mercredi 21 septembre 2011

Grandma's Tattoos / Suzanne Khardalian

© HB PeA Holmquist Film, 2011


Grandma’s Tattoos [Les Tatouages de grand-mère]
Un film fascinant sur les oubliées du génocide arménien

The Armenian Weekly, 07.09.2011


STOCKHOLM, Suède – « Grand-mère Khanoum ne ressemblait à personne d’autre. Dans mon enfance, je me souviens d’elle comme d’une femme méchante. Elle fuyait tout contact physique. C’était une grand-mère qui jamais ne serrait dans ses bras, jamais n’embrassait. Et puis elle portait ces gants, qui cachaient ses mains et les tatouages. Ils dissimulaient son secret. » Voilà comment Suzanne Khardalian décrit sa grand-mère.

Khardalian est la réalisatrice et productrice d’un nouveau film fascinant intitulé Grandma’s Tattoos, qui lève le voile de milliers de femmes oubliées – survivantes du génocide arménien – lesquelles furent contraintes de se prostituer et d’être tatouées pour les distinguer de la population locale.

« Enfant, je m’imaginais qu’il s’agissait de signes diaboliques issus d’un monde de ténèbres. Ils suscitaient la peur en moi. Qu’étaient ces tatouages ? Qui les avait réalisés, et pourquoi ? Mais les tatouages sur les mains et le visage de grand-mère étaient un tabou. On n’en parlait jamais », explique Khardalian.

Grandma’s Tattoos est un voyage dans les secrets d’une famille. Finalement, le secret caché derrière les marques bleues de Grand-mère Khanoum est dévoilé.

« Grand-mère fut enlevée et maintenue en esclavage durant des années, quelque part en Turquie. Elle fut aussi marquée – tatouée – de force en tant que propriété, de même qu’on marque le bétail. La découverte de son histoire a été un choc pour moi. Je partage la honte, la culpabilité et la colère qui ont entaché l’existence de ma grand-mère. Or son destin est loin d’être une aberration. Bien au contraire, des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents arméniens furent violés et enlevés, maintenus en esclavage, » explique-t-elle.

En 1919, dès la fin de la Première Guerre mondiale, les forces alliées récupérèrent 90 819 jeunes filles et enfants arméniens qui, durant les années de guerre, avaient été contraints de se prostituer pour survivre ou qui avaient donné naissance à des enfants, suite à des mariages forcés ou arrangés ou à des viols. Beaucoup de ces jeunes filles furent tatouées pour signaler qu’elles appartenaient à leur ravisseur. Des missionnaires européens et américains organisèrent des secours et sauvèrent des milliers de réfugiés qui furent ensuite dispersés à travers le monde vers des villes comme Beyrouth, Marseille et Fresno.

L’histoire de Grandma’s Tattoos est un film personnel sur ce qui arriva à de nombreuses Arméniennes durant le génocide. Il s’agit d’un film fantomatique – peuplé des fantômes de femmes tatouées qui nous hantent – et d’un film mystérieux, où bien des tabous sont brisés. Comme personne ne veut raconter l’histoire dans sa vérité nue, et désireuse de rassembler les fragments du puzzle, la réalisatrice nous déplace à travers le temps et l’espace, de la Suède actuelle à l’enfance de Khardalian à Beyrouth.

Dans le film, nous faisons la rencontre de la sœur de Grand-mère Khanoum, Lucia, âgée de 98 ans, qui vit à Hollywood. Elle aussi porte ces vieux tatouages. Elle veut bien nous raconter une partie seulement de cette histoire. Nous découvrons aussi Tante Marie, l’unique enfant encore en vie de Grand-mère, à Beyrouth. Mais Tante Marie ignore elle aussi cette histoire dans son intégralité. Grand-mère ne lui en a jamais parlé. Il était interdit d’évoquer « l’indicible ». Tante Marie possède les mêmes souvenirs désagréables que les autres membres de la famille.

C’est finalement la mère de Khardalian qui lui apprend l’histoire de Grand-mère Khanoum et de ce Kurde censé aider sa grand-mère à échapper aux massacres, mais qui, au contraire, décida de l’enlever et de la garder en tant que concubine. Grand-mère n’était alors qu’une enfant. Elle venait d’avoir 12 ans. Ces mots « Maman ! Maman ! Au secours ! » : une phrase qui hante Suzanne et sa famille.

A propos de la réalisatrice

[Suzanne Khardalian est cinéaste indépendante et écrivain. Elle a étudié le journalisme à Beyrouth et Paris, ville où elle a travaillé comme journaliste jusqu’en 1985, date à laquelle elle s’est lancée dans le cinéma. Titulaire d’un mastère en droit international et sciences diplomatiques de la Fletcher School à l’Université Tufts (Massachusetts), elle publie des articles dans différentes revues. Elle a réalisé plus de 20 films qui ont été projetés en Europe et aux Etats-Unis : Back to Ararat (1988), Unsafe Ground (1993), The Lion from Gaza (1996), Her Armenian Prince (1997), From Opium to Chrysanthemums (2000), Where Lies My Victory (2002), I Hate Dogs (2005), Bullshit (2006) et Young Freud in Gaza (2009).]

Production

PeA Holmquist Film est une société de production créée en 1973, qui produit des films à destination principalement des chaînes scandinaves de télévision, souvent en coproduction. Plusieurs de ses films ont été vendus à travers le monde.

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Source : http://www.armenianweekly.com/2011/09/07/%E2%80%98grandma%E2%80%99s-tattoos%E2%80%99-a-riveting-film-about-the-forgotten-women-of-genocide-trailers/
Traduction : © Georges Festa – 09.2011