samedi 18 juin 2011

Génocide arménien : confiscation et colonisation

© Continuum, 2011 (à paraître en août)


Confiscation et colonisation
La prise des biens arméniens par les Jeunes-Turcs

par Uğur Ümit Üngör

The Armenian Weekly, avril 2011


« Abandonnez toutes vos affaires – vos meubles, vos couchages, vos objets. Fermez vos magasins et vos commerces en laissant tout à l’intérieur. Vos portes seront scellées avec des cachets spéciaux. A votre retour, vous retrouverez tout ce que vous avez laissé. Ne vendez aucun bien, ni aucun objet de valeur. Les acheteurs, comme les vendeurs, seront poursuivis en justice. Déposez votre argent dans une banque au nom d’un proche qui se trouve à l’étranger. Faites une liste de ce que vous possédez, y compris le bétail, et remettez-la à l’officiel prévu à cet effet, afin que toutes vos affaires vous soient restituées ensuite. Vous avez dix jours pour vous conformer à cet ultimatum. » (1)
Promulgation du gouvernement affichée dans les lieux publics à Kayseri, 15 juin 1915.

Introduction

Cet article est basé sur une monographie à paraître concernant l’expropriation des Arméniens ottomans lors du génocide de 1915 (2). Il reprendra certains des principaux arguments de ce livre, qui détaille l’émergence du nationalisme économique turc, livre un aperçu des ramifications économiques du processus génocidaire, et décrit comment le pillage fut organisé sur le terrain. L’ouvrage analyse le caractère corrélé de la confiscation des biens, lancée par le régime Jeune-Turc et ses élites locales qui collaborèrent, et propose de nouveaux développements concernant les fonctions et les bénéficiaires de ce vol avalisé par l’Etat. s’appuyant sur des dossiers secrets et des documents inédits en huit langues, ce livre présente de nouvelles preuves pour démontrer de quelle manière les Arméniens furent victimes d’un pillage et d’une destruction systématiques et comment des Turcs ordinaires se virent attribuer tout un ensemble de biens à leur profit.

Cette politique en deux volets est saisie via les deux concepts de confiscation et de colonisation. L’ouvrage recourt au concept de confiscation pour comprendre l’engagement d’un vaste appareil d’Etat et illustrer la façade légale durant la spoliation des Arméniens. En outre, il déploiera le concept de colonisation afin de marquer la redistribution de leurs biens sous la forme d’une colonisation intérieure. A eux deux, ces concepts résument bien le double processus consistant à saisir les biens des Arméniens et à les redistribuer aux Turcs. (3)

Le livre se place dans le champ des études sur le génocide et commence par poser des questions qui ont été renseignées de manière satisfaisante pour d’autres génocides tels que la Shoah et le génocide rwandais : la confiscation des biens du groupe victime était-elle motivée en tant que simple instrument visant un bénéfice matériel ? Le régime Jeune-Turc distribua-t-il les biens des Arméniens aux élites locales en échange de leur soutien au génocide ? Autrement dit, acheta-t-il simplement leur loyauté en faisant appel à leur sens de leur propre intérêt économique ? Ou bien ces mêmes élites locales soutinrent-elles les destructions et les expropriations en dehors de toute conviction idéologique ? En fin de compte, quel était le but du processus de spoliation ? En d’autres termes, quelle fut l’étendue du cercle des profiteurs ? L’élite Jeune-Turc, de la capitale de l’empire aux cités de province, en profita-t-elle seule ou bien des classes plus larges au sein de la société turque en bénéficièrent-elles aussi ?

L’ouvrage comprend sept chapitres qui peuvent être répartis en trois sections. Les chapitres 2 et 3 constituent la première section et abordent des questions importantes comme l’idéologie et le droit. Le chapitre 2, intitulé « Bases idéologiques : construire « l’économie nationale » turque », retracera l’évolution de l’idéologie nationaliste turque, consistant à bâtir une « économie nationale » purement turque dans le cadre d’un paysage économique ottoman multiethnique. Il abordera de quelle manière le parti Jeune-Turc envisagea la venue de cette économie turque en analysant les écrits des principaux idéologues Jeunes-Turcs. Contrairement aux analyses macro-économiques de la politique financière ottomane au début du 20ème siècle, ce chapitre étudiera comment le parti concevait le rôle de l’Etat et le progrès économique de la population d’origine turque.

Suivi immédiatement du chapitre 3, intitulé « Bases juridiques : utiliser le système judiciaire à des fins d’injustice ». Ce chapitre analysera de près les nombreuses lois et décrets que le régime Jeune-Turc vota afin de conférer une apparence de légalité à ses crimes. Il tentera de répondre à la question suivante : pourquoi le régime Jeune-Turc éprouva-t-il le besoin de voter des lois élaborées sur le statut des biens des Arméniens en temps de guerre ? Il analysera non seulement les lois qui furent adoptées par ce régime, mais aussi le statut juridique des biens des Arméniens. Le chapitre distinguera la provenance légale des terres et des biens immeubles de ceux meubles.

Le chapitre 4, « La spoliation des Arméniens durant le génocide, 1915-1918 », constitue une section en soi. Il examinera les développements du génocide et retracera la politique économique Jeune-Turc à l’égard de la population arménienne, du coup d’Etat Jeune-Turc en 1913 à la chute du régime en 1918. Il décrira comment cette politique évolua du boycott à la discrimination, puis vers la confiscation et le pillage direct, se traduisant par l’appauvrissement en masse des victimes. Il identifie les tendances et développements principaux de cette politique cruelle et de quelle manière elle affecta les communautés arméniennes ottomanes. Le chapitre est conçu comme une introduction générale aux trois chapitres importants qui suivent.

