mardi 1 novembre 2011

Çiler İlhan - Sürgün / Exil

© Everest Yayınları, 2010



« … Je glissai à l’oreille de Zobar : ‘Viens, ma belle aux beaux yeux, soyons nous-mêmes notre pays.’ »
Exil



Exil commence par les Gitans exilés de leur passé, de leur langue et de leur quartier. Les héros du récit sont reconnaissables entre tous, des gens ordinaires. Ils ont subi violences physiques, verbales, sexuelles et intérieures. Ils n’ont le droit d’exister ni dans leurs corps, ni dans leurs âmes, ni à leur âge. Ni de parler leur propre langue dans leur propre pays. Leur enfance, leur féminité et leur masculinité leur ont été volées, comme leur a été refusé le droit de vivre leur vie.

Divisé en quatre parties, le début du livre forme une élégie en l’honneur des Gitans. La première partie est un vers extrait d’un poème très connu : « Soyons nous-mêmes notre pays... »

Dans la partie intitulée « Hurlements », une fillette est enterrée vivante en Inde, mais sauvée par des chiens errants qui l’entendent crier sans cesse.

Dans la quatrième partie, « A Batman… » (1), des femmes se pendent les unes après les autres, tandis qu’un homme, qui n’a pas l’autorisation d’épouser sa bien-aimée, se venge sur ses parents.

L’A. dépeint un monde chaotique, entre terres éplorées et braises. Des enfants sont conduits à la mort chaque soir en Irak, tandis que des hurlements proviennent de Srebrenica. La ville est déclarée « zone de sécurité », mais est violée en une seule nuit. Voix de nourrissons dissous tels de la gelée dès leur naissance, suite aux expériences nucléaires en Micronésie. Dans un tel univers, le Pape pardonne aux ecclésiastiques qui caressent leurs novices, à l’instar des familles envers les pères qui engrossent leurs filles.

En dépit de ces faits graves, l’amour triomphe dans la scène finale. Seul l’amour peut sauver de l’exil… Avec la voix d’un orang-outan et l’élégance d’un papillon, Çiler İlhan ose sortir de Rüya Tacirleri Odasi [Le Rêve de la chambre des marchands] (2) et fait entendre son cri, sans attendre quelque approbation.

NdT

1. Batman (toponyme kurde : Élih), ville située au sud-est de la Turquie, majoritairement peuplée de Kurdes - http://fr.wikipedia.org/wiki/Batman_%28ville%29
2. Çiler İlhan, Rüya Tacirleri Odası, İstanbul : Artemis Yayınları, 2006, 160 p. – ISBN : 9789758733859

[Née en 1972, Çiler İlhan a étudié les relations internationales et les sciences politiques à l’Université du Bosphore, puis l’hôtellerie à l’Ecole d’Hôtellerie Glion, en Suisse. Combinant son expérience dans ce domaine, son métier d’essayiste (Boğaziçi, Time Out İstanbul) et d’éditrice (Chat, Travel+Leisure), elle travaille actuellement comme responsable des relations publiques au palace Çirağan Kempinski d’İstanbul.
Lauréate 1993 du prix Yaşar Nabi de la Nouvelle, ses récits, essais, recensions, notes de voyages et traductions ont paru dans de nombreux magazines, revues et suppléments de quotidiens. Elle a collaboré à l’anthologie intitulée Les Contes de la mille deuxième nuit (éditions Métis, 2005) (en turc), avec « Vulgata ». Le Rêve de la chambre des marchands (éditions Artémis, 2006) est son premier ouvrage, composé de récits qui se répondent, empreints de réalisme magique. İlhan figure dans le recueil Time Out Istanbul Hikâyeleri [Time Out – Récits d’Istanbul], paru en mai 2007, avec « Zobar et Başa », et dans les Bozcaada Öyküleri [Récits de Bozcaada] (éditions Yitik Ülke, septembre 2009) avec « Un loup rencontre son Mozart » (en turc). Elle a aussi contribué au Festival du Livre 2010 et 2011 du Festival Tanpınar de littérature d’Istanbul (ITEF) avec deux essais.
Çiler İlhan est lauréate 2011 du Prix de littérature de l’Union Européenne – http://www.euprizeliterature.eu/

Traduction : © Georges Festa – 11.2011.
Avec l’aimable autorisation de Nermin Mollaoglu, Agence Kalem (Istanbul) - http://www.kalemagency.com/

site internet : www.cilerilhan.com