lundi 10 octobre 2011

Génocide arménien : réparations et compensations

© Harvard University Press, 2006


Génocide arménien : un colloque universitaire pour débattre des questions de restitution et de réparation

Massis Weekly, 08.10.2011


Le Centre Stressler d’Etudes sur la Shoah et le Génocide, de l’Université Clark (Worcester, Massachusetts), sponsorise un colloque interdisciplinaire, intitulé « Au-delà du génocide arménien : la question des restitutions et des réparations d’un point de vue comparé » et organisé par Taner Akçam, titulaire de la chaire Robert Aram (promotion 1952)-Marianne Kaloosdian-Stephen et Marion Mugar, et directeur d’études sur le génocide arménien. Le colloque est présenté en partenariat avec l’Association Nationale pour les études et la recherche arméniennes (NAASR), située à Belmont (Massachusetts), et Eric Weitz, titulaire de la chaire Arsham et Charlotte Ohanessian à l’Université du Minnesota. La participation de la NAASR bénéficie du soutien du Fonds Ethel Jafarian Duffett.

Le colloque s’ouvrira jeudi 27 octobre 2011, à 19h30, par une présentation publique au Tilton Hall, sur le campus de l’Université Clark. John Torpey, professeur de sociologie en second cycle à l’Université de New York (CUNY), présentera sa conférence inaugurale, intitulée « Point de vue comparé sur les réparations en matière d’injustices historiques ». Le professeur Torpey est l’auteur de Making Whole What Has Been Smashed : On Reparations Politics [Reconstituer ce qui a été mis en pièces : Sur la politique des réparations] (Harvard University Press, 2006). « Les réparations, explique-t-il, peuvent être symboliques, comme les excuses ou la création de mémoriaux et de musées. Elles peuvent aussi être économiques, comme les compensations financières versées à des individus ou des collectivités, ou les réparations matérielles, comme le règlement des litiges territoriaux des populations autochtones. Ces mesures peuvent refléter des demandes de réparation d’ordre culturel ou juridique, ou bien les deux. »

Le colloque se poursuit le lendemain, vendredi 28 octobre, avec une série de tables rondes pour les participants et les personnalités invitées. Des chercheurs confirmés étudieront les questions de la justice post-conflictuelle à travers une étude comparée du génocide arménien, de la Shoah et du génocide des populations autochtones d’Amérique. Les participants s’intéresseront à différentes formes de compensation, dont la restitution des objets d’art et autres qui furent volés, celle des biens personnels et communautaires, et de quelle manière les accords et traités d’après-guerre envisagent les compensations. Le cas de la Shoah propose un modèle pour les restitutions et réparations, lequel a abouti à des succès significatifs, mais aussi à des déceptions et des retards frustrants. Celui des populations autochtones d’Amérique fournit un exemple précieux quant à l’importance d’intenter des poursuites judiciaires dans le pays même et pour tous les peuples. Les débats sur le cas arménien analyseront pourquoi les efforts pour obtenir des compensations ont émergé aussi tardivement et l’influence des développements visant à obtenir justice au nom des victimes de la Shoah.

La reconnaissance par la Turquie du génocide arménien constitue un objectif durable pour les communautés arméniennes dans leurs pays et au plan international. Or les conséquences politiques, financières et juridiques susceptibles d’apparaître dans le sillage d’une telle reconnaissance n’ont pas été pleinement argumentées. Des chercheurs et des avocats ont récemment entrepris des efforts concrets afin d’obtenir réparations, restitutions et compensations ; ils agissent indépendamment des groupes faisant pression sur les gouvernements pour que ces derniers reconnaissent le génocide. Ces initiatives prouvent que la quête de justice en matière financière peut progresser, sans impliquer nécessairement la politique complexe de reconnaissance du génocide.

De récents procès intentés contre des compagnies d’assurances américaines et françaises ont abouti à des réparations et suscité de nouvelles poursuites judiciaires aux Etats-Unis. Ces développements montrent qu’une réparation financière pour la communauté arménienne est possible sur une échelle plus large. De nouvelles poursuites concernant le vol d’objets matériels, de biens et de comptes bancaires sont ainsi intentées contre le gouvernement turc et des compagnies privées turques. Elles visent une compensation pour les pertes tant individuelles que collectives subies lors du génocide.

Pour plus d’information, contacter le Centre Strassler d’Etudes sur la Shoah et le Génocide (508-793-889 ; chgs@clarku.edu) ou la NAASR (617-489-1610 ; hq@naasr.org).

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Source : http://massisweekly.com/Vol31/massis36.pdf
Traduction : © Georges Festa – 10.2011.