La troisième et dernière section du livre se compose des chapitres 5 et 6. Il s’agit d’études de cas approfondies sur plusieurs provinces importantes de l’empire ottoman. Le chapitre 5, « Adana : la ceinture de coton », première de ces deux études de cas, décrit le pillage organisé des biens des Arméniens, ainsi que le déploiement et la redistribution, qui en résultèrent, de ces mêmes biens aux Turcs. Il s’intéressera principalement à la ville méridionale d’Adana, où les Arméniens étaient employés dans les champs de coton, et décrira de quelle manière les Jeunes-Turcs du lieu spolièrent les Arméniens et affectèrent leurs biens à des réfugiés turcs originaires des Balkans.

Le chapitre 6, « Diyarbékir : contrée du cuivre et de la soie », constitue la seconde et dernière étude de cas, centrée sur la région de Diyarbékir, au sud-est, réputée pour son artisanat du cuivre et de la soie. La vie économique du bazar y était dominée par les artisans arméniens. Le chapitre décrira comment les perpétrateurs locaux participèrent à la destruction de leurs voisins arméniens et en furent récompensés par les autorités centrales. Il abordera aussi la corruption et le détournement de fonds à grande échelle. (4)

Enfin, le chapitre 7 – la conclusion – recentrera les principales questions posées dans cette introduction et mettra en perspective les conclusions générales de chaque chapitre. Il retracera dans un style direct comment et pourquoi les Arméniens furent spoliés durant le génocide, comment cela affecta les économies locales et comment la population turque ordinaire tira profit de cette campagne d’expropriation.

Confiscation

Le génocide arménien se compose d’un ensemble de processus qui se chevauchent : meurtre des élites, déportations, massacres, assimilation forcée, destruction d’une culture matérielle, et le thème qui nous occupe : l’expropriation. Bien que ces dimensions du génocide diffèrent et furent menées par différentes instances, elles convergent dans leur objectif : la destruction. A la fin de la guerre, quelque 2 900 lieux habités par les Arméniens d’Anatolie (villages, villes, secteurs environnants) se trouvaient dépeuplés et la majorité de leurs habitants morts. Ce qui confère aux massacres un caractère génocidaire est le fait que le génocide cible une catégorie abstraite d’une identité collective, en ce que tous les Arméniens, loyaux ou déloyaux, furent anéantis.

Le saut qualitatif dans l’élimination des Arméniens de l’économie ottomane atteignit une importante accélération avec la déclaration de guerre et l’abolition des capitulations. L’abrogation des capitulations fut une rupture unilatérale avec le droit international et un catalyseur qui canalisa de hauts niveaux de pouvoir entre les mains des Jeunes-Turcs. La « turcisation » pouvait désormais être systématisée dans le cadre impérial d’une politique globale de harcèlement, de boycotts organisés, d’agressions violentes, d’exclusions des associations et des corporations professionnelles, de radiations massives d’employés arméniens de la fonction publique et de pillage de leurs affaires au sein du secteur privé.

Le processus de confiscation débuta immédiatement après la déportation des propriétaires arméniens. En règle générale, aucun arrangement antérieur n’avait été conclu concernant les biens. Le Comité Union et Progrès (CUP) lança la déportation, ainsi que la spoliation, des Arméniens bien avant la promulgation de quelque loi ou décret officiel. Les décrets de déportation du 23 mai 1915 et la loi sur la déportation du 27 mai 1915 furent publiés après que les déportations aient déjà débuté. Décrets et lois servirent simplement à unifier des pratiques jusque là diverses et à rendre la politique globalement plus logique. Telle fut aussi l’approche du CUP quant aux confiscations. Aux télégrammes adressés dans différentes provinces, ordonnant la liquidation des biens immeubles, succéda le programme rationalisé du 10 juin 1915, lequel institua l’instance clé chargée de superviser le processus de liquidation – la Commission aux Biens Abandonnés [Emvâl-ı Metruke Komisyonu]. Il ne s’agissait pas encore de « Commissions de liquidation » ainsi dénommées, mais elles remplirent néanmoins en grande partie cette fonction.

Officiellement, il y eut 33 commissions de ce genre à travers le pays et, dans les villes qui en étaient dépourvues, la section locale du CUP prit souvent en charge ces tâches. Lesquelles consistaient à inventorier, liquider, s’approprier et redistribuer les biens des Arméniens. L’information la plus détaillée et fiable que nous possédons sur ces commissions provient des Allemands stationnés dans l’empire ottoman. Par exemple, des membres de la Deutsche Bank ont attesté que la Banque Ottomane collabora à cette entreprise (5). Dans sa correspondance avec les provinces, l’ambassadeur d’Allemagne conclut que le processus de confiscation connut deux phases : la liquidation directe de tous les biens non pillés des Arméniens par la Commission aux Biens Abandonnés, puis le transfert des revenus afférents à la Banque Ottomane qui était responsable de l’argent (6). Selon André Mandelstam, en 1916, une somme de 5 millions de livres turques (l’équivalent de 30 tonnes d’or) fut déposée par le gouvernement ottoman auprès de la Reichsbank à Berlin. Ce montant astronomique fut très probablement l’agrégat de tous les comptes bancaires des Arméniens, ainsi que de la somme totale gagnée au moyen des liquidations dans les provinces (7). Par ailleurs, des diplomates allemands affirment que les commissions œuvrèrent en tandem avec les services du Grand Vizir, le ministère des Finances et celui de la Justice (8). Toute l’opération fut supervisée par le ministère de l’Intérieur, lequel avait pour tâche un travail énorme de coordination et d’enregistrement. Ces dossiers ont survécu et je m’appuierai largement sur eux afin de souligner le processus de spoliation.

