dimanche 17 juillet 2011

Osman Köker - 100 Yıl Önce Türkiye’de Ermeniler / Il y a cent ans, les Arméniens en Turquie

© Birzamanlar Yayıncılık, 2005


Justice pour l’histoire : un écrivain turc publie des matériaux sur la présence arménienne dans les provinces ottomanes

par Gayane Abrahamyan

ArmeniaNow.com, 13.07.2011


Grâce à son action et ses différents projets, Osman Köker, journaliste, historien et éditeur turc, tente de présenter au grand public les traces laissées par les Arméniens en Turquie, lesquelles, selon lui, ont été « délibérément effacées ».
Son ouvrage 100 Yıl Önce Türkiye’de Ermeniler [Il y a cent ans, les Arméniens en Turquie], publié en 2005, livre un panorama actualisé, documenté, et comme le précise l’A., est devenu non seulement une alternative à l’histoire telle qu’elle est présentée en Turquie, mais aussi un « antidote » à cette part de venin diffusé dans les institutions éducatives, décrivant les Arméniens comme des ennemis à la nation.

« Je suis né à Marach, où un tiers des habitants étaient des Arméniens. Il y avait dix églises arméniennes, plus de dix écoles. Il n’en reste plus une pierre aujourd’hui et les gens se souviennent des Arméniens en tant qu’ennemis. Ce livre montre aux gens que les Arméniens vécurent ici autrefois et bâtirent des villes. », nous confie Osman Köker.

Köker, qui a fondé et dirige les éditions Birzamanlar, compte parmi les érudits turcs menant, de l’intérieur, un combat contre la négation du génocide arménien. Mais la voie qu’il a choisie pour ce faire n’est pas frontale.

« Je pense que si l’on se contente d’affirmer que le génocide s’est produit et que l’on utilise ce mot, on ne réussira pas, mais que cela suscitera, au contraire, une réaction. Grâce à mes projets, mes livres et mes activités culturelles, j’essaie de montrer à de vastes pans de l’opinion quel fut le rôle des Arméniens et de les faire réfléchir à ce qui leur est arrivé. », explique-t-il.

Cette question est apparue parmi de nombreuses autres, lorsque les gens ont commencé à feuilleter le livre-album Il y a cent ans, les Arméniens en Turquie, qui contient plus de cinq cents cartes postales représentant la vie des Arméniens à cette époque.

Ces cartes postales étaient éditées au début du 20ème siècle dans l’empire ottoman et présentent l’existence des Arméniens ottomans, leurs églises, leurs écoles, leurs nombreuses manufactures, magasins, cafés, hôtels et autres institutions possédées par des Arméniens.

Sous le titre « Mon cher frère », des photographies majeures, extraites de l’ouvrage, ont été montrées lors d’expositions à Istanbul, Munich, Cologne, Francfort, Valence (Espagne) et Genève.

La collection appartient à Orlando Calumeno, un citoyen de Turquie, d’origine italienne, dont la mère était arménienne. Köker incluera dans son nouvel ouvrage quelque sept cents précieux échantillons extraits d’environ quatre mille cartes postales et enveloppes de la collection Calumeno, accompagnées d’un descriptif et de commentaires historiques.

« Mes activités ont pour principal objectif de présenter la réalité, de faire cesser l’influence de l’histoire imposée [aux élèves] à travers les programmes scolaires, dit-il. Dans les écoles et les manuels scolaires turcs, on continue à soutenir que d’autres peuples vivaient au sein de l’empire ottoman, mais leur rôle y est réduit à zéro ou présenté d’une manière très limitée. En outre, les Arméniens y sont toujours décrits comme des traîtres. »

Parvenir à ce but ne fut toutefois pas une tâche aisée pour Köker. De grandes maisons d’édition, techniquement capables de publier ce genre d’ouvrage illustré, refusèrent de le faire. Köker s’est finalement résolu à créer sa propre entreprise éditoriale.

« C’était très important pour moi et rien ne m’aurait arrêté. Il y a cinq ans, parler des Arméniens et de la question arménienne était une autre affaire, la littérature sur le sujet était plutôt limitée et ce livre a sûrement ouvert un champ nouveau d’études », souligne le fondateur et rédacteur en chef des éditions Birzamanlar.

Bien que la cible principale des activités de Köker soit la société en tant que lien majeur de règlement de relations, il continue à croire que ce n’est qu’en approchant les communautés que le problème trouvera une solution, aussi longtemps que « la Turquie poursuivra sa politique actuelle ».

« Aujourd’hui, la Turquie désire améliorer ses relations avec les Arméniens et les Kurdes, mais il est regrettable que cela se fasse en dehors de toute prise en compte de la protection des droits de l’homme et des erreurs effectuées, mais simplement parce que ces questions sont considérées comme empêchant la Turquie de devenir plus forte », précise-t-il, citant à l’appui de ses dires la nature formelle du processus de normalisation en Turquie.

« Apparemment, ils tentent maintenant de mettre un terme à une politique qui pousse à la haine envers les Arméniens. D’un côté, l’Etat organise une exposition d’envergure sur les architectes arméniens, présentant les édifices imposants, admirables, créés par les Arméniens en Turquie (1), mais d’un autre côté, au niveau de ce même Etat, des vidéos sont diffusées dans les écoles, montrant comment des Arméniens tuèrent ostensiblement des Turcs. », ajoute l’A.

Selon lui, les « petits changements » actuels – le fait que l’on puisse évoquer le génocide relativement plus librement - ne résultent pas d’une politique officielle, mais sont plutôt « le fruit des efforts opiniâtres de plusieurs personnes, qui doivent encore mûrir ».

Quoi qu’il en soit, les autorités sous-estiment souvent les activités des individus isolés et en parlent avec condescendance. Lors d’un entretien informel avec notre rédaction, un ancien officiel du ministère des Affaires Etrangères soutenait que ceux qui reconnaissent le génocide arménien ou qui prennent la défense des Arméniens sont surtout « guidés par leurs émotions, après avoir entendu des histoires qui les ont émus ».

Pour ceux qui brisent le tabou et le mur du déni, une telle approche est non seulement scandaleuse, mais blessante. Néanmoins, elle ne fait que les pousser à découvrir d’autres preuves tangibles, afin de démontrer ce qui s’est passé en réalité.

« Naturellement, il leur est difficile de faire face à la vérité. C’est évident. Mais une chose est aussi claire : nos rangs grandissent chaque jour et finalement la pression venue d’en bas augmentera au point que nier ne sera plus possible. », conclut Köker.

NdT

1. Allusion à l’exposition « Les architectes arméniens d’Istanbul à l’époque de l’occidentalisation », tenue au Musée d’Art Moderne d’Istanbul (08.12.2010 – 02.01.2011) – voir la recension parue in Hürriyet Daily News, 09.12.2010 http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=istanbul8217s-armenian-architects-of-remembered-in-exhibition-2010-12-09

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Source : http://www.armenianow.com/features/31023/osman_koker_turkish_writer_advocates_armenians
Traduction : © Georges Festa – 07.2011.