dimanche 11 septembre 2011

Ana Arzoumanian

Jackson Pollock, Me



Me decís: miráme,
Y yo miro la cámara
Una tempestad embravecida
de tendones,
de músculos
salpican, goteantes.
Un conglomerado
de líneas negras amarillas y verdes
desgarran la superficie.
Pollock hace desaparecer el caballete.
Los colores ya no forman silueta alguna,
se diseminan sin retorno,
eliminan toda recomposición.
Cuerpos despiezados
anónimos, formas prismáticas.
La pantalla se convierte en un lienzo
¿Ves?
La pantalla el papel de la cámara
una segunda piel
¿Ves todo?
Pollock borra toda reserva
en una Nueva York sin jazmines
mientras yo,
aún con velos islámicos,
aún cuando el turco ruegue por la pureza
pida que me oculte,
yo me doy a ver…

Ana Arzoumanian

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Tu me dis: regarde-moi,
Et moi je regarde la caméra
Une tempête furieuse
De tendons,
De muscles
Eclaboussent, goutte à goutte.
Un conglomérat
De lignes noires jaunes et vertes
Déchirent la surface.
Pollock fait disparaître le chevalet.
Les couleurs ne forment plus une quelconque silhouette,
Elles se disséminent sans retour,
Elles éliminent toute recomposition.
Corps mis en pièces
Anonymes, formes prismatiques.
L’écran devient une toile.
Tu vois ?
L’écran le papier de la caméra
Une seconde peau
Tu vois tout ?
Pollock efface toute réserve
Dans une New York sans jasmins
Pendant que moi,
Même avec des voiles islamiques,
Même quand le Turc prie pour la pureté
Exige que je me cache.
Moi je me donne à voir…

Extrait de Káukasos (Buenos Aires : Activo Puente, 2011)


[Ana Arzoumanian est née à Buenos Aires en 1962. Elle a publié des recueils de poésie – Labios (1993), Debajo de la piedra (1998), El ahogadero (2002), Cuando todo acabe todo acabará (2008), La Mujer de ellos (2001) et Káukasos -, des récits – La granada, Mía, Juana I -, et un essai El depósito humano. Una geografía de la desaparición (2011). Elle a traduit en espagnol l’essai Sade et l’écriture de l’orgie, de Lucienne Frappier-Mazur (1991). Et de l’anglais l’étude « The Long and the Short of Holocaust Verse » (paru in New Literary History, Vol. 35, Number 3, Summer 2004, p. 443-468), de Susan Gubar. Avocate de formation. Elle a enseigné la philosophie du droit à la Faculté des Sciences Juridiques, Université Del Salvador, à Buenos Aires (1988-2001). Membre actif du programme d’arbitrage au titre du ministère de la Justice Nationale (1992). Diplômée en psychanalyse de l’Ecole d’Orientation Lacanienne de Buenos Aires (2001-2003). Boursière de l’Institut International d’Etudes de la Shoah, Yad Vashem, pour réaliser le séminaire « Mémoire de la Shoah et dilemmes de sa transmission », Jérusalem, 2008. Elle a tourné en Arménie et en Argentine le documentaire « A », subventionné par l’Institut National de Cinéma et d’Arts audiovisuels, qui aborde le génocide arménien et les disparus sous la dictature militaire argentine, et dirigé par Ignacio Dimattia (2010). Elle est membre de l’Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide.]

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Source : http://www.valknutr.blogspot.com/
Publié le 31.07.2011.
Traduction de l’espagnol : © Georges Festa et Jorge Lozano – 09.2011.