Au début, le problème des biens fut un effet concomitant des déportations et il n’existait probablement aucun schéma directeur prévu à cette fin, rédigé par Talaat Pacha et ses sbires. Tout au long de 1915 et 1916, le ministère de l’Intérieur publia des centaines de directives, d’ordres, de décrets et d’injonctions en direction des autorités au niveau des provinces, des districts et des villes. Lorsque la déportation commença, il enregistra les noms, les professions et les biens des Arméniens, avant de les exproprier et de liquider leurs biens immeubles. Plusieurs décrets, à l’échelle de l’empire, dessinèrent les contours de la politique de confiscation. La liquidation impliquait de mettre aux enchères et de vendre les biens au moins offrant, et non au plus offrant. A cette fin, le 29 août 1915, le ministère de l’Intérieur adressa une circulaire sous la forme d’un télégramme demandant aux autorités de mettre aux enchères les biens abandonnés des Arméniens au profit de la population turque locale (9). Cette mesure répondant aux déportations en cours, des préparatifs furent menés pour d’autres qui devaient suivre. Le 1er novembre 1915, ce même ministère ordonna de dresser la liste des « marchands arméniens originaires de provinces qui n’ont pas encore été transférés vers d’autres régions », avec des détails sur leurs entreprises de commerce, leurs biens immobiliers, leurs manufactures, la valeur estimée de tous leurs biens, des informations sur leurs proches vivant à l'étranger et sur leur façon de travailler avec leurs partenaires d’affaires à l’étranger (10). Afin de prévenir tout litige juridictionnel, le ministère stipula que le seul organisme autorisé à organiser les expropriations était la Commission aux Biens Abandonnés (11).

Talaat et le ministère de l’Intérieur qu’il présidait rencontrèrent rapidement deux problèmes aigus : l’ambiguïté concernant les formes et la provenance des biens, et la définition du but des expropriations. Exemplaire de cette dernière, une question posée par les autorités provinciales d’Alep, s’agissant de savoir si seuls les Arméniens apostoliques devaient être expropriés ou bien aussi ceux qui étaient protestants et catholiques. Dès lors, la définition du groupe victime était déjà passée d’une définition religieuse, fondée sur le système du millet, à une définition nationale. Le ministère décida donc que les cibles n’étaient pas seulement les Arméniens apostoliques, mais tous « les Arméniens » (12). Le consul d’Allemagne à Trabzon relève qu’au terme de cette loi, techniquement, « un Arménien converti à l’islam devrait alors être déporté en tant qu’Arménien islamisé » (13).

D’autres provinces se demandèrent que faire des biens des Arméniens non déportés, souvent des familles de militaires. Le ministère ordonna que, pour l’heure, elles soient autorisés à conserver leurs biens (14). Autre cas, trois gouverneurs demandant conseil pour savoir comment gérer les champs ensemencés des paysans arméniens. Le ministère reconnut que les décrets abstraits ne correspondaient pas toujours aux conditions existantes sur le terrain et ordonna : « Ces champs doivent être moissonnés et engrangés sous le contrôle des Commissions aux Biens Abandonnés et entretenus grâce aux fonds pour les dépenses des colons. Faites-nous savoir sous deux jours combien de soldats ou d’ouvriers, issus de la population, et quels genres de machines, d’outils et d’ustensiles sont nécessaires pour moissonner les récoltes. » (15)

Ces prescriptions étaient complétées par des règlements prohibitifs. Les Arméniens qui s’attendaient à ce que les déportations fussent une mesure temporaire, escomptaient louer leurs maisons, leurs écuries, leurs granges ou leurs magasins à des voisins ou des connaissances. Mais le ministère interdit ces pratiques (16). Les Arméniens qui tentèrent de vendre leurs biens à des étrangers et à d’autres chrétiens (comme les Grecs ou les Arabes chrétiens), furent aussi neutralisés. Le ministère télégraphia une circulaire interdisant « fermement » [suret-i katiyyede] la vente de toute terre ou autre bien à des étrangers (17). En outre, le gouvernement empêcha les Arméniens, au moyen de toute une panoplie de stratégies, d’éviter la saisie de leurs biens. Entre autres, le fait de transférer leur bien à des Arméniens non ottomans, de l’envoyer à l’étranger à des membres de la famille, de remettre des objets de valeur aux missionnaires et aux consuls américains, d’envoyer par courrier leurs biens vers leurs nouvelles résidences à leurs destinations finales. C’est ce genre d’interdictions qui met en lumière la logique présidant aux expropriations. Elles laissent délibérément entendre qu’il n’était nullement question de compenser véritablement les Arméniens au titre de leur spoliation, ni de leur proposer quelque perspective de retour dans leurs foyers. Hilmar Kaiser conclut à juste titre que ces restrictions constituent « un aveu complet d’une intention criminelle officielle » (18).

