’affinement de l’enquête généalogique sur le patronyme Desarméniens sur une échelle plus vaste – Auvergne, mais aussi Marche, Aquitaine et Provence -, l’apport des relations de voyages en France à l’Age Classique – y compris manuscrits et en langues étrangères -, ou encore l’étude minutieuse de l’impact des Croisades sur des Etats d’Occident en mutation sociale et culturelle : autant d’éléments qui permettraient d’ouvrir un espace neuf à l’histoire de l’immigration arménienne en France depuis le Moyen Age.

La diaspora arménienne d’Auvergne demeure un archipel qui ressurgit ici et là, mais dont nous manque encore le fil conducteur. Souhaitons que l’année 2012 – Erevan, capitale mondiale du livre – contribue à cette renaissance.

Rencontres arméniennes

Nous tenons à remercier tout d’abord M. René Gomot, habitant aux Cheix, à Bussières-près-Pionsat, ancien résistant du maquis du Mont-Mouchet où, dès 1942, Camille Vacant-Mirabeau, instituteur de Saint-Maurice-de-Pionsat, entraînera de nombreux combattants (31). Le souvenir familial de son arrière-grand-mère paternelle, née Desarméniens, la parenté avec une autre famille d’origine arménienne – les Farghen -, les liens amicaux tissés avec la diaspora du 20ème siècle, présente à Saint-Maurice-de-Pionsat – familles Lazdanian et Buliot : autant d’éléments qui recomposent une mémoire collective où les temps anciens sont toujours vivaces : populations ramenées des Croisades par les seigneurs, révolutions anciennes d’Orient, rivalités amoureuses des seigneurs de Roche d’Agoux, moulin des Arméniens.

Le souvenir des résistants Desarméniens au maquis de 1944, dont témoigne le monument aux morts de Saint-Maurice-de-Pionsat, nous est revenu avec force à la lecture de Résistance Auvergne, périodique régional des anciens combattants.

M. et Madame Lazdanian, habitant Saint-Maurice-de-Pionsat, nous ont livré avec émotion maints souvenirs de la diaspora arménienne de Turquie (village de Gayivé) : désertion du père de Xavier Lazdanian, enrôlé de force dans l’armée turque et qui ne dut son salut qu’à une Turque qui l’abrita dans un four à pain – après avoir vu son épouse et son fils de 3 ans être massacrés - ; images de sa grand-mère évoquant la disparition de ses 7 sœurs assassinées et de sa mère, qui n’accepta pas la disparition de sa maison familiale, mais confectionnait de délicieux bakhlavas pour toute la famille ; grand-père musicien, amateur de duduk ; mais aussi absence d’archives familiales de Turquie, poids du silence sur les enfants de la première génération ; souvenirs de la Résistance à Lyon, où un ingénieur arménien donnait des cours de langue arménienne ; souhait que la Turquie reconnaisse enfin les faits, à l’instar de l’Allemagne envers de la communauté juive ; situation des familles d’origine arménienne en Turquie, contraintes encore récemment de turciser leur patronyme…

Nous remercions aussi M. Jean-Marie Buliot, dont l’épouse est Marseillaise d’origine arménienne, passionné par la cause arménienne et qui nous a communiqué plusieurs documents instructifs sur l’apport de la communauté arménienne dans des domaines aussi divers que les techniques ou les arts. M. Buliot a aussi participé activement à la Résistance dans le maquis du Mont-Mouchet, ainsi que M. René Gomot.

M. et Madame Claude Camus, actuels propriétaires au Hameau des Arméniens, nous ont courtoisement permis de préciser l’approche architecturale d’un patrimoine régional méconnu.

M. Joël Chaput et sa famille, actuels propriétaires du Moulin des Arméniens à Bussières-près-Pionsat, nous ont accueilli avec une rare gentillesse, nous ouvrant les portes du musée familial, désireux de voir ce patrimoine arménien d’Auvergne enfin reconnu à sa juste valeur de mémoire historique, témoin des temps de résistance et d’échanges entre les peuples.

Enfin, nous tenons à remercier particulièrement M. Claude Dubosclard, maire de Bussières-près-Pionsat et dont un ancêtre, Marien Redon, fils d’André et Anne Desarméniens, fut l’un des premiers maires de Bussières en 1791 et 1792, et qui s’est montré très réceptif à notre enquête et à ses développements envisagés (stèle, lieu de mémoire arménienne).

Notes

1. Editions L’Atalante, 2004
2. Edouard Mardirossian, « Hameau Les Arméniens 63330 Bussières-près-Pionsat », France-Arménie, n° 116, oct. 1992 - http://www.acam-france.org/index.html
3. http://www.puydedome.com/Les_6_pays/Combrailles-48036_52738.html?1=1
4. Histoire des communes du Puy-de-Dôme. Sous la dir. d’A.-G. Manry. – Arrondissement de Riom. Le Coteau : Editions Horvath, 1987, p. 319.
5. Ibid., p. 319.
6. Maxime Mangerel. Le canton de Pionsat pendant la période révolutionnaire 1789-1800. Clermont-Ferrand : Gaston Delaunay, 1904, p. 12.
7. Histoire des communes du Puy-de-Dôme, p. 319-320.
8. Ibid., p. 326-332.
9. Ibid., p. 327, 334, 339.
10. Site internet : http://www.cghav.org/
11. Pionsat, des origines à nos jours. Catalogue de l’exposition des Amis du Château de Pionsat, 12 août 1979, p. 6.
12. M. Mangerel, op. cit., p. 6-7.
13. Id., p. 79.
14. Notice de Ch. Perronin, in Histoire des communes du Puy-de-Dôme, p. 333.
15. Id., p. 333.
16. J.-B. Bouillet. Nobiliaire d’Auvergne. Clermont-Ferrand : Impr. de Perol, 1851, p. 362-363.
17. Id., p. 364.
18. Histoire des communes du Puy-de-Dôme, p. 333.
19. Voir l’étude de G. Fournier, in Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 1996, vol. 98, n° 729, p. 81-138.
20. Dictionnaire de biographie française. Sous la dir. de J. Balteau, M. Barroux et M. Prevost. Tome II. Paris : Lib. Letouzey et Ané, 1936, p. 310.
21. Id., p. 311.
22. Voir la thèse de Pierre Fournier, Ecole des Chartes, Histoire Médiévale, 1911.
23. Editions Molinier, 1894-1900. 2 vol.
24. Voir l’étude d’Olivier Troubat, in Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, jan.-mars 2003, vol. 104, n° 756, p. 209-222.
25. Pierre Charbonnier et Anne Courtillé. Auvergne. Ed. Bonneton, 1985, p. 32.
26. Id., p. 32-33.
27. Ibid., p. 34.
28. Ibid.
29. M. Mangerel, op. cit., p. 12.
30. Sur Pionsat au 19ème siècle, voir la synthèse de Martine De Oliveira, Université de Clermont, Institut d’Histoire, maîtrise, dir. A. Silbert, 1972-1973. Sur l’artisanat et le commerce en Combrailles au 18ème siècle, voir l’étude de J. Semonsous, éd. 1962.
31. Histoire des communes du Puy-de-Dôme, p. 340.

© Georges Festa - 05.2011- Reproduction soumise à autorisation.