samedi 11 juin 2011

Exposition Aïvazovsky, New York / Aivazovsky Exhibition, NYC

I. K. Aïvazovsky, Naufrage, 1864
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Exposition Aïvazovsky - Sotheby’s, New York (7-11.04.2011)
Conférence conclusive d’Andreas Roubian

par Aram Arkun

The Armenian Mirror-Spectator, 28.05.11


NEW YORK – Le siège new-yorkais de la firme internationale d’enchères artistiques Sotheby’s accueillait le 11 avril dernier une conférence donnée par le collectionneur d’art Andreas Roubian consacrée à Ivan [Hovhannès] Konstantinovitch Aïvazovsky, peintre du 19ème siècle, célèbre pour ses marines. Spécialiste reconnu d’Aïvazovky à travers le monde, A. Roubian exposait dix chefs-d’œuvre de l’artiste, issus de sa collection personnelle, lors de cette manifestation à l’occasion d’une vente aux enchères d’art russe chez Sotheby’s, du 7 au 11 avril [2011]. Chef d’entreprise dans le domaine du commerce international et de la logistique, Roubian est titulaire d’une licence et d’un mastère de la Stern School of Business (Université de New York) et a travaillé dans plusieurs institutions financières. Il devint, dans les années 1980, directeur financier de Danzas, fournisseur international en logistique, puis créa sa propre entreprise, intitulée FDS International. Alors que Roubian n’était pas encore trentenaire, FDS devint l’une des premières sociétés de services à mettre en œuvre des procédés informatiques pour les douanes américaines et d’autres agences gouvernementales afférentes. Après la première Guerre du Golfe, FDS livra des services logistiques au niveau international pour la reconstruction du Koweït au début des années 1990.

Durant les années 1980, A. Roubian enseigna la finance et les sciences du management en tant que lecteur associé à la Pace University, ainsi qu’à la City University of New York, pendant dix ans environ. Il possède une vaste collection d’art qui inclut les œuvres de nombreux autres artistes arméniens tels que Hovsep Pushman et Martiros Sarian.

Sonya Bekkerman, en charge du département des peintures russes à Sotheby’s New York, présenta la conférence de l’A. Dans son introduction, elle précisa : « J’ai rencontré Andreas, il y a dix ans. Il m’invita chez lui voir sa collection. Andreas joua un rôle essentiel lors de ma première vente de tableaux russes en 2004 et je lui en suis très reconnaissante. Depuis lors, j’ai visité maintes résidences dans maints continents, sans voir encore une collection d’œuvres d’Aïvazovsky de cette ampleur, de cette qualité et de cette ambition, et je suis certaine de ne plus tomber à nouveau sur une telle collection. »

La passion pour l’art et les collections d’A. Roubian, poursuivit-elle, débuta à son adolescence, sous l’influence de sa mère. Roubian fait autorité sur Aïvazovsky, auquel il consacre actuellement un ouvrage. Il prête souvent des œuvres de sa collection privée à des musées, mais c’était la première fois qu’une petite partie de celle-ci était exposée chez Sotheby’s. Roubian milite aussi en faveur de ses compatriotes arméniens. Il présida le Comité Karabagh à la fin des années 1980 et au début des années 1990, aidant les combattants du Karabagh et apportant une assistance humanitaire au reste de la population de cette région. Il fut le mécène de la vaste cathédrale de Shoushi au Karabagh, dont il finança la reconstruction en souvenir de ses parents. Il continue aujourd’hui d’être actif dans les affaires arméniennes et soutient la république d’Arménie, ainsi que celle du Haut-Karabagh. Il reçoit souvent chez lui des témoignages de reconnaissance.

A. Roubian présenta une courte biographie d’Aïvazovsky (1817-1900). Il naquit dans une famille arménienne pauvre à Théodosia en Crimée (actuellement en Ukraine, mais qui se trouvait alors dans l’empire russe). Ses premiers dessins au charbon sur des murs attirèrent l’attention de l’architecte en chef de Théodosia, un ami du père d’Aïvazovsky. De nombreuses personnalités locales le remarquèrent aussi. Intérêt qui se traduisit par l’octroi d’une bourse d’études de six ans à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Le tsar Nicolas Ier remarqua son travail et lui demanda d’accompagner la flotte russe avec son fils. Roubian relève : « Ce fut une rencontre inespérée et Nicolas Ier devint le meilleur mécène d’Aïvazovsky, achetant toutes ses œuvres. »

S. Bekkerman fit remarquer qu’Aïvazovsky peignit plus de 6000 toiles, tandis qu’A. Roubian précisa qu’en 1962 ou 1963 il n’existait plus qu’environ 620 ou 650 de ses tableaux dans les musées soviétiques, si bien que beaucoup n’ont pas survécu. Certains furent découpés, repeints (par exemple, plus de 80 % de ceux qui se trouvaient au Palais Dolmabahçe d’Istanbul) ou n’étaient qu’à l’état de fragments. L’exposition à l’eau de mer endommagea aussi beaucoup de ses œuvres.