Une explication plus précise réside peut-être dans un télégramme révélateur, adressé par le gouvernement au district de Balıkesir. Il est écrit que l’expropriation nécessite d’être mise en œuvre afin de « s’assurer que la population transférée n’ait plus aucun lien avec ses biens et ses titres de propriété » [nakledilen ahalinin alâka-ı mülkiyet ve tasarrufu kalmamasını temîn] (19). Autrement dit, le lien entre les Arméniens et leurs biens devait être définitivement rompu afin de provoquer une « désarménisation » durable du territoire. Trois ans plus tard, le consul d’Allemagne à Trabzon, Heinrich Bergfeld, relève à juste titre que la décision la plus importante fut de priver les propriétaires fonciers du droit de disposer de leurs biens immeubles. A la fin de la guerre, il réfléchit au sort des déportés arméniens : « Si l’on est d’avis qu’ils ne pourront être autorisés à revenir définitivement dans leurs foyers d’autrefois, l’on doit au moins leur accorder une permission générale de faire usage de leurs biens immobiliers ou de les louer, et de les autoriser temporairement à se rendre sur leurs terres à cette fin. » (20) Proposition qui se révèlera naïve.

Colonisation

L’appropriation des biens des Arméniens par le régime Jeune-Turc ou, pour être plus précis, le vol massif des biens des Arméniens par le régime Jeune-Turc, est étroitement lié à la morphologie de l’organisation, de la coordination et de la mise en œuvre du génocide. De récentes études ont remis en question l’idée reçue selon laquelle le génocide comportait une structure pyramidale unipolaire. Au contraire, le génocide fut un processus multipolaire : la radicalisation provint de l’intérieur comme de l’extérieur, et émana de différents centres de pouvoir perpétrateurs, comme les organisations civiles et militaires, le parti, le lien Talaat-Enver et les élites locales (21). Rivalités et conflits entre ces secteurs façonnèrent le génocide. Résultat, la confiscation des biens arméniens et leur transfert aux Turcs devint une pomme de discorde entre l’armée ottomane et le ministère de l’Intérieur. L’armée tenta de s’emparer des biens meubles et immeubles des Arméniens à des fins militaires, mais le ministère poursuivit son objectif idéologique de forger une « économie nationale » et attribua en conséquence les biens à la classe moyenne turque arriviste.

La confiscation des biens des Arméniens fut suivie et complétée par la colonisation, de la part des musulmans ottomans, des espaces vides qu’ils laissèrent derrière eux. Tandis que les Arméniens piétinaient le long des routes de déportation en direction du sud, leurs biens étaient redistribués par le ministère de l’Intérieur. Du point de vue analytique, l’on peut distinguer deux dimensions dans ce processus : les biens qui se retrouvèrent entre les mains de particuliers et ceux qui restèrent dans le domaine de l’Etat.

En 1916, le CUP étendit sa campagne de « turcisation » en cours dans quasiment tous les secteurs de la société ottomane. Commençant par la géographie, le CUP se mit à turciser la toponymie. Le 5 janvier 1916, Enver Pacha ordonna la turcisation de tous les noms de lieux arméniens, grecs et bulgares, y compris les villages, localités, provinces, districts, villages, montagnes et rivières. Il s’agissait d’éradiquer l’empreinte géographique des cultures non turques. Bien que le décret fut suspendu pour des motifs de mise en œuvre militaire, cette pratique fut reprise après la guerre et se poursuivit jusque dans les années 1980, modifiant par dizaines de milliers des noms de lieux arméniens (22). Les 2 900 lieux d’habitation arméniens furent désormais non seulement vidés de leur population, mais aussi dépouillés de leurs noms. Comme si les Arméniens n’y avaient jamais vécu.

Au lendemain du décret d’Enver, le 6 janvier 1916, Talaat ordonna un décret à l’échelle de l’empire concernant les biens confisqués lors du génocide. L’ordre stipule ce qui suit :

« Les biens meubles, abandonnés par les Arméniens, doivent être conservés pour une protection à long terme et, dans l’intérêt d’un accroissement des affaires des musulmans dans notre pays, les sociétés doivent être la création des seuls musulmans. Les biens meubles doivent leur être attribués dans des conditions acceptables, lesquelles garantiront la consolidation et la stabilité des affaires. Le fondateur, la direction et les représentants devront être choisis parmi les citoyens honorables et l’élite et, afin de permettre aux commerçants et aux agriculteurs de participer à leurs dividendes, les reçus devront être d’une demi-livre ou d’une livre et enregistrés à leurs noms afin d’empêcher que le capital tombe entre des mains étrangères. La croissance de l’esprit d’entreprise au sein de la population musulmane doit être contrôlée et les résultats de sa mise en œuvre être signalés au ministère, étape par étape. » (23)

Cet ordre constitue peut-être le document le plus révélateur, attestant des intentions et de la politique du CUP. Il résume l’idéologie de « turcisation » et d’ « économie nationale » via une formulation unique, explicite et irrécusable.

