dimanche 18 septembre 2011

Génocide arménien / The Armenian Genocide - Vahakn Dadrian

© www.zoryaninstitute.org


Une nouvelle étude de Vahakn Dadrian publiée par la Faculté de Droit de l’Université de Saint-Thomas

Massis Weekly, 27.08.2011


MINNEAPOLIS – Le dernier numéro paru du Journal of Law and Public Policy de l’Université Saint-Thomas (2011, vol. 5, n° 1) (1) contient une nouvelle étude dans laquelle le professeur Vahakn Dadrian, directeur de recherche sur le génocide à l’Institut Zoryan, analyse le génocide arménien dans un contexte neuf. Intitulé « The Armenian Genocide : A Review of its Historical, Political, and Legal Aspects » [Le génocide arménien : une approche historique, politique et juridique], l’article aborde les soubassements historiques et politiques du caractère criminel du génocide arménien.

Cet article consistant, long de quelque soixante pages, y compris 118 notes en bas de page, se fonde sur des sources officielles turques ottomanes, dont plusieurs numéros du Takvim-i Vekâyi, l’organe officiel du Parlement ottoman, qui fait état des tribunaux militaires de l’après-Première Guerre mondiale, chargés de poursuivre les perpétrateurs du génocide arménien. Dadrian ancre ainsi son analyse documentaire sur des preuves matérielles de premier ordre. Matériau qui est renforcé par une profusion de matériaux confirmant les données, issus des archives officielles de l’empire allemand et de l’empire austro-hongrois, alliés politiques et militaires de la Turquie durant la guerre. Dadrian s’appuie aussi sur l’œuvre de plusieurs auteurs turcs contemporains.

« La maîtrise hors pair des langues et des sources par Dadrian rend insurpassable sa capacité à reconstituer et analyser les questions historiques, politiques et juridiques fondamentales liées à l’étude du génocide arménien », note K. M. Greg Sarkissian, président de l’Institut Zoryan.

Un rapide panorama de l’ère pré-génocidaire explore le modèle historique d’impunité dont bénéficia toute la gamme des décideurs, des organisateurs et des perpétrateurs effectifs de plusieurs séries de massacres. Massacres infligés à la population arménienne de l’empire ottoman durant les périodes 1894-1896, 1903-1904 et en 1909 à Adana. Ce fait central de l’impunité servit à souligner le rôle du facteur de la vulnérabilité des victimes comme un déterminant majeur dans la prise de décision du génocide. En fait, comme le relève Dadrian, il contribua à enhardir les décideurs et les exécutants du génocide ultérieur lors de la Première Guerre mondiale.

Autre facteur crucial dans le déploiement du programme de génocide en temps de guerre, l’ensemble dévastateur de circonstances qui entourèrent les cuisantes défaites militaires subies par les Ottomans durant la première guerre balkanique en 1912. L’angoisse, la détresse et plus particulièrement la brutalité qu’infligèrent les armées chrétiennes victorieuses de la péninsule balkanique à l’encontre des masses musulmanes indigentes, tentant de fuir, s’avérèrent un préjudice majeur lors du ciblage ultérieur de la population arménienne vulnérable de l’empire ottoman, via des accès différés de vengeance. De fait, une grande partie des groupes perpétrateurs impliqués dans le cataclysme arménien de la Première Guerre mondiale étaient constitués de réfugiés musulmans spoliés, amers et emplis de haine, issus des guerres balkaniques précédentes.

Dans cette étude, le génocide arménien est présenté comme une conséquence directe de l’adoption d’une idéologie radicale, dont les principaux concepteurs et exécutants furent les cadres dirigeants de ces groupes compacts de réfugiés balkaniques.

Parmi l’ensemble des facteurs qui facilitèrent la mise en œuvre effective du génocide figure celui de l’opportunité. Etant donné la nature complexe du crime de génocide, l’A. soutient qu’un succès optimal dans l’organisation d’un tel crime exige un opportunisme maximal. Non seulement les marges d’action et les ressources du perpétrateur doivent être le moins réfrénées, mais, tout aussi important, la vulnérabilité du groupe cible doit être à un niveau très élevé. Les guerres, en particulier les guerres globales, tendent, à cet égard, à proposer des opportunités quasi maximales. Les nécessités en temps de guerre tendent ordinairement non seulement à maximiser la vulnérabilité du groupe victime, qui est astreint par son statut de minorité, mais en même temps à compliquer et souvent contraindre le problème de l’intervention extérieure en faveur du groupe cible.

Les guerres constituent des boulevards d’opportunisme éminemment favorables au regard de la montée de la prééminence instrumentale des cadres militaires au sein d’un camp perpétrateur potentiel. Grâce à eux, la violence n’est pas seulement concentrée parmi les experts, mais, plus important encore, ce genre de violence possède, par tradition, la sanction d’une quasi légitimité, sinon une légitimité pleine et entière, dans la mise en œuvre d’une violence mortelle visant des cibles présentées par l’autorité légitime comme « ennemis intérieurs ». Il est à noter que les deux génocides majeurs du siècle dernier, l’arménien et le juif, furent perpétrés durant deux guerres mondiales.

Un des traits les plus marquants du génocide arménien est lié à ses dimensions économiques, via lesquelles eut lieu un transfert massif de richesses, des victimes aux perpétrateurs. En ce sens, le génocide fonctionne ici à un double niveau. L’élimination physique de la population victime aboutit à faire émerger une nouvelle source de richesse, et à travers elle les cadres nouveaux de classes prospères au sein du camp perpétrateur. Dans le chapitre consacré à l’expropriation et à la confiscation des biens et capitaux, l’A. recense et analyse à travers de nombreux matériaux-source les spécificités de cette opération meurtrière de transfert de richesses, des victimes aux perpétrateurs.

L’étude s’achève significativement par une évocation de la suprématie du droit en tant que régulateur du comportement humain et, comme tel, élément humanisant de la vie civile. Rappelant cette maxime d’Aristote : « Eloigné du droit et de la justice, l’homme est le pire de tous les animaux. »

NdT

1. http://www.stthomas.edu/law/programs/studentorgs/organizations/jlpp/Publications/Vol5num1.html

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Source : http://www.massisweekly.com/
Traduction : © Georges Festa – 09.2011