dimanche 17 juillet 2011

Missak Medzarents / James Russell

Missak Medzarents (1886-1908)


James Russell évoque la vie du poète Missak Medzarents

par Armen Melidonian

Hye Sharzhoom, mai 2011



Le docteur James Russell, titulaire de la Chaire Machtots d’études arméniennes à l’Université de Harvard, a présenté le mercredi 16 mars dernier une conférence intitulée « Missak Medzarents : Chants de liberté, de défi et d’allégresse », dans le cadre de la série de conférences printanières du programme d’études arméniennes.

Une grande part de la poésie du poète arménien occidental Medzarents reflète son expérience de la vie. Medzarents naquit en 1886 dans le village de Pinguian, près de Kharpert, dans l’empire ottoman. Dans sa poésie, les évocations de la vie au village « ont des racines très profondes et historiques », a-t-il souligné. Pinguian était réputé pour avoir résisté aux invasions et les Arméniens qui ne voulaient pas se soumettre aux envahisseurs y trouvèrent souvent refuge.

Un autre reflet de l’existence de Medzarents dans son œuvre émane d’une blessure qu’il reçut, alors qu’il se rendait chez un ami en juin 1901. Le fils d’un boucher turc le frappa au dos d’un coup de couteau. Bien que Medzarents ne fut pas tué, il endura de grandes souffrances, que l’on retrouve dans le poème « Ce corps et ce cœur blessés qui sont miens ». Même si le poète ne mourut pas du fait de cette blessure, note James Russell, « il fut assassiné » de par ses souffrances.

Lors de son exposé, l’A. lut en arménien le poème « Etincelles », tout en distribuant des photocopies de ses traductions anglaises et commentaires. Dans « Etincelles », chaque strophe exprime l’ivresse, la beauté et le prodige d’une extase en ayant recours à des sens différents. La première strophe utilise l’ouïe, la seconde l’imagerie visuelle, la troisième celui de l’odorat et la quatrième combine les différents sens. Ce poème traite de l’immortalité et renvoie à l’histoire du dieu païen arménien Vahakn, tel que le décrit l’historien classique Moïse de Khorène. Il y a là, note l’A., « la mobilisation de tout l’arsenal » de la poésie arménienne au fil des siècles.

James Russell lut aussi en arménien l’ « Ode à la Vie », relevant que sa structure phonétique répète le son « rev », comme dans « arev », le terme arménien pour soleil. Le « Songe du ver à soie » utilise une imagerie familière, celle de Pinguian, où l’on produisait la soie. Ces poèmes reflètent l’éducation de Medzarents.

« Si seulement », extrait du cycle poétique « Ellayi, Ellayi », est influencé par le poème « Les Cloches » d’Edgar Allan Poe, exprimant le son au moyen de la répétition dans la structure de chaque strophe.

Traducteur de poésie arménienne depuis de nombreuses années, James Russell souligna que, lorsqu’on traduit des poèmes, l’on développe une « pulsation », l’inconscient se met au travail, développant un sens du style et de la rhétorique inscrite dans le texte arménien originel. Il expliqua que, lorsqu’il traduit de la poésie, il part de deux points de vue. Le premier, en tant qu’arménologue, étudiant quelles références historiques et culturelles opère le poète dans ses œuvres, et le second, utilisant sa connaissance de la poésie en langue anglaise et établissant des comparaisons avec les œuvres d’auteurs tels que Blake et Poe.

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Source : http://armenianstudies.csufresno.edu/hye_sharzhoom/vol32/may11/1_russellonmedzarents.html
Traduction : © Georges Festa – 07.2011.