Cet ordre fut suivi par plusieurs autres prescriptions, ordonnant la redistribution des terres des Arméniens à des marchands musulmans. Le CUP avalisa « le transfert complet des entreprises commerciales et industrielles » à la classe moyenne turque en émergence, dans chaque localité. Des précautions particulières durent être prises pour que les établis, le matériel et le mobilier dans de nombreux magasins et manufactures ne fussent pas dispersés, mais restassent en place (24). D’autres décrets se préoccupèrent des normes et règlements pour un usage correct. Par exemple, toute vente aux enchères nécessitait d’être spécifiquement mise en œuvre pour le développement à long terme des affaires, selon le décret du 6 janvier 1916. Lors d’une vente aux enchères à Kayseri, un Turc acheta pour 200 livres turques un atelier appartenant auparavant à des Arméniens, pour le revendre deux jours plus tard 2 000 livres et empocher la différence. Le ministère condamna fermement cet acte et donna pour instruction à la Commission aux Biens Abandonnés de rectifier la situation (25).

Suite à cet événement, une circulaire fut télégraphiée dans toutes les provinces afin d’interdire ce genre de pratiques et souligner à nouveau l’importance d’une « familiarisation des musulmans avec la vie commerciale » et la « création d’entreprises commerciales possédées par des musulmans dans notre pays » (26). Les objectifs à long terme revêtaient une priorité absolue sur les bénéfices à court terme. Dégradations, gaspillages et négligences étaient aussi inacceptables. Le ministère enjoignit aux Commissions aux Biens Abandonnés de se préoccuper et d’aider les nouveaux propriétaires musulmans autant que possible. Si une aide s’avérait nécessaire, les commissions devaient s’adresser au ministère (27). Conséquence de cette politique, toute une génération de sociétés acquises par des musulmans – « créées en 1916 » - proliféra à travers l’empire (28).

Avant que les Jeunes-Turcs ne s’emparassent du pouvoir lors du coup d’Etat de 1913, la haine envers les Arméniens (et les Grecs) était particulièrement répandue au sein de la classe moyenne commerçante. Restreindre les moyens d’existence économique des Arméniens servait ses intérêts. La « turcisation » eut donc des conséquences économiques particulièrement favorables pour ces Turcs de la classe moyenne (inférieure), la liquidation des entreprises de la classe moyenne arménienne allégeant la pression de la concurrence économique. Elle présagea la promotion d’une nouvelle génération d’hommes d’affaires turcs qui s’enrichirent au moyen de la vulnérabilité des Arméniens persécutés. Le journal İkdam publia un article exhortant ouvertement les Turcs à « s’enrichir » par cette « révolution économique » :

« Les pharmacies, les épiceries, les cabinets dentaires, les transports, la sous-traitance se développent rapidement parmi les Turcs. Nos amis commencent à rivaliser avec de nombreuses nations dans des secteurs d’emploi qui constituent désormais de nouveaux domaines d’activité dans notre pays, comme le travail des électriciens, l’ingénierie, et autres secteurs comparables… C’est la révolution au sein de la société et de l’économie de cette nation, plutôt que les changements politiques, qui sauvera cette nation [bu milleti kurtaracak] et lui assurera une vie éternelle. » (29)

Le gouvernement proposa aux Turcs ordinaires d’incroyables perspectives de mobilité sociale vers le haut. Via un gigantesque bond en avant, une nation de paysans, de pasteurs, de soldats et de bureaucrates serait désormais hissée au niveau de la bourgeoisie, des classes moyennes « respectables » et « modernes ». Les groupes qui profitèrent le plus de cette politique furent les propriétaires fonciers et les négociants dans les villes (30). Lorsque des pénuries apparurent en 1916, les dirigeants du parti autorisèrent ce groupe de négociants, proches du parti, à monopoliser les importations, l’approvisionnement et la distribution. Des fraudes et des négligences naquirent du fait de cette alliance entre des membres du parti et ces négociants, lesquels s’enrichirent aux dépens des Stambouliotes.

Tandis que le génocide faisait rage, les colonisateurs turcs se frayaient un chemin. Des dispositions locales furent nécessaires afin d’implanter avec succès les colons. Le ministère réitéra sa demande de données économiques et géographiques concernant les villages vidés d’Arméniens. Pour envoyer les colons dans les provinces, les capacités locales de les « absorber » devaient être définies. Le ministère de l’Intérieur demanda à être informé du nombre de familles arméniennes déportées, pour savoir si les villages ainsi vidés étaient susceptibles de colonisation par les nouveaux arrivants et, si tel était le cas, leur nombre (31). Il demanda aussi des données concernant la dimension des terres, le nombre des fermes et l’effectif potentiel des familles de colons (32). Des registres furent tenus avec précision. D’après le carnet personnel de Talaat, le montant des biens attribués aux colons était en 1915 de : 20 545 édifices, 267 536 acres [535 072 hectares] de terres, 76 942 ares [153 884 hectares] de vignobles, 7 812 ares [15 624 hectares] de jardins, 703 491 acres [1 406 982 hectares] d’oliveraies, 4 573 acres [9 146 hectares] de plantations de mûriers, 97 acres [194 hectares] de champs d’orangers, 5 charrettes, 4 390 animaux, 2 912 outils agricoles et 524 788 semences (33).

