samedi 8 octobre 2011

Eduardo Dermardirossian - Globalización y cultura / Globalisation et culture

© Indigène, 2010


Globalisation et culture

par Eduardo Dermardirossian

http://eduardodermar.blogspot.com


I.

D’innombrables définitions de la culture, des essais sans nombre pour que chaque culture ait sa place dans le monde global. Et cependant nous en sommes là, nomadisant entre chips et nombres binaires, rangeant des vieilleries sur les étagères neuves de la post-modernité.

Ces quelques notations ont pour ambition de revoir les difficultés que la globalisation oppose aux cultures. Je débattrai ensuite, dans le cadre limité de cette série, où je me suis auparavant référé à l’activité humaine, à l’argent et au pouvoir, et j’évoquerai sous peu l’amour et les relations interpersonnelles dans le pays global des hommes.

Inutile de dire que la culture constitue le trait qui identifie une communauté humaine, sa marque distinctive, son mode de relation avec autrui et le milieu qui l’entoure. La culture est l’architecture que les communautés humaines considèrent comme plus durable que ses temples de marbre, avec cette particularité néanmoins de vouloir changer lentement, afin d’accompagner l’être humain dans chaque circonstance de son existence. Les monuments de pierre veulent incarner l’histoire et aussi le passé, le temps écoulé, la mémoire ; la culture dans son ensemble, en retour, aspire à être un présent perpétuel dans la vie des communautés humaines, tantôt en leur rappelant leurs valeurs impérissables - tout en les renvoyant à leurs racines -, tantôt en indiquant des directions dans lesquelles les humains s’engageront demain afin de perdurer à travers le temps.

II.

La culture est donc une limite, une marque, une condition de la liberté des hommes, à ceci près qu’elle représente aussi une protection appréciée, une enveloppe accueillante qui les protège des vicissitudes de la nature. A la fois joug et ailes, la culture est le manteau qui épargne aux sociétés la honte d’être mises à nu.

Autrement dit, l’homme a voulu passer sa vie en se conformant à des règles culturelles déterminées. La culture, qui est ainsi parvenue à être sa seconde nature. Mais il importe en l’espèce de veiller à ne pas s’égarer. Liberté et culture ne doivent pas se voir comme contraires, mais comme un contenu et un contenant, dans ce domaine, lesquels rendent possible la vie en communauté. Sans contrainte ni violence, de même que l’homme inscrit sa vie biologique dans le continent qu’est son propre corps, de même il développe sa vie spirituelle et son comportement dans le cadre de sa culture spécifique. Liberté et culture signifient une conduite humaine ; la liberté sans culture n’est que biologie et hasard ; liberté et violence sont des contraires irréconciliables. Et culture et violence constituent la marque du monde global actuel.

Lorsque je parle de culture et de violence, je ne me réfère pas à la fusion culturelle réalisée entre les différentes communautés humaines, tout au long de l’histoire. Je dis qu’il s’agit d’une action soutenue par la force, physique ou psychologique, laquelle est exercée sur une communauté humaine afin de modifier, de manière compulsive, ses modèles culturels.

Il convient, à mon avis, d’examiner attentivement ces choses, de voir comment les hommes sont harcelés par la propagande, qui manipule sans vergogne le présent et le futur des hommes, comment la trans-nationalisation des produits et des coutumes les transforme en homo alieni, étrangers à eux-mêmes. Privant l’homme d’oreilles afin de le submerger au sein d’un monde, d’un mode de vie qui lui est étranger, qui n’a pas été le produit de la décantation de ses rituels, qui n’a pas incarné ses aspirations, ni fait bon ménage avec ses dieux. Ainsi, vivant cerné par ce qu’il n’a jamais recherché profondément, se croyant maître de ce dont il ne peut s’emparer, entouré par des coutumes, des lois et des appétences qui lui sont hostiles, ce même homme voit progressivement sa liberté détruite, réalise que son milieu ne le protège plus. S’ouvre alors de nouveau la voie du malheur.

III.

Je nomme fusion globale le processus par lequel une personne se voit plongée dans des modes de vie qu’elle n’a pas recherchés et qui sont le produit de la volonté de groupes supranationaux et aculturels, lesquels agissent en fonction de leurs projets exclusifs de rentabilité et de pouvoir. Il s’agit de l’aliénation, non seulement de l’économie, des intérêts matériels, mais aussi, et surtout, de l’homme et de ses espérances. L’homme travaille pour un salaire qui ne le soutient pas, il emprunte des chemins et connaît un sort qu’il ignore et n’a pas choisis, il marmonne des chansons dont le rythme n’appartient pas à ses tambours ; ajoutons qu’il ignore pour qui il travaille, pourquoi il vote, si à la tête du comité sa volonté et ses espoirs sont les grandes absentes.

Un homme conscient alors d’avoir perdu la protection de ses certitudes, le charme de ses hymnes, l’allégresse de ses fêtes, la vocation de changer ce qu’il n’a pas voulu. Un tel homme, prisonnier de la culture globale, considère sa propre maison comme un étranger et, au pire, attend que se présente à nouveau l’occasion de se libérer du joug oppresseur de se savoir vendu au diable, mais, à la différence de Faust, sans le concours de sa volonté. Un tel homme ressent le besoin de brandir de nouvelles bannières revendiquant sa vocation à être lui-même, rien de moins.

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Source : http://eduardodermar.blogspot.com/2011/01/globalizacion-y-cultura.html
Article publié en janvier 2011.
Traduction de l’espagnol : © Georges Festa – 10.2011.