dimanche 24 juillet 2011

Ersan Üldes - Küçük İskender – Mario Levi - Cemal Süreya - Mehmet Yaşın

© Middlesex University Press, 2000


Turquie : cinq auteurs à découvrir, autres qu’Orhan Pamuk

par Maria Eliades

www.eurasianet.org


Une balade dans une librairie à l’aéroport d’Istanbul pourrait conduire un voyageur insouciant à penser que les œuvres littéraires de Turquie accessibles en anglais commencent et finissent avec les romans d’Orhan Pamuk, écrivain lauréat du Prix Nobel. En réalité, une grande variété d’auteurs turcs recueille maintenant l’intérêt d’une part grandissante de la presse anglaise.

Si la tradition littéraire en Turquie s’est épanouie sous l’empire ottoman avec la poésie du Dīwān, un genre fleuri déclamé à la Cour, les nouvelles générations post-impériales ont adopté la forme européenne du roman pour leur logique propre. La poésie, cependant, demeure l’art littéraire le plus gratifiant et le plus développé.

1. Ersan Üldes fit une entrée fracassante sur la scène littéraire en 1999 avec son roman Yerli Film (Un Film local), un récit sur un film hybride dévorant, qui remporta le Prix du Roman des éditions İnkilap. Un extrait traduit de son troisième roman, Zafiyet Kuramu [La Théorie de l’infini], a été publié en 2011 dans la collection du Meilleur ouvrage européen de fiction chez Dalkey Archive (1). La prose humoristique et mesurée d’Üldes narre les expériences d’un traducteur qui « améliore » une série de romans allemands qu’il est chargé de traduire, au point que ces ouvrages sont plus populaires traduits qu’en allemand. Son écriture lourdement auto-réflexive, mais contrôlée, pourrait conduire Üldes, âgé de 38 ans, à dépasser d’autres écrivains de sa génération.

2. Très populaire, mais trop peu traduit, Küçük İskender écrit dans une grande variété de styles et de genres, dont des romans, des nouvelles, de la poésie et des recensions. Mais, avant tout, İskender est connu comme poète, apparaissant lors de lectures et de festivals de poésie à Istanbul. Une partie de son œuvre est parue dans les anthologies Eda, Souljam et Nouveaux poètes européens (2) et a été traduite lors d’ateliers, mais ces traductions sont encore inédites. İskender a ensuite développé un style familier, influencé par le jazz, qui, lu à haute voix, est des plus prometteur.

3. Les romans et mémoires de Mario Levi sont restés à l’état de gemmes à ciel ouvert ces trente dernières années. Son œuvre la plus récente, İçimdeki İstanbul Fotografları [Photographies de mon Istanbul intérieur] (3), est tout autant une biographie d’Istanbul à la fin des années 1950 et au début des années 1960 que la propre autobiographie de l’A. L’unique récit de Levi, auteur souvent traduit en français, paru en anglais, I Did Not Kill Monsieur Moise, a été publié l’an dernier dans le recueil The Book of Istanbul (4). L’histoire, lourdement nostalgique, est une étude détaillée de caractère d’un Juif séfarade agnostique lors de l’inventaire de ses biens au moment de sa mort.

4. Cemal Süreya, décédé en 1990, a eu son premier recueil de poésies, Üvercinka (La Femme-pigeon] traduit intégralement pour la première fois, l’an dernier (5). Süreya était membre du mouvement « İkinci Yeni » [Second Nouveau] de poésie turque, libérant le langage ampoulé d’alors en des vers dépouillés, juxtaposés, semblables à la poésie de T.S. Eliot. Sa poésie et sa correspondance, centrées sur la sexualité, la mort et la vie, sont passionnées, érotiques et émouvantes.

5. Le poète chypriote turc trilingue Mehmet Yaşın écrit en turc, en anglais et en grec, utilisant parfois ces trois langues en même temps dans un poème. Yaşın a vécu en Turquie, à Chypre et aux Etats-Unis. Le gouvernement militaire de Turquie l’a déporté en 1986 à cause de ses descriptions sincères de Chypre et de sa critique de la guerre contenue dans ses premiers recueils de poésie – Sevgilim Ölü Aşker [Mon Amour, le Soldat mort] et Işık-Merdiven [Escaliers de lumière] – jugés « subversifs » (6). Son œuvre tout entière est lyrique, narrative et poignante, en particulier lorsqu’il évoque les conflits linguistiques, comme dans le poème Wartime [Temps de guerre]. Wartime et le recueil Don’t Go Back to Kyrenia [Ne reviens pas à Kyrenia] sont deux de ses œuvres à avoir été traduites (7), ainsi que son essai Step-Mothertongue : From Nationalism to Multiculturalism : Literatures of Cyprus, Greece and Turkey, un ouvrage de critique littéraire sur l’identité nationale et culturelle dans la littérature grecque et turque, d’un point de vue multilingue (8).

NdT

1. http://www.dalkeyarchive.com/info/?fa=text131
2. Murat Nemet-Nejat, éd., Eda : an Anthology of Contemporary Turkish Poetry, Talisman House, 2004, 367 p. – ISBN-13 : 978-1584980346 ; Küçük İskender, Souljam, 1994 ; Wayne Miller et Kevin Prufer, éd., New European Poets, Saint-Paul (Minnesota) : Graywolf Press, 2008 - ISBN 978-1-55597-492-3.
3. Mario Levi, İçimdeki İstanbul Fotoğrafları, Ekim, 2010, 376 p. - ISBN: 9786051118680
4. Nedim Gursel, Ozen Yula, Mario Levi, aut. ; Jim Hinks et Gul Turner, éd. ; Aron Aji, Amy Spangler et Ruth Whitehouse, trad. The Book of Istanbul : A City in Short Fiction. Comma Press, 2010, 114 p. – ISBN-13 : 978-1905583317
5. Cemal Süreya. Pigeonwoman / Üvercinka. Translated by Abbas Karakaya and Donny Smith. Bloomington : Indiana University Turkish Studies Series, 2010.
6. Mehmet Yaşın, Sevgilim Ölü Aşker, Adam Yayıncılık, 1997, 111 p. ; Işık-Merdiven, Adam Yayıncılık, 1997, 63 p.
7. Mehmet Yaşın, Don’t Go Back to Kyrenia, Middlesex University Press, 2001
8. Mehmet Yaşın, dir., Step-Mothertongue : From Nationalism to Multiculturalism : Literatures of Cyprus, Greece and Turkey, Middlesex University Press, 2000, 270 p. – ISBN-13 : 978-1898253334

[Note de l’éditeur : Ecrivain, vivant à Istanbul, Maria Eliades s’intéresse à la littérature et à la culture turques.]

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Source : http://www.eurasianet.org/node/63697
Article publié le 17.06.2011.
Traduction : © Georges Festa – 07.2011.