Pour ne pas être en reste, l’élite du CUP s’appropria la crème des récoltes des biens des Arméniens. Ahmed Refik commente le processus de colonisation :

« Le silence règne à Eskişehir… Les élégantes demeures arméniennes aux alentours de la gare sont dépouillées. Cette communauté, du fait de sa richesse, de son négoce, de ses valeurs supérieures, s’est soumise aux ordres du gouvernement, et a vidé ses demeures… Aujourd’hui entièrement désertes, leurs tapis précieux, leurs pièces de style, leurs portes fermées, sont pratiquement à la merci des réfugiés. A Eskişehir, les maisons les plus modernes et les plus belles entourent la gare… Une vaste demeure arménienne pour les princes, deux maisons adjacentes jaune canari, près du pont Sarısu, pour Talaat Bey et son ami Canbolat Bey, une magnifique demeure arménienne dans le quartier arménien pour Topal İsmail Hakkı. Toutes les maisons convenables pour y habiter ont été attribuées à l’élite des Ittihadistes. » (34)

Même le sultan Mehmed Reşad V reçut sa part. Ce procédé consistant à attribuer les plus belles propriétés aux Jeunes-Turcs fut intensifié après 1919 par les kémalistes. De fait, il est possible que le bénéficiaire le plus important de la redistribution des biens des Arméniens ait été l’Etat lui-même.

Les divers ministères (Education, Santé, Justice) profitèrent largement du processus de colonisation. Le ministère de l’Intérieur leur accorda l’autorisation de choisir parmi les biens des Arméniens ceux qu’ils désiraient utiliser pour leurs services. L’Etat, dirigé par le CUP, fut prodigue en biens au niveau le plus élevé. Exemple célèbre d’un bien confisqué aux Arméniens, l’histoire de la Maison des Vins Kassabian à Ankara. En décembre 1921, en pleine guerre gréco-turque, Mustafa Kémal traverse la région, lorsqu’il remarque le splendide demeure de Kassabian, opulent joaillier et négociant à Ankara. La demeure était occupée par la famille Bulgurluzâde, des notables, après que les Kassabian eussent été spoliés et déportés. Mustafa Kémal goûta cette demeure et l’acheta à Bulgurzâde Tevfik Effendi pour 4 500 livres turques. Depuis, cet ensemble est connu sous le nom de Palais Çankaya [Çankaya Köşkü], résidence officielle du Président de la Turquie jusqu’à nos jours (35).

Conclusion

L’expropriation des Arméniens ottomans était nécessaire au processus global de destruction. Spoliés et déracinés, les chances de survie et de maintien des Arméniens ottomans s’écroulèrent progressivement. Chaque étape du processus de persécution contribua à affaiblir et émasculer les Arméniens. Les privant non seulement de leurs biens, mais aussi de toute possibilité de fuir, trouver refuge ou résister. Plus ils furent spoliés, plus ils furent sans défense face aux mesures des Jeunes-Turcs.

La structure de ce processus peut être analysée à trois niveaux : macro, méso et micro, tout en gardant à l’esprit les liens pertinents entre ces trois niveaux. Le macro-niveau concerne le contexte et la structure de l’élite politique qui conduisit l’empire vers la guerre et le génocide. Elle lança sa politique en dehors de toute conviction idéologique : la guerre proposait une opportunité indispensable d’instituer une « économie nationale » au moyen de la « turcisation ». Ces élites créèrent un univers d’impunité au sein duquel chaque institution et chaque individu en dépendant pouvaient considérer les Arméniens comme hors-la-loi et leurs biens comme des cibles légitimes, dont il fallait se saisir. L’occasion créant le larron, Talaat élabora ainsi une structure opportuniste, dans laquelle les Turcs ordinaires en vinrent au pillage à l'échelle de masse.

C’est maintenant que le niveau 2 entre en force. Dans le cadre de la politique nationale se nichaient des développements comme les processus complexes de prise de décision, la nécessité et la logique d’une division du travail, l’apparition d’unités de confiscation spécialisées, ainsi que la mise à l’écart et la destruction du groupe victime. Ce niveau se caractérise par des rivalités, des litiges et des affrontements concernant les biens convoités. Les élites locales et les institutions étatiques comme l’armée, plusieurs ministères, les autorités fiscales, les autorités dans les provinces et le parti collaborèrent pour leurs propres motifs. Les instances principales furent la police, les milices et l’administration civile. Plusieurs ministères furent impliqués dans le processus d’expropriation et en profitèrent largement, notamment ceux de l’Education, de la Justice, des Finances, de la Santé et de l’Intérieur. La Banque Ottomane et la Banque de l’Agriculture exploitèrent sans scrupules ce processus à leur propre fin. L’impact de la guerre économique menée contre les Arméniens soulève des questions quant à l’implication de ces institutions.

Au micro-niveau, le processus facilita la spoliation de centaines de milliers de déportés victimes, de la part des Turcs ordinaires. Les mécanismes qui propulsaient le pillage furent des facteurs d’attraction et des motivations horizontales (rivalités à somme nulle avec d’autres pilleurs) et des pressions verticales (le début du processus ne comportait pas de décrets précis, mais laissait libre cours à une large interprétation). Les Turcs ordinaires profitèrent donc à divers niveaux. Des secteurs considérables de la société turque ottomane furent complices des spoliations. Tandis que dans les campagnes un univers à la Hobbes de force incontrôlée se déchaînait, au sein des villes le CUP lança un programme plus prudent et davantage contenu, en direction de structures sociales et bureaucratiques solidement établies et complexes. Ce niveau est important, en particulier pour étudier les profits matériels qui revinrent à des figures du parti Jeune-Turc. Dans une étude approfondie sur le phénomène de classe en Turquie, Çağlar Keyder conclut qu’« existe habituellement une corrélation étroite entre la liste de l’organisation locale du Comité Union et Progrès et les actionnaires des nouvelles sociétés » (36). De même, Yusuf Akçuraoğlu évoque, après la guerre, la politique économique du CUP durant la décennie suivante et conclut qu’en Anatolie « les propriétaires immobiliers et les élites d’affaires musulmanes ont tous profité du Comité Union et Progrès » (37). Ces agissements arbitraires, corrompus et népotistes eurent cours derrière la façade juridique des décrets gouvernementaux.