A l’instar de nombreux autres artistes, Aïvazovsky traversa différentes périodes qui se caractérisent par des styles différents dans son œuvre. Dans les années 1830, il est l’élève du peintre paysagiste romantique Maxim Vorobyev et peint directement d’après nature, durant son séjour à l’Académie. La décennie suivante, il s’efforce de découvrir son intensité intérieure et délaisse la peinture directe d’après nature pour une manière libre, peignant d’après son imagination. Sa touche évolue progressivement. Il s’éloigne aussi du romantisme vers le réalisme. Dans les années 1890, il commence à s’en écarter et flirte avec l’impressionnisme, pour finalement demeurer fidèle au réalisme.

A la fin des années 1870-1880, Aïvazovsky devint davantage un nationaliste russe, comme le montrent ses portraits du tsar ou d’autres thèmes russes. Mais il fut aussi toujours loyal envers ses racines arméniennes. Lorsque les Russes prirent Kars aux Ottomans, note Roubian, Aïvazovsky fut enthousiasmé en tant que Russe et Arménien, et partit à la rencontre du lieutenant-général Arshak Ter-Ghoukassov, l’un des commandants russes, qui était d’origine arménienne. Il se mit immédiatement à travailler sur son tableau consacré à cette victoire.

Dans les années 1890, fait intéressant pour les Américains, Aïvazovsky fut fasciné par Christophe Colomb et sa découverte de l’Amérique. Il peignit de nombreuses œuvres sur ce thème et voyagea aux Etats-Unis. Durant les dix dernières années de sa vie, il exposa activement à travers le monde.

Aïvazovsky fut à sa manière un chef d’entreprise à succès et ne participa guère à des expositions collectives. Ce qui conduisit maints autres artistes à le jalouser. Il ne possédait pas d’atelier avec des gens travaillant pour lui, mais il encourageait les amateurs à copier ses oeuvres. Par ailleurs, de nombreux artistes arméniens furent influencés par lui et vinrent le voir en Crimée. Parallèlement, tous ses tableaux ne sont pas des chefs-d’œuvre, si bien que beaucoup sont de qualité moindre. Quoi qu’il en soit, note Roubian, « si vous saisissez sa touche, comme Sonya et moi nous le faisons, vous pouvez exprimer à l’instant ce qui émane de sa main ».

Parmi la sélection de tableaux d’Aïvazovsky exposés, figuraient « Ruée de moutons durant la tempête », peint en 1861. Aïvazovsky le considérait comme une de ses œuvres importantes et l’exposa à Londres. Il aimait les moutons et en possédait plusieurs. Dans ce tableau, le mouton illustre les expressions individuelles de peur.

Dans les années 1860, Aïvazovsky se rendit au Caucase afin de visiter l’Arménie et rencontrer le Catholicos à Etchmiadzine. Il ne put jamais mener à bien ce projet, à cause d’une météo détestable, mais il peignit son premier « Mont Ararat » en 1869 à Tbilissi, tableau exposé par A. Roubian. Bien qu’Aïvazovsky n’ait jamais vu cette montagne, les détails en sont parfaits. Un singe sur un chameau figure même au premier plan. C’était l’une des œuvres préférées du peintre.

Parmi les autres chefs-d’œuvre exposés, « Alexandre II traversant le Danube » (1878) est l’un des rares tableaux représentant ce tsar à avoir survécu et fut peint pour le grand-duc Serguéi Alexandrovitch pour commémorer la victoire des Russes lors de la guerre récente contre l’empire ottoman. Non loin, « Caravane devant les pyramides » était exposé dans la même salle. Peint en 1871, il est considéré par certains critiques comme l’un des meilleurs tableaux d’Aïvazovsky à travers le monde.

S. Bekkerman demanda à A. Roubian ce que signifie pour lui être un collectionneur et pourquoi il élut en particulier les œuvres d’Aïvazovsky. Réponse : « Collectionner de l’art, pour un intellectuel ou toute personne exposée aux éléments les plus beaux de l’existence, est inspirant. Vous n’avez qu’à contempler l’art et, chaque fois, découvrir quelque chose de nouveau… Jamais je n’ai acheté le moindre tableau pour de l’argent. J’achète pour mon plaisir personnel. Je suis un militant arménien. Je suis aussi très américain. De même, tout en étant arménien, mais aussi ukrainien et russe, Aïvazovsky montra que l’on peut être simultanément un grand Russe, un grand Ukrainien et un grand Arménien. »

A. Roubian souligna en conclusion : « Aïvazovsky est, sans conteste, l’un des plus grands peintres de l’humanité. »

Parmi le public nombreux et distingué de Sotheby’s figuraient de nombreux diplomates tels que Kassym-Jomart Tokayev, directeur général du siège des Nations Unies à Genève, ainsi que les représentants permanents aux Nations Unies de l’Arménie, du Kazakhstan, de l’Ukraine, du Honduras et de la Russie, respectivement les ambassadeurs Karen Nazarian, Byrganym Aitimova, Yuriy Sergeyev, Aksoltan Atayeva, Mary Elisabeth Flores Flake et Vitaly Churkin.

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Source : http://www.mirrorspectator.com/pdf/280510.pdf
Traduction : © Georges Festa – 06.2011.