mercredi 13 juillet 2011

Zeki Demirkubuz / Fiodor Dostoïevski


Une nouvelle culte de Dostoïevski inspire un réalisateur

par Vercihan Ziflioğlu

www.hurriyetdailynews.com


[Lauréat de nombreux prix, le réalisateur turc Zeki Demirkubuz va porter à l’écran Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski (1864) sous le titre Yeraltı [Sous-sol]. Le tournage se déroule à Ankara. D’après Demirkubuz, ce film constitue une exploration de l’existence que nous sommes tenus de vivre sur le plan physique et de notre monde intérieur. L’acteur principal, Engin Günaydın, précise : « Les humains ne seront heureux que lorsqu’ils réaliseront qu’ils sont dans un souterrain. Je me retrouve dans ce film. »]

Les Carnets du sous-sol, œuvre culte de cet auteur immortel qu’est Dostoïevski, qui sonde en profondeur l’âme humaine (1), fait l’objet d’une adaptation au grand écran.

Plusieurs fois primé, le jeune réalisateur turc Zeki Demirkubuz reprend cette œuvre dans le film Yeraltı [Sous-sol], en cours de tournage à Ankara.

Dans la version de Demirkubuz, le héros de la nouvelle de Dostoïevski apparaîtra à l’écran dans le rôle d’un fonctionnaire. Voilà pourquoi Ankara, connue pour être la ville des fonctionnaires, a été choisie comme lieu de tournage. En tête d’affiche, Engin Günaydın, qui est devenu très populaire à la télévision et dans le cinéma turc, ces dernières années.

« Je démarre toujours par une histoire et je fais des films pour tenter de comprendre l’être humain. Dans un sens, Les Carnets du sous-sol sont un aboutissement. Il s’agit d’une exploration de l’existence que nous sommes voués à vivre sur le plan physique et de notre univers intérieur. », nous explique Demirkubuz. « Ce film parlera véritablement de notre solitude ; il va profondément toucher le spectateur. », ajoute Günaydın.

Ces dernières années, les adaptations de classiques de la littérature turque à la télévision ont fait exploser l’audimat, même si, parfois, les intellectuels soutiennent que l’adaptation d’œuvres classiques trahissent l’esprit de ces mêmes classiques.

Demirkubuz explique : « Le cinéma a pour mission d’adapter ces œuvres classiques au grand écran ; l’important est la manière de s’y prendre. Tout le problème est de savoir si l’on remplit correctement cette mission ou non. » Il ajoute que même si son film est basé sur la nouvelle de Dostoïevski, il n’aura pas pour cadre la Russie du 19ème siècle, mais la Turquie d’aujourd’hui (2).

Un comédien populaire

Les chemins de Demirkubuz et de Günaydın se sont croisés en 2001 grâce au film Yazgı [Destin]. Ce film remporta le prix du Meilleur 3ème Film et du Meilleur Réalisateur lors du 38ème Festival du Film de l’Orange d’Or d’Antalya. « Comme on avait travaillé ensemble auparavant, on se connaissait déjà en tant qu’acteur et réalisateur. D’ailleurs, si je ne connaissais pas aussi bien Demirkubuz, je ne me serais pas risqué à jouer le rôle principal dans ce film, car c’est un rôle très dur. », précise Günaydın.

Günaydın s’est jusqu’ici produit dans des films comiques. Quand on lui demande s’il lui est difficile de jouer dans un film autre que comique, il répond : « Quand j’ai lu le scénario, je l’ai trouvé très drôle et j’ai immédiatement accepté. Le personnage plonge en profondeur dans son univers intérieur. Voilà pourquoi, peut-être, j’ai accepté cette proposition. »

Ce qui est souterrain nous fait peur

« En fait, nous vivons tous en sous-sol, tout comme le héros, mais nous ne voulons pas le voir ou l’admettre, ou bien n’en avons-nous pas conscience, poursuit Günaydın. Si les gens acceptaient le fait qu’ils vivent ainsi, ils pourraient être très heureux, mais ils résistent. S'ils réalisaient qu’ils vivent dans un sous-sol, ils s’affranchiraient de leur isolement et de leur égoïsme, et rechercheraient des amis. Les humains d’en haut, à l’inverse, ne cherchent qu’eux-mêmes. »

Le personnage joué par Günaydın dans le film se nomme Muharrem. « Ce n’est pas si difficile d’entrer dans l’âme de Muharrem, son souterrain en fait. En interprétant le rôle, j’ai découvert mon univers souterrain. », nous confie-t-il.

« Malheureusement, les gens ont beaucoup de difficulté à se connaître. Quels que soient les cieux sous lesquels ils vivent, leur existence est semblable. Le seul problème est qu’ils ne communiquent pas. », ajoute-t-il.

Le film Sous-sol sera distribué en salle dans quelques mois.

NdT

1. Fiodor Dostoïevski, Les Carnets du sous-sol, traduit du russe par André Markowicz, Arles : Actes Sud, 1992.
2. Signalons la récente adaptation (nov. 2010) sur la chaîne turque Show TV des Frères Karamazov par Oğuzhan Tercan, sous le titre Karadağlar, et qui a pour cadre un village dans la Turquie des années 1930.

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Source : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=dostoevskys-cult-short-novel-inspires-director-2011-04-03
Article publié le 04.04.2011.
Cliché : http://aimez-vous-lire.blogspot.com/2011/05/les-freres-karamazov-de-dostoievski.html
Traduction : © Georges Festa – 07.2011.

site de Zeki Demirkubuz : http://www.demirkubuz.com/