Or l’histoire fourmille en conséquences imprévues et involontaires des politiques et des idéologies. La grande conséquence involontaire de la spoliation des Arméniens par le gouvernement Jeune-Turc fut l’opportunité qu’elle donna aux Turcs locaux de s’enrichir. Pour le ministère de l’Intérieur, cela n’était ni admissible, ni admis. Les escrocs à titre individuel furent punis en voyant révoqués leurs droits sur les biens des Arméniens. Ceux qui avaient des liens avec les dirigeants locaux du parti Jeune-Turc ou bien un statut et un potentiel social suffisants pour mobiliser des gens en furent quittes, munis de leur « crime au sein d’un crime ». L’on pourrait même conclure que le gouvernement Jeune-Turc acheta la loyauté intérieure de la population turque au moyen de ces pratiques – initialement irresponsables, puis carrément criminelles. Le génocide arménien fut une forme de création étatique, laquelle arrima certaines classes et secteurs de la société ottomane à l’Etat. Il proposa à ces Turcs une accélération de la mobilité sociale vers le haut. Si bien qu’il fit d’une pierre deux coups, le mouvement Jeune-Turc représentant le moyen de coupler égalité sociale avec homogénéité sociale et pureté politique.

Tandis que les Arméniens passaient de riches à miséreux, les Turcs quittaient d’autant leurs haillons. Or les pertes des Arméniens ne sauraient être simplement exprimées en sommes d’argent, en hectares et en capitaux. L’idéologie de « l’économie nationale » n’agressa pas seulement le groupe cible sur un plan économique, mais aussi dans son prestige, son estime et sa dignité collective. Mis à part les conséquences objectives des pertes matérielles, les expériences subjectives des pertes immatérielles furent inestimables. D’honorables artisans, qui avaient souvent suivi les traces de leurs ancêtres en tant que charpentiers, cordonniers, tailleurs ou forgerons, avaient désormais perdu leurs moyens d’existence. Le génocide ne leur enleva pas seulement leurs avoirs, mais aussi leur identité professionnelle. Zildjian, le plus grand producteur de cymbales au monde, était dirigé par deux frères qui échappèrent aux persécutions car, durant la guerre, ils se trouvaient être aux Etats-Unis (38). Les Zildjian étaient célèbres et réputés à travers le monde. Mais toute une génération d’autres célèbres familles d’artisans disparut avec leurs affaires, éteignant le nom et la qualité de certaines marques. Ont ainsi disparu les Dadian, Balian, Duzian, Demirdjibachian, Bezdjian, Vémian, Tirpandjian, Chalvardjian, Tcholakian et maints autres professionnels talentueux.

Les avoirs de ces Arméniens furent réutilisés à des fins diverses : installer les réfugiés et les colons, bâtir des immeubles officiels, équiper l’armée et, de fait, le programme de déportation. Ce qui me conduit à cette conclusion amère que les Arméniens ottomans financèrent leur propre destruction.

Notes

1. Mac M. Derdarian, Vergeen : A Survivor of the Armenian Genocide (Los Angeles : Atmus, 1996), p. 38.
2. Ugur Ümit Üngör et Mehmet Polatel, Confiscation and Destruction : The Young Turk Seizure of Armenian Property (Londres/New York : Continuum, 2011).
3. Pour un commentaire à ce sujet, voir : Donald Bloxham, « Internal Colonization, Inter-imperial Conflict and the Armenian Genocide », in : A. Dirk Moses, éd., Empire, Colony, Genocide : Conquest, Occupation, and Subaltern Resistance in World History (New York : Berghahn, 2008), p. 325-342.
4. Pour une étude sur le régime Jeune-Turc à Diyarbékir, voir : Uğur Ümit Üngor, The Making of Modern Turkey : Nation and State in Eastern Anatolia, 1913-1950 (Oxford : Oxford University Press, 2011).
5. Politisches Archiv Auswärtiges Amt (Archives du ministère allemand des Affaires Etrangères, PAAA), Boschaft Konstantinopel 98, Bl. 1-3, Deutsche Bank d’Istanbul à ambassade d’Allemagne, 17 nov. 1915.
6. PAAA, Botschaft Konstantinopel 96, Bl. 98-105, Hohenlohe-Langenburg à Erzurum, 3 sept. 1915.
7. André Mandelstam, La Société des Nations et les Puissances devant le problème arménien (Beyrouth : Association Libanaise des Universitaires Arméniens, 1970), p. 489-493.
8. PAAA, Botschaft Konstantinopel 98, Bl. 4. Vice-consul Ziemke au Consulat d’Istanbul, 16 nov. 1915.
9. Başbakanlık Osmanlı Arşivi (Archives du Premier Ministre ottoman, BOA) DH.ŞFR 55/330, Ministère de l’Intérieur à toutes les provinces, 29 août 1915.
10. BOA, DH.ŞFR 57/241, Ministère de l’Intérieur à toutes les provinces, 1er nov. 1915.
11. BOA, DH.ŞFR 57/61, Ministère de l’Intérieur à Eskişehir, 17 oct. 1915.
12. BOA, DH.ŞFR 57/37, Ministère de l’Intérieur à Alep, 16 oct. 1915.
13. Cité in : Ara Sarafian, éd., United States Official Records on the Armenian Genocide 1915-1917 (London : Gomidas Institute, 2004), p. 154.
14. BOA, DH.ŞFR 70/79, Ministère de l’Intérieur à Diyarbékir, 23 nov. 1916.
15. BOA, DH.ŞFR 54/301, Ministère de l’Intérieur à Sivas, Diyarbékir, Mamuret-ul Aziz, 5 juillet 1915.
16. BOA, DH.ŞFR 56/269, Ministère de l’Intérieur à Canik, 3 oct. 1915.
17. BOA, DH.ŞFR 55/280, Ministère de l’Intérieur à toutes les provinces, 28 août 1915.
18. Kaiser, « Biens des Arméniens », p. 68.
19. BOA, DH.ŞFR 55/66, Ministère de l’Intérieur à Karesi, 17 août 1915.
20. PAAA, R1404, Consul Bergfeld de Trabzon au Chancelier du Reich Hertling, 1er sept. 1918.
21. Hilmar Kaiser, « Genocide at the Twilight of the Ottoman Empire », in : Donald Bloxham & A. Dirk Moses, éd., The Oxford Handbook of Genocide Studies (Oxford : Oxford University Press, 2010), p. 365-385.
22. Kerem Öktem, « The Nation’s Imprint : Demographic Engineering and the Change of Toponymes in Republican Turkey », in : European Journal of Turkish Studies, vol. 7 (2008), sur http://ejts.revues.org/index2243.html.
23. BOA, DH.ŞFR 59/239, Ministère de l’Intérieur à toutes les provinces, 6 jan. 1916.
24. BOA, DH.ŞFR 60/129, Ministère de l’Intérieur à Trabzon, 26 jan. 1916.
25. BOA, DH.ŞFR 60/275, Ministère de l’Intérieur à Kayseri, 8 fév. 1916.
26. BOA, DH.ŞFR 61/31, Talaat à toutes les provinces, 16 fév. 1916.
27. BOA, DH.ŞFR 64/39, Ministère de l’Intérieur à toutes les provinces, 16 mai 1916.
28. Selon une étude, l’officiel au sein du CUP en charge de la « turcisation » économique, Kara Kémal, créa 70 sociétés durant la guerre. Voir Osman S. Kocahanoğlu, İttihat-Terakki’nin Sorgulanması ve Yargılanması (Istanbul : Temel, 1998), p. 33.
29. « Ey Türk ! Zengin ol », in : İkdam, 11 jan. 1917.
30. Çağlar Keyder, « İmparatorluk’tan Cumhuriyet’e Geçişte Kayıp Burjuvazi Aranıyor », Toplumsal Tarih, vol. 12, n° 68 (1999), p. 4-11.
31. BOA, DH.ŞFR 53/113, Ministère de l’Intérieur à toutes les provinces, 25 mai 1915.
32. BOA, DH.ŞFR 59/107, Ministère de l’Intérieur à Ankara, Brousse, Kayseri, Konya et Sivas, 27 déc. 1915.
33. Murat Bardakçı, Talât Paşa’nın Evrak-ı Metrûkesi (Istanbul : Everest, 2008), p. 95.
34. Ahmed Refik, Kafkas Yollarında : ki Komite İki Kıtâl (Istanbul : Temel, 1998), p. 136.
35. Soner Yalçın, « Çankaya Köşkû’nün ilk sahibi Ermeni’ydi », Hürriyet, 25 mars 2007.
36. Çağlar Keyder, State and Class in Turkey : A Study in Capitalist Development (Londres : Verso, 1987), p. 63.
37. Yusuf Akçuraoğlu, Siyaset ve ktisad Hakkında Birkaç Hitabe ve Makale (Istanbul : Yeni Matbaa, 1924, p.27.
38. Voir www.zildjian.com/en-US/about/timeline.ad2.

[Uğur Ümit Üngor est chercheur post-doctoral au Center for War Studies, University College, à Dublin. Il est né en 1980 et a étudié la sociologie et l’histoire aux universités de Groningue, d’Utrecht, de Toronto et d’Amsterdam. Son principal domaine d’intérêt est la sociologie historique de la violence de masse et du nationalisme dans le monde moderne. Il a publié sur le génocide en général et sur les génocides rwandais et arménien, en particulier. Il a achevé sa thèse, intitulée Young Türk Social Engineering : Genocide, Nationalism, ans Memory in Eatern Turkey, 1913-1950 [L’ingénierie sociale Jeune-Turc : génocide, nationalisme et mémoire en Turquie de l’Est, 1913-1950] au département d’Histoire de l’Université d’Amsterdam.]

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Source : http://www.armenianweekly.com/wp-content/uploads/2009/02/AWeekly_April_2011_web.pdf
Traduction : © Georges Festa – 06.2011.
Avec l’aimable autorisation de Khatchig Mouradian, rédacteur en chef de The Armenian Weekly.